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25/08/2012


Nous vous souhaitons la bienvenue sur ce nouveau blog, qui nous l'espérons, vous permettra de découvrir ou de redécouvrir des écrits qui étaient auparavant disponibles sur la YAC avant sa triste fermeture et la disparition de tous ces chefs-d'oeuvres. Peut-être que certain(e)s d'entre-vous les avez déjà dans leurs dossiers, mais ce blog reste destiné à ce que tout le monde puisse lire librement tout en respectant le travail des auteurs. 

Les OS seront ajoutés au fur et à mesure. N'hésitez pas à nous faire part d'Auteurs manquant à la liste et/ou d'OS dont vous vous souvenez! Il se peut, et c'est même certain, que nous possédions pas tout.

__________

Pour voir le blog de la Tokio Hotel Yaoi Authors Community c'est par ici




 
A

Aélis
✑ Je suis différent et alors?
Ailya
Cap' ou pas Cap'
Althéa

B

Bountyaoi

C

Cailin
It's a wonderful life.
Der Himmel über Berlin.
Caro
Comme ils disent.
Choup'
Another drug, all down the line Daddy.
Cleo

E

Ely
Banane
Chaud TV
Enya
Coquillage

F

<< Fanny >>
Je t'aime à en mourir.
✑ Destins croisés
Fallen
A jamais nous.

G

Gus'
Maman

J

Ju.
Un secret à fleur d'eau.

K
 
KillS
KM
Réincarnation.

L

Lana
✑ Divertissement ultime.
Lia
Liliwood
Ambition.
Love usurper.
Lovelybibi
A la fraise.
Lucy**
✑ The Hardest Part
Comme une évidence.

M

Maihime
Méra
D'essence et de sang.
MiLkA
Berlin - Hamburg : The Madness.
Miss Titch@
Billy Bear.

N

Nao'
D'eau et de sel.
Néadroline 

P
Pignoufette
Pops
Un cadeau venu de loin...

R

Rose

S

Sam
Schoubaa
Sinièn
✑ Fragrance in der destillation.

T

Twinsexe
Vis pour moi.
✑ Divertissement ultime.

V

Vi'
Like a girl.
Choix Involontaire.

Y

Yuliie
Wird alles gut.
American Boy.

 
 
__________
 
 
 
Vous pouvez également retrouver et contacter tous ces auteurs sur leurs blogs personnels.
 
Aélis   Ailya   Althéa   Bountyaoi   Cailin   Caro 
Choup'   Cleo ✉  Ely   Enya ✉  << Fanny >>   
Fallen   Gus'   Ju.   KillS   KM   Lana   Lia ✉
Liliwood   Lovelybibi ✉  Lucy**   Maihime ✉  Méra ✉
MiLkA   Miss Titch@   Nao' ✉  Néadroline   Pignoufette 
Pops   Rose ✉  Sam   Schoubaa   Sinièn    Twinsexe 
Vi'   Yuliie 

Vis pour Moi ~ Ecrit par Twinsexe 25/08/2012

Sur une idée de coeur-en-travaux
Pour une raison à définir, un des deux garçons se retrouve souffrant d'une paralysie à vie. L'autre
essaye de s'occuper de lui et de tenir le choc. Il reste la plupart du temps avec lui à l'hôpital et doit
être le seul à vraiment le comprendre, leur relation est déjà ambiguë et ils se comportent un peu
comme des amoureux l'un envers l'autre sans vraiment se dire "en couple". Le but c'est qu'il soit le
seul à comprendre qu'il veut mourir...

 
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TWINCEST
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Alors que mes paupières se levaient sur un nouveau jour, des dreads blondes dansaient devant mes yeux tandis que la vision d'un doux sourire s'imposait à mon esprit. Tous les matins, c'était la même chose. Tous les matins, à mon réveil, je le voyais.
 
Comme si une photographie de son visage était imprimée sous ma rétine. Un portrait éphémère qui s'estompait au moment même où j'entrais dans sa chambre et que je le voyais en chair et en os, plus en os qu'en chair d'ailleurs, au milieu de tout ce blanc dans lequel se noyaient ses prunelles d'un joli brun appétissant, telles deux minuscules flaques de chocolat fondu dans un grand verre de lait immaculé.
 
Un sourire flottait sur mes lèvres tandis que je repoussais les couvertures avec de grands battements de jambes enjoués. Certains sont d'humeur exécrable le matin, moi c'était tout l'inverse. Surtout depuis une dizaine de mois. Depuis que je le connaissais, en fait. J'inspirai profondément l'air frais qui entrait dans ma chambre par la fenêtre ouverte et éteignis d'une pression du doigt mon radio-réveil qui diffusait une mélodie quelque peu démodée mais que tout le monde reconnaît dès la première note et que l'on ne peut s'empêcher de fredonner.
 
C'est donc tout en chantant d'une voix enrouée de sommeil que je posai mes pieds sur le sol de ma chambre et que je me levai. Mes orteils se recroquevillèrent et je grimaçai quand la fraîcheur du carrelage glaça la plante de mes pieds encore tiède de la chaleur qui émanait de mon lit. Les notes qui s'échappaient de mon gosier ne devinrent qu'un borborygme d'un barbarisme sans nom quand je me décrochai la mâchoire pour laisser échapper un bâillement digne d'un mammifère de quelques tonnes. Mes pas me dirigèrent vers la salle de bain dans laquelle j'entrai.
 
Mon reflet s'afficha dans le miroir et l'image de Tom s'y superposa. Cela me provoquait toujours un sentiment étrange, mais pas désagréable. La sensation que l'on ne faisait qu'un et que rien ne pouvait nous séparer. Ce n'était qu'une douce illusion, je le sais bien aujourd'hui, surtout avec la maladie de Tom, mais pourtant je ne pouvais m'empêcher d'y croire.
 
Je me préparai avec soin, me parant des plus beaux apparats, relevant mon teint trop blanc de touches de maquillages çà et là, parfumant ma peau d'une effluve qui, je le savais, le satisferait et embaumerait sa chambre, même après mon départ le soir. Je me faisais beau, pour lui, comme tous les matins.
 
Satisfait du résultat, j'avalai rapidement une tranche de brioche, sachant que de toute façon Tom m'obligerait à manger la moitié de son petit déjeuner, et je quittai cet appartement, luxueux mais oh combien vide et triste pour rejoindre sa chambre, toute aussi vide et triste, mais qu'il illuminait de son sourire.
 
Au volant de la voiture de luxe que mes parents m'avaient légué, en plus de leur fortune multimillionnaire, je traversai la ville, pestant contre les automobilistes qui, sans aucun doute, avaient dû trouver leur permis dans une boîte de Chocapic.
 
J'arrivai enfin à l'hôpital et mes yeux se posèrent immédiatement sur la fenêtre de la chambre de Tom au cinquième étage. Tom était atteint de la maladie de l'Homme de Pierre. En jargon médical, Myosite Ossifiante Progressive. C'est une maladie rare qui transforme les muscles principaux en os. Dans certains cas, comme celui de Tom, elle condamne le patient à une immobilité quasi-totale.
 
Depuis qu'il avait tout juste huit ans, quelques temps après que la maladie se soit déclarée, il vivait dans une chambre d'hôpital, regardant chaque jour son corps s'apparenter un peu plus à un rocher. Dix ans plus tard, il avait encore l'usage de son bras gauche et il pouvait difficilement s'asseoir. Malheureusement, d'après les médecins, ce n'était plus qu'une question de temps, avant que Tom ne finisse momifié.
 
J'atteignis le parking de l'hôpital sans encombre et je me garai habilement avant de sortir de la voiture. Un coup d'oeil à mon portable m'apprit que j'avais une dizaine de minutes de retard. Je pressai le pas, sachant parfaitement que Tom détestait que je ne sois pas à l'heure pour le petit déjeuner. Il refusait catégoriquement que quelqu'un d'autre que moi lui donne la becquetée.
 
Tout en franchissant le hall, j'adressai des signes de mains au personnel hospitalier. Cela faisait dix mois que je venais tous les jours, débarquant tôt le matin et ne m'en allant que tard le soir, du coup tout le monde me connaissait plus ou moins dans cet hôpital. De plus, Tom et moi étions, bien malgré nous, le sujet de tous les ragots de cet établissement...
 
J'empruntai l'ascenseur et en descendis quand il fut arrivé à l'étage de Tom. Ce n'était peut-être qu'une impression mais il me semblait que, perdue au milieu des effluves de médicaments et de mort, l'odeur corporelle de Tom chatouillait mes narines, comme pour me guider jusqu'à sa chambre, bien que je connaissais déjà parfaitement le chemin.
 
Après avoir traversé plusieurs couloirs, j'arrivai finalement devant la porte ouverte de la chambre de Tom. Ce dernier était à demi couché dans son lit, la maladie ne lui permettant pas de se redresser davantage. Ses yeux vagabondaient dans le bleu du ciel et les rayons du soleil faisaient étinceler les quelques mèches qui s'échappaient de ses dreadlocks et qui flottaient délicatement autour de ses tempes.
 
Je souris. A mes yeux, il n'y avait rien de plus beau que Tom, même habillé d'une immonde chemise d'hôpital. C'était d'ailleurs la première chose qui m'avait traversé l'esprit quand je l'avais rencontré. Mes parents avaient eu un accident et alors que ma mère était morte sur le coup, mon père était resté quelques semaines dans le coma avant de mourir à son tour, me laissant seul, entouré de luxe et de millions d'euros.
 
Pendant son coma, il avait été placé dans la chambre juste en face de celle de Tom. Un jour où j'avais la tête remplie de soucis tels que les assurances ou la santé de mon père, je m'étais trompé et étais entré par mégarde dans celle de Tom. A partir de ce moment, je venais tous les jours m'occuper de lui. Avant notre rencontre, Tom était aigri et agressif et je me plais à croire que c'est grâce à moi qu'il avait changé et qu'il était devenu ce garçon doux et enfantin qui faisait battre mon coeur.
 
Tout en faisant quelques pas dans la pièce, je me décidai à briser le silence paisible qui régnait dans la chambre.
 
« A quoi ressemble les nuages, ce matin ? »
 
Tom avait une véritable fascination pour les nuages. Il pouvait passer des heures à les admirer, leur attribuant des formes et s'imaginant plonger la main dans leur douceur. Il ne me regarda pas. De toute façon, il ne pouvait pas tourner la tête, sa nuque étant figée mais il n'avait pas besoin de me voir pour savoir qui venait lui rendre visite de si bon matin. A vrai dire, il m'avait sûrement déjà reconnu au moment même où mes santiags avaient foulé le sol du couloir.
 
« A toutes sortes de choses. A toi, principalement », me répondit-il, la chaleur de sa voix illuminant aussitôt la monotonie de la chambre.
 
Je souris, encore une fois. En fait, je crois qu'il suffisait que Tom soit dans la même pièce que moi pour qu'un sourire radieux reste figé sur mes lèvres. Je m'approchai tranquillement de son lit et lorsque je fus près de lui, je me penchai en avant pour poser tendrement mes lèvres sur les siennes. Son regard se tourna vers moi avant que ses paupières ne se ferment et il poussa un soupir de contentement. Je savais que je lui avais manqué, autant qu'il m'avait manqué.
 
Nul doute que si quelqu'un était entré dans la pièce à ce moment-là, les potins sur notre compte seraient allés bon train dans l'hôpital. Tout le monde était persuadé que Tom et moi étions ensemble. Nous en étions parfaitement conscients et cela ne nous dérangeait pas plus que ça, on les laissait dire. Il est vrai que nous nous comportions un peu comme un couple, n'hésitant pas à nous câliner dans le parc ou dans les couloirs, moi sur les genoux de Tom, mais jamais nous n'avions confirmé, ou démenti les rumeurs courant sur nous.
 
A vrai dire, Tom et moi n'avions jamais parlé de la véritable nature de notre relation. Je crois qu'on ne voulait pas se prendre la tête avec cela. On se contentait d'être ensemble, d'agir comme nous en avions envie, ne se souciant pas de paraître un peu suspect aux regards extérieurs. Aujourd'hui, je pense qu'il m'aimait autant que je l'aimais mais que nous n'avions pas besoin de nous le dire pour le savoir.
 
Mais alors que nos lèvres s'ouvraient pour laisser nos langues participer au baiser, des pas dans le couloir qui se rapprochaient inexorablement de la porte nous firent sursauter et je m'écartai de lui, m'asseyant innocemment sur le lit à ses côtés. Si je ne me gênais pas pour étreindre Tom au beau milieu d'une foule de médecins, infirmières et patients, nous gardions cependant nos baisers dans l'intimité de la chambre de Tom.
 
Quelques secondes plus tard, Trudi, l'infirmière attitrée de Tom, bien que c'était plutôt moi qui m'occupait de lui, fit son entrée dans la pièce, nous souriant tendrement.
 
« Bonjour Trudi ! », m'exclamai-je.

« Te voilà enfin. Tom a bien évidemment refusé de me laisser lui donner son petit déj'. »

Je remarquai alors que dans un coin de la pièce, le plateau du petit déjeuner de Tom était posé sur un chariot, laissé à l'abandon.

« Ca ne m'étonne pas ! »

« Jeune homme, il ne faudra pas te plaindre que ton chocolat est froid ! » ajouta-t-elle en regardant sévèrement Tom.
 
Ce dernier bougonna en détournant le regard, tel un enfant qui se fait réprimander. Trudi amena le plateau près du lit avant de s'éclipser. Elle savait parfaitement que nous préférions être seuls et elle avait une totale confiance en moi. Je commençai alors à donner à manger à Tom, prenant garde de ne pas faire couler la confiture, préalablement étalée sur une tartine, le long de son menton. Des frissons me parcouraient régulièrement l'échine quand je sentais la langue de Tom contre la chair de mes doigts.
 
Le silence régnait dans la pièce. Pas un silence pesant, loin de là. Un silence paisible, un silence qui nous entourait comme un doux cocon. Il y avait des moments comme cela où on se contentait d'être ensemble, sans dire un mot. J'aimais tout particulièrement ces instants pendant lesquels nous nous regardions dans les yeux, silencieux comme des tombes. Je crois même qu'il nous suffisait d'un regard pour nous comprendre.
 
Comme je l'avais prédit, Tom me força à avaler une partie de son déjeuner. « Forcer » est certes un bien grand mot mais il m'était impossible de résister aux yeux suppliants de Tom. Je ne connaissais personne qui avait un regard aussi expressif. Peut-être était-ce parce qu'il ne pouvait pas, ou alors difficilement, s'exprimer avec des gestes.
 
« Vas-y, finis la, » me dit-il, justement avec ses yeux suppliants et sa bouille à laquelle personne ne peut résister, tandis que je lui présentais la fin de sa deuxième tartine de confiture.
 
Mais cette fois, je refusais de céder. Je secouai donc la tête, en souriant tout en avançant le morceau de pain à ses lèvres. Je restais un moment comme ça, attendant qu'il daigne la manger, tandis que nos yeux se défiaient malicieusement, mais je fus bien obligé de baisser le bras quand il commença à s'engourdir.
 
Je soupirai d'exaspération amusée tandis qu'un sourire victorieux étirait ses lèvres et que ses yeux pétillaient d'une lueur espiègle. Plus gamin que lui, tu meurs.
 
« Tom, ne fais pas l'enfant, bouffe la cette tartoche ! »

« Non, t'en as plus besoin que moi, t'es tout maigrichon, on dirait un coton-tige ! »

Je levai les yeux au ciel.

« Ca c'est parce que je fais plus d'exercice que toi. »
 
Je regrettai immédiatement mes paroles quand son sourire s'effaça et qu'il détourna le regard. Quelle boulette. Je le savais pourtant qu'il détestait le fait d'être cloué à ce lit et moi comme un idiot que j'étais j'enfonçais le clou. Et Pan ! Dans les dents, Tom ! Bravo, Bill...
 
« Excuse-moi, je voulais pas. C'est sorti tout seul... »

Je l'entendis marmonner que ce n'était pas grave, mais étant donné qu'il ne me regardait pas et que ses prunelles restaient fixées sur une tache de confiture faite sur son drap blanc quelques minutes plus tôt, je devinai aisément que je l'avais blessé. Ne sachant comment me rattraper, je changeais de sujet.
 
« Bon d'accord, je le mange ton dernier bout de tartine ! Tu vois un peu les efforts que je fais pour ne pas ressembler à un coton-tige à tes yeux ?! » m'exclamai-je d'une voix que j'espérais aussi enjouée que je le voulais.
 
Ses yeux revinrent alors sur moi et il sourit légèrement tandis que j'engloutissais effectivement le bout de pain. Alors que je mâchais, je m'efforçais de lui faire comprendre en un regard à quel point j'étais désolé pour ces paroles maladroites. Et ses yeux me répondirent, à mon grand soulagement, que j'étais pardonné.
 
Trudi refit alors irruption dans la pièce, accompagnée d'un brancardier, brisant ce moment d'intimité entre lui et moi.

« Allez les jeunes, au bain ! On a besoin que vous désertiez pour nettoyer la chambre et faire le lit ! »

« Bon, puisqu'on veut plus de nous ici... On y va, Tom? »
 
Ce dernier acquiesça timidement en jetant des regards en coin au brancardier. Je savais qu'il n'était pas très à l'aise avec les étrangers qui plus est au moment du bain. Le brancardier s'approcha du lit et avec mon aide, il retourna Tom sur le ventre, tout en lui maintenant la tête pour ne pas qu'il s'étouffe dans l'oreiller. Je m'empressai de retirer à Tom sa chemise d'hôpital, boutonnée dans son dos, ainsi que son boxer, conscient que ce n'était pas une position très confortable pour lui.
 
Il était à présent nu comme un ver et dès qu'il fut de nouveau sur le dos, il ramena difficilement son bras gauche, encore valide, sur son sexe, en évitant les regards de Trudi et du brancardier. Ce dernier ignora la gêne de Tom et le prit dans ses bras pour le porter jusqu'à la salle de bain, attenante à la chambre.
 
Il le déposa dans la baignoire et je me hâtai de faire couler l'eau chaude pour ne pas que Tom attrape froid. Il frissonna quand la chaleur du liquide atteignit ses orteils et je souris en voyant sa peau se parsemer de petits points de chair de poule. Le brancardier prit congé après que je l'ai remercié et je me déshabillai pour rejoindre Tom dans l'eau.
 
Ses paupières avaient recouvert ses beaux yeux et il se laissait flotter dans l'eau. Le bain, c'était son moment détende de la journée. Il m'avait expliqué que la sensation de son corps était bien différente quand il était immergé. Ses membres lui semblaient moins raides, comme s'ils avaient retrouvé la souplesse, et surtout moins lourds.
 
J'attrapai un gant de toilette et le gel douche sur le rebord de la baignoire et je commençai à savonner ses jambes, effectuant des gestes doux et circulaires sur ses muscles de pierre, le massant par la même occasion. Ses yeux se rouvrirent et il les posa sur moi. Son regard me laissait clairement penser qu'il appréciait ce qu'il voyait et cela me fit sourire. Je n'étais nullement gêné d'être nu devant lui, ce n'était pas la pudeur qui m'étouffait et c'était toujours ainsi depuis que l'on se connaissait.
 
La vie de Tom était réglée comme un métronome. Tous les jours, c'était la même chose, aux mêmes heures et je faisais tout pour lui rendre son quotidien plus agréable. Il était coincé ici depuis dix ans et j'étais pratiquement la seule personne qui lui rendait visite. Son père et sa mère, respectivement pilote de ligne et hôtesse de l'air, survolaient la planète et ne venait qu'une à deux fois par mois entre deux vols.
 
Même s'ils expliquaient leurs absences par un manque de temps, à mes yeux, ce n'était qu'un prétexte pour ne pas avoir à affronter le regard de leur fils cloué dans un lit d'hôpital. Tom soutenait qu'il ne leur en voulait pas mais je sentais bien que c'était un sujet délicat et je préférais éviter de l'aborder en sa présence.
 
Une fois que Tom fut tout propre et qu'une odeur fruitée flottait dans la pièce, je coupai l'eau qui entourait maintenant le visage de Tom. Ses yeux étaient de nouveau fermés et ses dreadlocks flottaient dans l'eau, ondulant à la surface. Je m'allongeai doucement sur lui, sentant sa peau veloutée contre la mienne et j'en récupérai une entre mes doigts. Je commençai à jouer avec, m'amusant à chatouiller le nez de Tom, qui somnolait tranquillement dans la douce chaleur de l'eau.
Il grimaça et renifla, ses traits se tordant en une moue absolument adorable qui me fit pouffer de rire, le front appuyé contre son torse qui se soulevait et s'abaissait au rythme de sa respiration lente et paisible.
 
« Ca t'amuse ?! »

Je relevai la tête et vis que Tom me regardait d'un air qui se voulait sévère mais je devinai sans peine le sourire qu'il essayait de contenir.

« Tout à fait ! » répondis-je, en balayant de nouveau son nez avec sa dreads.
 
Ses yeux louchèrent un instant sur son nez avant qu'il ne les lève au ciel en poussant un soupir faussement exaspéré, ne pouvant cette fois retenir ses lèvres de s'étirer en un sourire amusé. Je souris à mon tour et posai une main sur son front, avant de la passer dans ses cheveux. Mes doigts massèrent son cuir chevelu et il soupira de contentement alors que mon autre main caressait son visage, longeant l'arrête de son nez, surplombant sa bouche et redessinant les courbes de son oreille.
 
« J'adore quand tu me fais ça... » chuchota-t-il à mi-voix ses yeux se refermant à moitié, avec délice, pendant que mes phalanges cajolaient sa peau.

Je me penchai alors et ma bouche enlaça la sienne en une douce étreinte.

« Je sais. » murmurai-je simplement contre ses lèvres.
 
Je me redressai pour le regarder sans cesser mes câlineries. J'adorais m'occuper de lui et le toucher comme cela. J'aurais pu passer des heures, ainsi allongé sur lui, sentant son épiderme contre la mienne et son coeur battre paresseusement contre le mien. Je n'avais jamais été aussi proche de quelqu'un, garçon ou fille, étant un individu plutôt solitaire et c'était également le cas de Tom. C'est aussi sûrement pour cette raison qu'on ne prenait pas la peine de définir notre relation.
 
Nous ne connaissions pas l'amour, comment savoir si c'était bien de cela qu'il s'agissait ? Tout ce que je savais c'est que j'aimais notre relation et nos contacts charnels. J'étais parfaitement conscient qu'il s'en voulait de ne pas pouvoir me rendre mes attentions, mais je n'avais besoin de rien d'autre que de ça. Juste lui contre moi me suffisait...
 
***
 
Il était 16h et des poussières. Après avoir mangé et digéré devant la télé, allongés dans le lit de Tom, nous avions finalement décidé de sortir un peu dans le parc. Le même brancardier qui était venu le matin même pour le bain, vint dans la chambre pour mettre Tom dans son fauteuil roulant après que je lui ai enfilé un pantalon et une paire de chaussures. Je ne voulais pas qu'il attrape froid, le vent était plutôt frais en ce mois de mars. Je disposai même une couverture en laine sur les jambes de Tom avant de mettre ma veste et de le pousser pour quitter la chambre.
 
Je marchais d'un pas tranquille et innocent dans les couloirs, une main simplement posée sur l'épaule de Tom. Tous les regards se tournaient vers nous et comme à notre habitude nous n'y faisions pas attention. Après avoir emprunté l'ascenseur et traversé le hall, nous nous retrouvions dehors. Je frissonnais délicieusement en sentant la brise caresser mon visage et jouer avec mes cheveux.
 
« Prêt? », demandai-je à Tom.

« Toujours ! », me répondit-il et bien que je ne puisse voir son visage, je distinguais clairement le sourire dans sa voix.
 
Et à l'abri des regards des infirmiers et des médecins qui n'auraient certainement pas apprécié cela, je me mis à courir comme un dératé tout en poussant Tom, ballotté dans tous les sens. Je m'amusais à imiter le bruit d'une voiture de formule un, à prendre des virages en épingle et à slalomer entre les quelques patients qui se promenaient tranquillement et qui nous jetaient des regards à la fois outrés et amusés.
 
Je me délectais du rire de Tom que je n'entendais que très rarement. Il adorait sortir de l'hôpital et à chaque fois que je l'emmenais dans le parc, on se prenait pour Schumacher, disputant une course sur le bitume. Il ne s'en lassait jamais et si je détestais courir, je le faisais toujours, ne serait-ce que pour le voir se tordre de rire, enfin façon de parler bien sûr.
 
Après avoir fait tout le tour du parc, je m'arrêtai brusquement, essoufflé et m'écroulai sur les genoux de Tom dont le sourire devait au moins faire deux fois le tour de sa tête. Quel bonheur j'éprouvais à le voir heureux ainsi. J'étalai la couverture sur nos deux corps et me laissais aller contre son épaule. Je sentis qu'il bougeait son bras et je pris son poignet pour l'aider à poser sa main sur ma cuisse, où ses doigts dessinèrent des arabesques.
 
J'embrassai sa tempe, repoussant du nez les petits cheveux qui me chatouillaient les joues et enroulai mes bras autour de son cou. Nous étions resté ainsi un moment, à parler de choses et d'autres quand Tom s'aventura sur un sujet un peu plus sérieux que la dernière coiffure de Trudi qui changeait de coupe au moins trois fois par mois : Mon avenir.
 
Mes parents avaient eu leur accident peu après les épreuves du bac et, bien que j'avais obtenu la mention bien au bac scientifique, je ne m'étais inscrit dans aucune école, trop perturbé par leur mort et trop occupé à passer mes journées avec Tom. La fortune que mes parents m'avaient laissé me permettait aisément de couler des jours heureux sans fournir la moindre once de travail, mais depuis quelques temps j'aspirais à autre chose. Seulement je ne voulais pas avoir à m'éloigner de Tom.

« Dis moi Bill, qu'est ce que tu vas faire ? » me demanda Tom.
 
« Comment ça? »

« Tu peux pas passer tes journées avec moi, il va bien falloir que tu fasses quelque chose un jour ou l'autre... »

J'haussai les épaules et détournai les yeux, n'ayant aucune envie de m'attarder sur ce sujet.

« Il n'y a pas quelque chose que tu as envie de faire de ta vie ? »

« Si, t'emmerder jusqu'à la fin de tes jours ! » plaisantai-je.

Mais quand mes yeux rencontrèrent ceux de Tom, je compris que l'heure n'était plus vraiment à la plaisanterie.

« Si, il y a bien quelque chose... »

Remarquant ma voix hésitante, Tom haussa les sourcils, me poussant à continuer.

« Mais, je ne veux pas être obligé de me séparer de toi. » ajoutai-je timidement.

Le soupir de Tom me fit relever la tête vers lui.
 
« Ecoute Bill, tu sais parfaitement que j'adore que tu viennes tous les jours, que tu t'occupes de moi et qu'on passe nos journées ensemble, mais je ne veux pas que tu gâches ta vie pour moi. Laisse moi finir. », ajouta-t-il sévèrement alors que j'ouvrais la bouche pour protester. « Si il y a quelque chose que tu aimerais faire, ne t'en empêche pas sous prétexte que tu dois t'occuper de moi. Les infirmières sont là pour ça et je préfère te voir loin de moi mais heureux. »

« Mais je suis heureux ! »
 
« Pour l'instant oui, mais tu vas finir par te lasser de t'occuper de moi et je veux que tu fasses ce que tu as envie tant qu'il en est encore temps. Moi je ne peux pas bouger de cet hôpital, je ne peux pas vivre comme bon me semblerait, mais toi tu as tout ce qu'il faut, alors vis. Vis pour moi. »
 
Ses mots me firent froncer les sourcils, ils me donnaient l'impression que Tom voulait m'abandonner. Cependant il ne me laissa pas m'attarder là-dessus.
 
« Regarde-moi, Bill. »

Je m'exécutai et il continua.
 
« Promet-moi que tu vas faire ce que tu as envie de faire. Promet-moi que tu vas t'inscrire dans une école et que tu vas bosser à fond pour y arriver. Promet le moi. »

« Je te le promet » répondis-je, après un moment d'hésitation, ne voulant pas le décevoir.
 
***
 
Quatre mois après cette conversation, je débarquai à l'heure habituelle à l'hôpital avec une nouvelle à annoncer à Tom. J'étais enfin inscrit à la faculté de médecine. Suivant la promesse que j'avais faite à Tom, j'avais décidé de prendre mon avenir en main et de devenir médecin. Tout ce temps passé à l'hôpital avait fini par me familiariser avec le milieu médical et je voulais moi aussi faire parti de ce monde. De plus j'avais décidé de me spécialiser dans la maladie de Tom. Personne n'avait encore jamais trouvé de remède annihilant cette maladie, ou même ralentissant simplement sa progression et je voulais me battre pour en trouver un.
 
Je traversai les couloirs avec un grand sourire mais alors que je croisais Trudi dans les couloirs, il s'effaça rapidement quand je vis son air désolé. Je m'arrêtai brusquement.
 
« Qu'est ce qui se passe ? » lui demandai-je d'une voix paniquée.

« Rien de grave, rassure-toi. »
 
Loin de me rassurer, son ton m'inquiéta plus qu'autre chose. Je me mis à courir jusqu'à la chambre de Tom. Lorsque j'entrai, il regardait par la fenêtre comme à son habitude, mais son dos n'était pas relevé, ce qui n'était pas normal. D'autant plus que depuis quelques temps, Tom avait de plus en plus de mal à s'asseoir.
 
« Tom, je suis là. »

« Ca y est. » me répondit-il simplement et bien que je savais parfaitement au fond de moi de quoi il parlait je ne pus m'empêcher de faire comme si ce n'était pas le cas, sûrement parce que j'espérais me tromper.

« Ca y est, quoi ? »

« Je suis mort. »
 
Mon coeur fit un bond à ses paroles et je m'approchai du lit, remarquant alors les larmes qui inondaient ses yeux et noyaient ses joues.

« Tom, ne dis pas ça, s'il te plait. »

« Pourquoi ? C'est la vérité. »
 
Ses yeux restaient obstinément fixés sur sa fenêtre et j'avais une irrésistible envie de tourner furieusement sa tête vers moi pour qu'il me regarde. Mais je savais très bien que ça ne servirait à rien, juste à lui faire mal et c'était la dernière chose que je souhaitais au monde. Cependant, bien malgré moi, j'haussai le ton alors que je repris la parole.
 
« Ah oui ?! Alors si c'est le cas, pourquoi tu continues à me parler Tom ?! Pourquoi je vois des larmes couler de tes yeux ?! Depuis quand un cadavre parle et pleure, hein, dis moi ?! Tu n'es pas mort, Tom ! Je t'interdis de dire ce genre de choses, parce que ce n'est pas vrai ! »
 
C'est à peine si je me rendis compte que je hurlais et pourtant tout l'étage entendit ma voix qui frôlait à la fois l'hystérie et les aigus. Je m'attendais à ce que Tom se mette à crier lui aussi, comme les rares fois où nous nous disputions mais à mon grand étonnement sa voix était calme, voire résignée.

« C'est tout comme. Tu ne comprends pas, Bill. Je ne peux plus bouger. C'est fini, mes derniers muscles m'ont lâché dans la nuit. C'est fini. » répéta-t-il en tournant enfin les yeux vers moi.
 
Et ma colère retomba aussi vite qu'elle était venue alors qu'il prononçait les mots que je redoutais tellement. Je n'eus cependant pas le temps d'ouvrir la bouche car Trudi entra dans la chambre.
 
« Allez Tom, c'est l'heure de manger ! », s'exclama t'elle d'une voix qui se voulait naturelle.
 
Je me tournai vers elle, m'attendant à la voir chargée d'un plateau, mais au lieu de ça c'était une perche qu'elle tenait dans les mains, une petite poche remplie de liquide pendant au bout de la barre métallique.
 
« Euh... mais c'est quoi ce truc ? », demandai-je, incompréhensif.

Trudi détourna le regard, gênée.
 
« Eh bien, c'est une perfusion... Dans cette position, Tom ne peut plus manger par la bouche, il risquerait de s'étouffer, alors il va être nourri par le sang. », répondit-elle tout en s'avançant vers Tom pour installer la perfusion.
 
Tom n'était absolument pas surpris, on avait donc dû le prévenir qu'un jour où l'autre, il n'y aurait pas d'autres solutions. Et je crois que ce n'est qu'à cet instant que j'ai réalisé ce que représentait réellement le fait que Tom ne puisse plus bouger. Plus de petits déjeuners où je lui donnais la becquetée. Plus de promenades dans le parc, Tom ne pouvant plus s'asseoir dans son fauteuil. Même les bains allaient sûrement être compromis. Comme disait Tom, c'était fini...
 
***
 
Quelques heures plus tard, les larmes de Tom s'étaient taries, mais je sentais bien que ce n'était qu'en apparence. A l'intérieur, Tom pleurait toujours. On était en pleine partie de Monopoly, moi lançant les dès à sa place, mais je savais bien que le coeur n'y était pas. Je voyais sans arrêt son regard vagabonder dehors, s'attardant sûrement sur les nuages et j'étais sans arrêt obligé de le rappeler à l'ordre pour qu'il s'intéresse au jeu.
 
Je faisais mon possible pour faire comme si le fait que Tom soit immobile n'avait pas vraiment d'importance et que cela ne changeait rien, qu'il pouvait vivre ainsi, mais à chaque fois que mon regard se posait sur la perfusion qui injectait toujours un liquide nutritif dans ses veines, mon coeur se serrait douloureusement. Je soupirai alors que Tom s'égarait encore une fois dans ses pensées et lançai les dès avant de faire avancer son pion sur le tapis.
 
« Oh Putain Tom ! La rue de la paix ! T'as trop du cul, je tombe une fois par jamais dessus sauf pour perdre du fric bien évidemment ! Tu l'achètes ?! » m'écriai-je, heureux de pouvoir briser le silence pesant.
 
Mais bien évidemment, je n'obtins aucune réponse. Je soupirai encore une fois et posai la main sur celle de Tom.

« Tom, tu l'achètes ?! »

Cette fois, il me répondit mais la réponse qu'il me donna n'était pas vraiment celle à laquelle je m'attendais.

« Continue sans moi. »
 
« Quoi ?! Mais non, on vient juste de commencer, Tom ! Tu peux pas me faire ça, j'ai envie de te plumer moi ! »
 
« Ca sert à rien, Bill. J'ai plus envie. »

Il me regarda dans les yeux et je compris qu'il ne valait mieux pas insister. Je me levai donc et rangeai le jeu dans sa boîte. Et alors que je me rasseyais, je ne pus m'empêcher d'avoir l'impression qu'il ne parlait pas que de la partie de Monopoly...
 
***
 
Le soir même, je quittai sa chambre la mort dans l'âme. Tom m'avait demandé de quitter sa chambre plus tôt parce qu'il voulait être seul. D'habitude, il fallait bien une demi-heure avant qu'il ne me laisse franchir sa porte et là il ne m'avait même pas regardé quand je lui avais souhaité une bonne nuit, ni répondu à mon baiser.
 
Je me dirigeai directement vers Trudi qui sortait tout juste d'une chambre, un peu plus loin dans le couloir.
 
« Comment va-t-il ? », s'enquit-elle immédiatement.

« Mal. Je crois qu'il... je crois qu'il veut mourir... »

« Je sais. »

« Comment ? »
 
« L'année dernière, avant votre rencontre, il a fait une tentative de suicide. Il avait le même comportement quelques jours avant. Tu as réussi à le faire vivre un an de plus Bill, mais je doute que tu puisses en faire davantage pour lui... »

Je fus désagréablement surpris en l'entendant prononcer ses mots.

« Tu veux dire que... que tu cautionnes le fait qu'il veuille mourir ? Tu es son infirmière
! Comment peux tu vouloir ce genre de choses ?! »
 
« Bill, ne le prend pas mal, mais je connais Tom depuis plus longtemps que toi, depuis qu'il est entré dans cet hôpital en fait. Je me suis énormément attaché à ce gamin. J'approche de la soixantaine et je n'ai pas d'enfants. Tom est comme mon fils. Je ne veux que son bonheur, et je sais qu'il n'est pas heureux comme ça, je sais qu'il ne le serait jamais, que tu sois à ses côtés ou non. Alors malgré tout l'amour que j'ai pour lui, je respecte sa décision et je suis même décidée à l'y aider, quitte à perdre mon travail. Je préfère le faire moi même et qu'il s'en aille sans souffrance, plutôt qu'il se charcute le poignet comme il l'a fait la dernière fois. »
 
J'eus alors un flash du poignet droit de Tom où de longues et épaisses cicatrices blanches couraient sur sa peau. Je les avais déjà vu, mais je n'avais jamais osé poser de questions à Tom. Je comprenais maintenant leur origine, bien que je m'en doutais déjà.
 
« Tu es arrivé au bon moment, Bill, pour lui redonner la joie de vivre, mais à ce stade, rien ne pourra le faire remonter la pente. Il m'a toujours dit que le jour où il serait dans cet état, il ferait tout pour échapper à cette vie. »
 
Je sentis ma gorge se nouer, les sanglots s'y accumulant tandis que les larmes brouillaient ma vue. Un spasme me secoua et je ne pus retenir les gouttes qui dévalaient maintenant mes joues.
 
« Je veux pas qu'il meure, Trudi ! », hoquetai-je difficilement.

« Moi non plus. Mais Tom le veut. Bill, met-toi à sa place et demande-toi qu'est ce que tu voudrais. », me répondit-elle en essuyant mes larmes.

Et c'est là que je compris la décision de Tom. Car j'aurais pris la même...
 
***
 
Je marchais sur le parking de l'hôpital. C'était la première fois que je venais ici de nuit. Il était presque deux heures du matin et j'avais rendez-vous avec Trudi. Je pressai le pas et approchai du bâtiment. Trudi voulait me faire passer par une porte de service pour que personne ne me voit. Elle avait décidé de prendre toute la responsabilité sur ses épaules et malgré mes contestations, elle avait refusé de changer d'avis.
 
Quand j'arrivai enfin devant la porte, je la bipai et quelques minutes plus tard elle m'ouvrit. Elle m'entraîna immédiatement à l'intérieur et on se dirigea vers la chambre de Tom. Quand nous entrâmes, la pièce était plongée dans l'obscurité et seule la lumière de la lune filtrait à travers les rideaux. Trudi voulut allumer mais je la retins. Je préférais que tout se passe dans le noir.
 
On s'approcha du lit et je vis les yeux de Tom briller alors qu'il nous regardait. Je lui souris et il me rendit mon sourire. Je crois qu'il avait compris ce qu'on était venu faire au moment même où nous étions entré dans la pièce. Je m'assis à ses côtés, les larmes me montant déjà aux yeux.
 
« Tu es sûr de ce que tu veux ? », lui demandai-je tout en prenant sa main dans la mienne.

Il sourit un peu plus et ses yeux répondirent à sa place, comme bien souvent.

« Je veux pas que tu m'abandonnes... »
 
J'enfouis mon visage contre son torse, tant pour être en contact avec lui que pour cacher mes larmes que je sentais glisser dans mon cou.
 
« Je ne t'abandonne pas, Bill. N'oublie pas que tu dois vivre pour moi, n'oublie pas ta promesse, et je vérifierai que tu tiens parole, compte là-dessus ! »
 
Il essayait de me faire rire, mais je n'avais pas le coeur à ça. Bien que j'avais accepté sa décision et que je le laissais partir, il n'empêche que j'avais l'impression qu'on me retirait une bonne partie de mon coeur. Parce que c'est ce qu'il était : Une partie de moi.

« Regarde moi, Bill. Je veux te voir. »
 
Je me redressai et plongeai mes yeux dans les siens. Il me sourit et je me fis la réflexion qu'il avait l'air heureux de mourir, ce qui était sûrement le cas. Il tourna les yeux vers Trudi qui attendait sagement et elle s'approcha. Elle lui caressa la joue et je vis qu'elle avait les larmes aux yeux elle aussi. C'est toujours plus dur pour ceux qui restent.
 
Elle sortit trois seringues et je m'empressai de prendre le visage de Tom entre mes mains pour l'embrasser passionnément avant de ne plus pouvoir le faire. Je goûtais à ses lèvres et redessinais de ma langue les moindres recoins de sa bouche tandis que la sienne caressait mon palais comme pour apaiser ma peine. Nous avons fait l'amour en un baiser. Un baiser qui avait un goût de dernier.
 
Je refusai de le lâcher, mes doigts s'agrippant à ses cheveux, comme pour l'empêcher de s'en aller, souhaitant arrêter le temps et prolonger cet instant jusqu'à l'infini, mais Trudi finit par rompre le silence.

« Je suis désolée, mais il faut faire vite, les enfants. Si quelqu'un entre dans la chambre de Tom, c'est fichu... »
 
Et en un dernier frôlement de lèvres, je me suis écarté de Tom et me suis redressé. Mes mains ne quittaient pas le corps de Tom tandis que Trudi ôtait le capuchon de la première seringue en expliquant à Tom qu'elle allait lui faire trois injections. Une pour l'endormir, une pour relaxer ses muscles bien que la plupart ne soient plus que des os, et la dernière et l'ultime pour arrêter son coeur.
 
Tom l'écouta attentivement et me regarda une dernière fois alors qu'elle approchait l'aiguille de la perfusion de Tom.

« Attend ! »
 
Je sursautai violemment, tandis que Trudi se figea, levant les yeux sur Tom et attendant une explication. J'espérais alors que Tom avait changé d'avis et qu'il resterait avec nous mais ce ne fut évidemment pas le cas.

« Je veux que ce soit Bill qui le fasse. »
 
Je me figeai, n'en croyant pas mes oreilles. Il ne pouvait pas me le demander. Il ne pouvait pas. Et pourtant, c'était ce qu'il faisait.

« Non, Tom, non je refuse, je... »

« S'il te plaît. », me coupa-t-il, ses yeux me suppliant et Dieu sait comme je ne pouvais rien lui refuser quand il me regardait comme ça.
 
Je me levai donc, hésitant et chancelant et fis le tour du lit pour rejoindre Trudi. Elle me donna les seringues, ces foutus seringues qui allaient m'enlever Tom. Je reniflai et j'eus une soudaine envie de les jeter par terre et de les écraser. Mais je ne le fis pas. Parce que ce n'était pas ce que Tom voulait. Alors, les mains tremblantes et le coeur au bord des yeux, j'enfonçai l'aiguille dans le tuyau de la perfusion, essayant de retarder le plus possible le moment fatidique où la vie quitterait son corps.
 
Tout en injectant le produit, je relevai les yeux sur le visage de Tom. Il me souriait encore, et moi je n'arrivais même pas à croire ce que je faisais. J'étais en train de tuer l'homme que j'aimais le plus au monde. J'étais en train de le tuer parce que c'était sa volonté. Tom chuchota alors des mots que je n'avais encore jamais entendu franchir ses lèvres. Mon coeur battit plus vite et ces quelques mots, preuve de son amour, résonnèrent en moi, envahirent mon être et mes veines comme le liquide de la seringue envahissait celles de Tom.
 
Je m'empressai de lui répondre avant que ses yeux ne ferment et déposai mes lèvres sur les siennes alors qu'il restait encore un peu de conscience en lui. Maintenant qu'il ne me regardait plus, qu'il ne me souriait plus et que je sentais les battements de son coeur ralentir sous ma main que j'avais inconsciemment posée sur sa poitrine, je voulais en finir le plus vite possible. Je voulais m'éloigner rapidement du corps sans vie de Tom, car ce n'était pas le Tom que j'avais connu.
 
Pleurant ma peine et sanglotant mon chagrin, je lui injectai la deuxième seringue, puis la troisième avant de m'écrouler sur son torse en reniflant et en gémissant. C'était fini. Et alors que Trudi posait une main dans mon dos, tentant de me consoler, ces deux mots tintèrent dans ma tête, se mélangeant à ceux que Tom avait prononcé quelques minutes plus tôt...
 
***
 
Dix ans ont passé. Aujourd'hui me voilà devant un grand bâtiment, une paire de ciseaux entre les mains. Après la mort de Tom, j'ai mis des mois à m'en remettre, me noyant sous le travail qu'on nous donnait à la faculté de médecine. Puis, j'ai finalement compris que ce que Tom m'avait demandé, lui injecter moi-même ce liquide mortel était la plus belle preuve d'amour que je pouvais lui faire. Je lui ai offert le repos. Ce n'est que lorsque je me suis rendu compte de cela que j'ai pu me pardonner de l'avoir fait.
 
J'ai donc remonté la pente, malgré le fait que je ne pouvais oublier le manque de lui, et je n'avais plus qu'un objectif : réussir pour Tom. Je l'ai atteint. Je suis aujourd'hui diplômé et j'ai déjà commencé à exercer à l'hôpital où Tom était hospitalisé. Je ne me voyais pas travailler ailleurs. Mais ma plus grande fierté, c'est mon association. Ou du moins celle de Tom, celle que j'ai ouverte pour lui. Elle porte bien évidemment son nom et c'est une association d'aide à la recherche pour la maladie de l'homme de pierre, pour trouver un remède et aujourd'hui, c'est justement le jour de l'inauguration du siège.
 
Alors, je suis là, prêt à couper le ruban rouge qui barre l'entrée de l'immeuble. Je souffle un grand coup comme pour me donner du courage et le coupe alors que les applaudissements des personnes présentes rugissent à mes oreilles. Parmi elles, je sais qu'il y a Trudi. Elle a bien évidemment perdu son travail suite à l'euthanasie de Tom, mais elle m'a beaucoup aidé à me relever et à réussir mes études. Je lui dois énormément.
 
Alors que le ruban rouge flotte quelques instants dans les airs, avant de se lover sur le sol, je chuchote quelques mots.
 
« Pour Tom. »

Ma voix n'est qu'un murmure parmi les acclamations et pourtant j'espère qu'il l'a entendu. J'espère qu'il est fier de moi et j'espère qu'il peut voir que j'ai tenu parole. Car oui, je vis pour Lui.
 
 

A jamais nous ~ Ecrit par Fallen 26/08/2012

Sur une idée de Lizzie :
Tom et Bill se connaissent depuis qu'ils sont tout petits, ils sont progressivement devenus au fil des années, d'une simple connaissance à amis, puis petits amis. Ils ont sympathisé, se sont aimés, pour finalement mieux se haïr, suite à l'échec de leur relation. Quelques années ont passé, Tom est de retour chez lui. Dans le train qui le porte vers sa maison d'enfance, il reconnaît, malgré les années qui les ont séparé, Bill, qui revient lui aussi au bercail. Durant tout le trajet, Tom tente de se faire le plus petit possible, trouvant mille et un subterfuge pour ne pas que Bill le voit. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que Bill l'a vu aussi, et qu'il fait tout lui aussi pour passer inaperçu à ses yeux...




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TWINCEST
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« Le train en direction de Loistche va partir,
attention à la fermeture automatique des portes »


Un jeune homme grand et blond tentait désespérément de se frayer un chemin dans le couloir du train, traînant derrière lui sa grosse valise qui n'arrêtait pas de se coincer partout.

« Putain, putain, putain ! » râla-t-il.

[POV Tom]

Quelle valise de merde ! Bon, où est-ce qu'il y a une place ? J'ai trois heures de train à tirer et je ne compte pas les faire debout, y'a pas moyen ! Ah, là ! Il n'y a personne, les deux places sont libres, parfait. Je soupire un bon coup avant de soulever ma valise pour la mettre sur les compartiments faits exprès. Bien, maintenant je peux me poser ! J'enlève ma grande veste et la pose sur l'un des sièges avant de m'affaler sur celui côté fenêtre et je sors mon I-pod. Trois heures putain, va falloir que je m'occupe !

Je m'appelle Tom, j'ai vingt-cinq ans. Aujourd'hui, je prends le train pour retourner dans le village qui m'a vu grandir. Pourquoi ? Parce que mon ami Georg n'a pas trouvé mieux que de décider de se marier là où il est né ! D'un côté je suis content de retourner là bas, ça va me rappeler plein de choses et je vais revoir des gens que je n'ai pas vu depuis des années mais... alors que je regarde le mot Loistche sur mon billet, je ne peux pas m'empêcher de penser à lui.

Je suis sur le point d'allumer ma musique et de me plonger dans mon monde quand j'entends un des passagers râler bien comme il faut. Curieux de nature, je me lève un petit peu et regarde par-dessus le siège devant moi pour voir ce qu'il se passe. Apparemment un homme n'arrête pas de bavarder au téléphone depuis un moment et ça à l'air de gonfler les autres, ça peut se comprendre. L'homme en question se lève de son siège et se dirige vers la passerelle entre les wagons. Il passe rapidement à côté de moi et je me fige.

Non, impossible. Ça ne peut pas être lui ! Dite-moi que c'est impossible ! Je veux dire, comment est-ce que ça pourrait être lui ? Quoique, je ne sais même pas ce qu'il est devenu, ni où il habite. Et puis, c'était un ami de Georg aussi. Putain de Georg tiens ! J'suis sûr qu'il l'a invité aussi. Han le salaud...Non mais non Tom tu divagues ! Comment est-ce qu'il pourrait être dans le même train que toi ? Ca voudrait dire qu'il vit à Hambourg lui aussi ? Ca relèverait du délire total !

Je reste debout comme un con pendant plusieurs minutes puis l'homme en question repasse à côté de moi, tout aussi rapidement que la première fois. Cette fois ci, je ne le quitte pas des yeux. Il est quelques sièges après moi, je le regarde attentivement alors qu'il range son téléphone dans son grand sac à main blanc. Ses manières tellement féminines, ses ongles manucurés, ses longs cheveux noirs, ce corps si fin mais si attirant. S'il te plaît, tourne toi et prouve moi que tu n'as pas les yeux marrons ni de piercing à l'arcade. Il se retourne...Bordel !

Je m'assois brutalement dans mon siège pour ne pas qu'il me voit, manquant de me cogner violemment dans l'accoudoir. Putain c'est lui ! Lui, c'est Bill. Il n'a pas changé, il a juste, grandi, enfin ses cheveux sont un peu plus longs mais malgré ça...putain je ne peux pas me tromper, maintenant jsuis sûr !

Qui est Bill ? Pour vous expliquer qui il est vraiment, il faut remonter très loin dans le temps. Je ne voulais pas vraiment repenser à tout ça mais c'est trop tard, rien que le voir suffit, le mal est fait. Je m'enfonce dans mon siège et me mets à replonger dans un passé que je croyais avoir oublié depuis longtemps.

Par où commencer ? Par le plus simple : Bill et moi on a tout connu ensemble. On a grandi ensemble, on a rigolé ensemble, on a souffert ensemble, on a couché ensemble. Ca vous choque ? Bill, c'était tout pour moi. Au départ c'était mon pote, ensuite mon meilleur ami, puis il est devenu mon amant et enfin mon meilleur ennemi. Mais si je dois vous parler de cette relation, autant commencer par le commencement. Notre enfance, là où tout a démarré.

[Flash-Back]

Un petit garçon de 6 ans se serre contre la jambe de sa mère, attrapant les volants de sa jupe dans ses mains. Il est brun et a de grands yeux chocolat. Une mèche un peu folle tombe devant ses yeux alors que le reste de ses cheveux, plus courts, est ébouriffé sur sa tête.

« Maman, je veux pas y aller ! »dit-il en plongeant sa tête dans la jupe.

« Bill » fait-elle en tentant de le décrocher. « On en à déjà parlé hier, c'est la rentrée, tu dois aller à l'école. »

« Mais y'a plein de grands, ils me font peur, c'est eux qui m'embêtent tout le temps au parc. »

« Mon chéri...» Soupire-t-elle.

« Je te protègerai ! » annonce fièrement une autre voix.

La mère et le fils se retournent et voient un autre petit garçon. Ses cheveux sont un peu plus blonds que ceux de l'autre, un peu plus longs aussi, ils lui arrivent presque aux épaules. Bien qu'un peu plus petit, il à l'air très sûr de lui pour son âge.

« Tom ! » crie le petit brun.

« Viens Bill, personne ne te fera de mal, je te le promets. » fait Tom en tendant la main.

Le petit brun hésite. Il jette un coup d'½il à sa maman qui lui sourit doucement.

« Tu me le promets ? » demande-t-il timidement à Tom.

« Oui je te le promets . » répond-il avec assurance.

Finalement, il décrispe ses doigts de la jupe et attrape la main tendue de Tom avant qu'ils ne rentrent tous les deux dans l'école.


[Fin Flash-Back]

C'était notre premier jour d'école primaire. Avec Bill, on se connaissait déjà depuis 3 ans, depuis la maternelle en fait, enfin, on s'était rencontrés bien avant mais comme on était que des bébés, forcément, on s'en souvient pas ! En effet, le sort avait voulu qu'on soit nés le même jour et que nos mères aient sympathisé dans la chambre qu'elles partageaient à la maternité.

Ayant dix minutes de plus que lui, dès le début, j'ai joué les grands frères. Nous étions tous les deux fils uniques pour l'état civil mais, dans la vie, nous avions un frère . On s'amusait même à dire qu'on était jumeaux et les gens nous croyaient. On se ressemblait beaucoup quand on était petits, enfin, physiquement, car moralement, on a toujours été très différents. Nos looks vestimentaires l'ont rapidement montré. Moi j'étais le rappeur aux pantalons et tee-shirt extra larges, les casquettes et les dreads. Bill c'était le rockeur avec ses vestes en cuir, ses énormes bracelets et ses coiffures parfois bizarres.

Je regarde à nouveau le Bill d'aujourd'hui, l'observant du coin de l'½il. Il à l'air encore plus mince qu'avant et son androgynéité a vraiment été poussée à son paroxysme. Ses cheveux toujours noirs sont maintenant parsemés de mèches blondes et il porte des bijoux toujours plus voyants. Je rigole doucement en constatant qu'il n'a toujours pas renoncé à porter du maquillage. Combien de fois j'ai pu l'embêter avec ça ?! Je ne voulais surtout pas reconnaître à quel point ça lui allait bien. Je me souviens encore comment tout cela avait commencé.

[Flash-Back]

Bill se tournait et se retournait devant son miroir depuis cinq bonnes minutes. Ce soir, c'était Halloween et, comme il avait douze ans maintenant, il avait l'autorisation d'aller à une fête chez son ami Andréas. Il y allait avec Tom bien sur. Ce dernier était assis sur le lit derrière lui et soupirait.

« Bon, on y va ou pas ? On va être en retard ! »Râla-t-il en prenant appui sur ses mains, étincelant dans son costume de pirate
.
« Attend » fit Bill en faisant la moue, tripotant sa tenue de vampire dans tous les sens. « Il manque quelque chose, je le sens... »

Il continuait de se regarder. La longue cape, le n½ud papillon, les cheveux noirs, les fausses dents longues, quel était ce petit détail qui ferait de lui le plus beau Dracula de la fête ? Il plissa le nez et se pencha en avant, se regardant de plus près dans le miroir. Il eu un flash dans la tête, se souvenant de la tête du vampire qu'il avait vu a la télé il n'y a pas longtemps. D'un seul coup son visage s'illumina et un grand sourire se dessina sur ses lèvres. Il se dirigea en courant dans la salle de bain de ses parents.

« Bill qu'est ce que tu fais ? » demanda Tom sans bouger du matelas.

« J'ai une idée ! »

Tom haussa les épaules. Son meilleur ami ne cessait de le surprendre. Il avait appris à ne pas chercher à comprendre, c'était Bill et ça voulait tout dire. Deux minutes plus tard, le brun était de retour dans la chambre. Il se planta devant Tom, les bras tendus de chaque côté de son corps.

« Tadam ! » dit-il fièrement. « Alors, qu'est ce que tu en dis ? »

« Wow... »

Pour être honnête, Tom ne savait pas trop quoi dire. Les yeux de Bill étaient cernés de noir. Les traits étaient grossiers et on voyait bien qu'il l'avait fait rapidement malgré tout, la couleur de ses iris n'avait jamais aussi intense. Bizarrement, il n'avait jamais été aussi...beau.

« Quoi ? C'est moche ? » demanda Bill en fronçant les sourcils, un peu inquiet.

« Ca te va bien. »Fit Tom en souriant. « J'avoue que c'est étrange de dire ça parce que tu es un garçon mais ça te va, vraiment bien. Maintenant allons-y. »

Bill suivit Tom et depuis ce jour, il avait toujours maquillé ses yeux de noirs. A chaque fois que Tom lui avait demandé pourquoi il faisait ça, il se contentait de répondre : « J'ai envie d'être beau. »


[Fin Flash Back]

Je secoue la tête, il faut que j'arrête de repenser à tout ça, je me fais du mal pour rien. J'augmente le volume de ma musique et regarde le paysage défiler pour oublier de repenser à la manière dont nous sommes devenus plus que des amis.

[POV Bill]

Bordel...

Lui ici.

Georg je te déteste, tu vas mourir dans d'atroces souffrances avant même que ta lune de miel ne commence !

Quand je l'ai croisé la première fois tout à l'heure j'ai cru que je me faisais des idées mais en fait non, c'est bien lui, Tom. C'est tellement étrange de le revoir après toutes ces années, ça me fait remonter loin en arrière. Je me demande s'il m'a reconnu, je n'ai pas tellement changé que ça, lui non plus d'ailleurs. Il est plus grand peut-être et ses dreads sont encore plus longues, mais sinon il est égal à lui-même.

Il est toujours aussi beau. Aujourd'hui encore, je me demande comment j'ai fait pour être ton ami pendant toutes ces années, je voulais tellement plus, tellement tôt. Puis un jour j'ai craqué car je n'en pouvais plus et notre relation a changé, à jamais. Après ça, il nous était impossible de revenir en arrière, on ne le voulait pas, de toute façon.

[Flash Back]

Les deux garçons étaient dans la chambre de Tom. Bill regardait les murs recouverts de posters de Samy Deluxe ou bien de filles pratiquement nues à côté de grosse voitures. Il retenait une grimace en pensant au poster de Nena toujours accroché derrière la porte de sa chambre. Ça faisait un peu gamin pour un garçon de seize ans non ?

Il secoua la tête et tenta de se concentrer sur ce que son meilleur ami était en train de lui raconter. Il n'avait pas tout suivi. En fait, à partir du moment où il avait entendu les mots filles et coucher, il avait décroché. S'il y avait bien une chose dont il avait horreur, c'était d'écouter les frasques sexuelles de Tom !

Pourquoi ? Tout simplement parce que ça le rendait vert de jalousie. Il n'était pas jaloux de Tom (lui aussi avait son petit succès avec la gente féminine), il était jaloux de toutes ces filles qui passaient dans le lit du blond. Toutes ces gonzesses aussi profondes que des flaques d'eau qui faisaient fantasmer l'homme dont il était éperdument amoureux.

Bill avait eu du mal à se l'avouer mais oui, il était totalement et irrémédiablement amoureux de son tombeur de meilleur ami. Ca lui avait fait réaliser qu'il était gay ou au minimum bisexuel, ce qui expliquait peut-être son manque d'entrain à aller courir les jupons des filles.

Au début il avait pensé que ce n'était qu'une passade. Il avait toujours eu des sentiments très forts pour Tom, il avait peut être fait une erreur de jugement. Néanmoins, le jour où il s'était réveillé après un rêve érotique, il avait fallu se rendre à l'évidence. Le désir n'était pas quelque chose de fraternel, pas du tout même.

Cependant il n'avait rien dit à personne et surtout pas au principal intéressé. Ça faisait quelques semaines maintenant qu'il gardait ce secret, et il commençait à peser très lourd. Et alors que Tom était en train de lui donner des détails plus qu'intimes sur ce qu'il avait fait avec cette fille, Bill décida que cela suffisait.

« Tom stop, je ne veux pas savoir ! » dit brutalement Bill.

« Pourquoi ? D'habitude tu poses toujours des questions ! »

« D'habitude je te fais croire que tes histoires de cul me passionnent, mais ça n'est pas le cas, j'en ai assez ! »

« Qu'est ce que qui te prend Bill ? » dit Tom en fronçant les sourcils. « Tu sais, il ne tient qu'à toi d'en faire autant, je connais des filles qui- »

« Les filles ne m'intéressent pas ! »

Bill avait dit ça violemment et Tom avait l'air d'un poisson hors de l'eau. La bouche grande ouverte jusqu'à ce que l'information arrive jusqu'à son cerveau.

« Je vais même aller plus loin ! Ces filles ne m'intéressent pas et c'est toi que je veux ! C'est sur toi que je fantasme ! » dit-il presque hargneusement.

Il ne réalisait pas vraiment ce qu'il était en train de dire, les mots sortaient tout seul. Le poids de ces semaines de mensonges se faisait ressentir, il relâchait toute sa frustration et toute sa colère.

« Moi ? Tu veux...tu veux sortir avec moi ? » fit Tom incrédule.

Et là Bill revint sur terre. Ses deux mains se plaquèrent sur sa bouche. Il avait vraiment dit ça ? Son secret venait de lui échapper. Il regardait Tom terrorisé, persuadé que son ami ne lui pardonnerait jamais ses sentiments contre nature. Il attrapa sa veste en cuir posée sur le lit à côté de lui et s'enfuit en courant de la maison de Tom. Ce dernier n'ayant pas bougé d'un pouce.


[Fin Flash Back]

Après ça, on ne s'est pas parlés pendant une semaine. Je n'osais pas lui adresser la parole, j'avais bien trop honte. J'avais l'impression de sentir son regard sur moi, comme s'il m'observait, mais je me murais dans le silence. Je fuyais en fait. Je fuyais la personne que j'aimais le plus au monde. Je regrettais tellement de lui avoir avoué ce que je ressentais. Ma vie se résumait à dormir, manger et aller en cours.

En agissant comme ça, je mettais nos amis Georg et Gustav dans l'embarras. Ils ne cessaient de faire le va et vient entre nous, refusant de choisir un camp, persuadés que tout finirait par s'arranger d'une façon ou d'une autre. « Vous vous aimez trop pour vous détester, » me répétait Gustav. Personnellement, j'avais du mal à y croire. J'avais tout gâché mais, en fin de compte, je n'aurais pas pu supporter cette situation plus longtemps.

Et puis, un soir, alors que j'étais dans ma chambre, en train de presque m'auto-hypnotiser avec un exercice de Maths pour ne pas penser à lui, quelqu'un frappa à ma porte. C'était un mardi. Ma mère m'annonça qu'une personne voulait me parler. Je ne répondis pas, les yeux toujours fixés sur les chiffres écrits sur ma feuille quand j'entendis le bruit de ma porte qui s'ouvrait.

[Flash Back]

Des pieds qui glissent sur la moquette et une voix qui résonne.

« Bill... »

Une voix. La sienne. Tout le corps de Bill se crispa, sa main serra son crayon de papier. Il ne voulait pas se retourner. Il ne voulait pas le voir. Il se sentait honteux comme jamais. Il ne voulait pas l'affronter. Comment pourrait-il se justifier ? Tomber amoureux de son meilleur ami, est-ce que c'est une chose qui se fait ? Les pas se rapprochèrent et ses doigts se resserrèrent à en faire blanchir ses jointures.

Le couinement d'un matelas qui s'affaisse. Bill ne bougeait toujours pas, il attendait. Il ne savait pas quoi exactement, mais quelque chose lui disait que ce n'était pas à lui de parler en premier. Il entendit un soupir et se décida à lâcher son crayon, posant ses mains à plat sur son bureau, toujours aussi tendu et fébrile. C'était à Tom de décider.

« Bill, je suis désolé si je t'ai donné l'impression de te rejeter. Ce n'était pas le cas, j'étais juste...surpris... »

Le brun ne répondit rien, il se contenta de baisser la tête. Etait-ce une bonne ou une mauvaise surprise pour Tom ?

« Ce que tu m'as dit, ça fait une semaine que je ne fais que penser à ça. J'ai retourné la situation dans tous les sens et finalement j'ai réalisé que...enfin... je ne sais pas trop comment exprimer ça, c'est bizarre et... »

Bill ne pu s'empêcher de sourire doucement. Il savait que Tom était probablement en train de se gratter nerveusement la nuque, il faisait toujours ça quand il était gêné et qu'il ne trouvait pas les mots justes. Le brun adorait quand il faisait ça, la timidité lui allait tellement bien. Peu de personnes connaissaient le vrai visage de Tom et Bill en faisait partie. Inconsciemment, le brun commença à se détendre un peu, sans pour autant oser faire face à celui qui occupait toutes ses pensées.

« En fait, toutes ces filles, c'était pour...te fuir. Car, je ne sais pas, je me disais que, ce que je ressentais, c'était mal tu vois ? Je pensais qu'elles m'aideraient à t'oublier, qu'en couchant avec elle, je réaliserais que ce qu'il y avait entre nous n'était qu'un amour fraternel très fort, mais ça n'est pas le cas. Tu es tellement plus qu'un frère pour moi Bill. »

Le souffle de Bill s'accéléra, il se tendit à nouveau, mais pour une autre raison. Une chaleur commença à se répandre dans son ventre.

« Alors voilà, est ce que...est ce que tu veux encore de moi ? Est-ce que tu veux bien...sortir avec moi ? Dis moi...dis moi que je n'arrive pas trop tard... »

Bill soupira un grand coup pour se donner du courage et fit tourner sa chaise pour regarder Tom. Ce dernier était toujours assis sur son lit, les avant-bras posés sur ses cuisses, les mains jointes et la tête basse. Maintenant, c'était lui qui attendait. Le brun se leva et avança doucement vers lui, son c½ur battant tellement fort qu'il menaçait de sortir de sa poitrine. Il s'agenouilla devant Tom et prit son menton entre sa main pour relever son visage.

« Je ressentirai toujours la même chose pour toi Tom. »

« Alors c'est oui ? »

« C'est oui. »

Il y eu ensuite une sorte de gêne entre eux. Ils savaient ce qu'ils avaient envie de faire, mais ils ne savaient pas vraiment « comment » le faire. Comme toujours, Tom prit les devants. Il avança lentement son visage. Bill eu juste le temps de fermer les yeux avant que les lèvres du blond ne se posent sur les siennes.


[Fin Flash Back]

[POV Tom]

C'était notre premier baiser. Pour être honnête, quand je suis venu le voir, je n'étais pas très sûr de moi, je me demandais si je pouvais vraiment être avec lui de cette façon. Mais au moment même où j'ai senti son souffle se mêler au mien, j'ai su que j'avais pris la bonne décision. Les mois qui ont suivi n'ont fait que me conforter dans cette voie. C'était comme si nous avions été comme ça depuis toujours.

Je le comprenais mieux que personne et il me comprenait mieux que personne. Nous nous connaissions par c½ur donc il y avait très rarement des malaises. Ses baisers et ses caresses, m'enivraient comme jamais et rapidement j'en voulu plus. C'est moi qui, en premier, ai poussé les choses plus loin, j'ai fait entrer le mot sexe dans l'équation. Ce corps que je connaissais pourtant par c½ur pour l'avoir vu de nombreuses fois, ce corps m'attirait. Il était similaire au mien et pourtant si différent.

Nos échanges physiques étaient parfois très poussés mais nous n'étions jamais allés jusqu'au bout. Je voulais que Bill m'appartienne mais je ne voulais pas le forcer. Je ne saurais pas expliquer pourquoi mais je voulais m'unir à lui et j'espérais vraiment que ce désir était partagé. Et il l'était. Lors d'un énième soir où il dormait chez moi, il me donna le feu vert que j'attendais depuis des semaines.

[Flash Back]

Les deux garçons étaient sur le lit de Tom, dans les bras l'un de l'autre. Tom était allongé sur le dos, le brun à moitié couché sur lui. La tête de Bill était nichée dans le cou du blond alors que ce dernier caressait lentement son dos de haut en bas. La main de Bill serra le tee-shirt de son compagnon, son corps se tendit un peu et Tom su qu'il se passait quelque chose dans sa tête.

D'un seul coup, le brun, pourtant si timide, se mis à califourchon sur son petit ami et planta ses yeux dans les siens. Il se pencha brusquement et embrassa Tom. Ce fut le baiser le plus chaud et le plus excitant qu'on lui avait jamais donné. Il ne put s'empêcher de gémir. Ses mains glissèrent toutes seules le long des reins de son partenaire et effleurèrent ses fesses, les serrant doucement pour rapprocher leurs bassins.

« Tom » murmura Bill en entrouvrant leurs lèvres.

« Hum ? »

« Aime-moi » continua-t-il en écrasant son bassin contre celui du blond.

La demande était plus que claire. Jamais Bill ne s'était montré aussi « entreprenant ». Dès qu'ils faisaient quoi que ce soit d'intime, Tom en était à l'origine, mais cette fois...Le cerveau du blond se déconnecta. Bill avait demandé, il ne répondait plus de rien. Il passa ses mains sous le boxer du brun et prit ses fesses à pleines mains avant de les faire basculer pour se retrouver au dessus. Tom était du genre à aimer contrôler la situation.

Il regarda une dernière fois son compagnon pour être sûr et Bill se contenta de lui sourire, les joues rouges. Oui, il pouvait, il n'avait plus à se retenir. Il pouvait l'aimer tout entier. Ses lèvres allèrent chercher celles de Bill avec une douceur qui l'étonna lui-même. Ses mains se mirent en mouvement, glissant sur les cuisses fines, remontant pour passer sous le tee-shirt et finir par l'enlever. Alors que son corps demandait pourtant le soulagement, il agissait avec lenteur.

Bientôt les vêtements traînaient sur le sol et leurs corps nus se rencontraient. Ce n'était pas la première fois qu'ils se retrouvaient dans cette situation. Avant, ils se contentaient de se frotter l'un contre l'autre jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus mais ce soir, ce soir chacun savait que les choses iraient beaucoup plus loin. Ils avaient tous les deux déjà eu des relations sexuelles, mais jamais avec un autre homme et, probablement jamais vraiment avec « amour ».

La bouche de Tom voulait plus de peau à embrasser alors elle se détacha de ses lèvres rougies et tentatrices pour descendre sur le cou gracile. Il sentit la carotide battre sous sa langue et alla poser une main sur la poitrine de Bill. Le c½ur du brun allait de plus en plus vite. Gêne, envie, peur, désir, tous ces sentiments contribuaient à en augmenter le rythme. Il aspira doucement la peau fine au dessus de la clavicule et Bill couina.

« Tom » gémit-il en plongeant ses doigts dans ses dreads.

Ce son pourtant à peine audible traversa Tom de part en part. Il lui donna un violent frisson d'excitation qui se répercuta dans son bas ventre déjà bien réveillé. Son désir se renforça et sa main, jadis sur le torse de Bill, alla se perdre entre ses cuisses pâles. Le brun se cambra tout contre lui, enfonçant ses ongles dans son crâne.

Les doigts de Tom allèrent plus loin encore, entre ses fesses et glissèrent à l'intérieur du brun. Cette fois ci, Bill gémit bruyamment. Tom adorait s'occuper de Bill de cette manière. Ce n'était pas non plus la première fois que le blond lui faisait ça. En fait, c'était là leur limite, en temps normal. Mais ce soir, rien n'était normal, toutes les limites allaient être franchies.

Bill ondulait sous lui, il ne se contrôlait plus. Les doigts de Tom étaient juste au bon endroit et le plaisir l'assaillait. Ses hanches bougeaient d'elles-mêmes et il sentait qu'il n'allait pas tenir très longtemps à ce rythme là. De plus, il voulait faire plaisir à Tom, et il savait exactement de quelle manière il allait faire ça. Doucement, il repoussa la main du blond et l'attrapa par la nuque pour approcher sa bouche de son oreille.

« Approche-toi » murmura-t-il en agrippant les fesses de Tom.

Ce dernier frissonna, il avait compris. Il avança son bassin jusqu'à ce qu'il soit juste au niveau du visage de Bill. La fellation était ce que Tom préférait, et Bill le savait bien. Le blond se mordit la lèvre lorsqu'il aperçut le piercing brillant passer entre les lèvres du brun. Il ferma les yeux en sentant une bouche se refermer autour de lui. Oui, Bill était vraiment doué pour ça, sinon comment expliquer son état de transe ?

Cependant, il ne put profiter de cette caresse très longtemps, lui aussi était presque à bout et si Bill continuait, il allait finir avant même qu'ils n'aient commencé. Le brun sembla le comprendre car il se détacha, passant une dernier fois sa langue le long de son sexe avant de reposer sa tête sur l'oreiller. Tom se recula et s'installa à nouveau entre ses cuisses qu'il venait d'écarter.

Il savait qu'ils auraient eu besoin d'un truc glissant comme du lubrifiant pour faciliter les choses, mais comme il n'avait pas prévu ce qui allait se passer, il n'y avait pas pensé. Pas besoin de préservatif en tout cas. Quelques semaines auparavant, ils avaient tous les deux fait un test de dépistage, histoire d'être tranquilles le moment venu. Tom revoit encore Bill gribouiller sur sa main et l'ouvrir face à Tom. Le mot « négatif » était marqué dessus, il en était de même pour le blond.

Tom attrapa l'arrière des genoux de Bill et se pencha pour l'embrasser alors qu'il se fondait en lui le plus doucement possible. Le brun cligna des yeux et laissa échapper une larme. Ça faisait mal, il s'y était attendu, mais Tom était tellement tendre qu'il se relaxa facilement. Le blond passait sa langue autour de ses lèvres pour tenter de l'apaiser. Bill laissa aller un long souffle et Tom pu s'enfoncer en lui jusqu'à la garde. Ils restèrent immobiles pendant un long moment, ils ne pouvaient dire combien de temps.

« Est-ce que je peux... ? »demanda Tom en rougissant un peu.

Il était au bord de l'explosion et faisait son maximum pour ne pas saisir brutalement les hanches de Bill et l'enfoncer dans le matelas pour le prendre avec passion. Bill hocha la tête et passa sa main sur la joue de son petit ami.

« Oui, mais, vas-y doucement, au début. »

La suite ne fut plus que gémissements et grincements de matelas. Leurs mouvements prirent peu à peu de l'ampleur à mesure que la douleur disparaissait pour laisser place au plaisir. Tom claquait ses hanches contre les fesses de Bill qui répondait en se cambrant à s'en rompre le dos. Ils n'arrivaient même pas à s'embrasser tellement ils tremblaient.

Ils ne se contrôlaient plus, ils ne faisaient que s'abandonner au plaisir qui les dévorait. Un coup de rein plus puissant que les autres. Leurs doigts s'emmêlèrent et Tom trembla, touchant les étoiles et étouffant son gémissement en plongeant sa tête dans le cou de Bill qui se mordit la lèvre, frappé par l'orgasme le plus puissant de toute sa vie.


[Fin Flash Back]

Je frissonne en y repensant. C'était tellement bon, et les fois suivantes furent tout aussi extraordinaires. On s'accordait parfaitement lui et moi. L'envie était parfois si forte qu'on se retrouvait à faire l'amour dans des lieux incongrus. Tout était genre, comme dans un rêve, je flottais littéralement. Malheureusement, un élément de plus s'ajouta à l'équation. Un élément que je n'avais pas prévu et qui était pourtant inévitable, la jalousie.

Un sentiment normal quand on s'aime et qu'on à peur de perdre l'autre. Elle est nécessaire, tant qu'elle ne vire pas à l'excès. Entre nous elle a dépassé les bornes. Au début ça n'était que quelques piques lancés de ci de là, puis vinrent ensuite les remarques véritablement désagréables pour finir par des règlements de comptes de plus en plus fréquents. Je n'avais pas compris à quel point Bill avait besoin d'être rassuré, je pensais lui prouver suffisamment chaque jour à combien je l'aimais. Car oui, je l'aimais, bien plus que je ne m'en serais cru capable.

Un jour, il y eu l'engueulade de trop. J'étais à bout. Je ne supportais plus qu'il me donne l'impression de ne jamais en faire assez. Je me revois claquer la porte de chez lui sans même me soucier de ce que ses parents allaient penser, ils étaient habitués de toute façon. Je suis sorti en boite ce soir là, sans lui, alors qu'on y allait toujours ensemble.

J'ai bu de l'alcool, beaucoup d'alcool, beaucoup trop d'alcool. Et il y a eu cette fille. Cette fille séduisante et qui sentait bon. Cette fille qui est venue coller son corps parfait contre moi. Elle rigolait à mes blagues, elle ne me prenait pas la tête. Tout semblait si simple avec elle que je n'ai même pas réfléchi. Je n'en avais pas vraiment envie, j'en avais besoin. Alors je l'ai ramené chez moi, je l'ai déshabillé, et j'ai commis l'irréparable.

Quand je me suis réveillé le lendemain, je me suis maudit. Je me suis promis de ne jamais en parler à Bill et de faire comme si ça n'était jamais arrivé. Je comptais le chérir plus que jamais. Ce que ne n'avais pas prévu c'est qu'il viendrait, chez moi, ce matin là. Ma mère lui avait ouvert alors qu'elle partait faire des courses, il était chez moi comme chez lui de toute manière. Ce que je n'avais pas prévu c'est qu'il ouvrirait la porte et qu'il nous verrait, nus, dans les draps froissés.

[Flash Back]

Bill referma la porte aussitôt après l'avoir ouverte. Tom enfila rapidement un caleçon et lui couru après dans les escaliers. Il lui attrapa le bras mais le brun se dégagea rapidement, se retourna et lui décolla une gifle magistrale qui résonna dans l'air. Tom mis sa main sur sa joue et ne broncha pas, il l'avait mérité. Il leva les yeux vers Bill, il avait l'air aussi blessé qu'en colère.

« Bill je... »

« Tais-toi. »

« Laisse-moi t'expliquer ! » la voix de Tom était désespérée.

« Tais-toi ! »

« Je t'en prie ! »

Tom se penche vers Bill et tente de saisir ses épaules mais le brun se recule et le regarde avec tellement haine que Tom se sens plus que jamais minable.

« Comment est ce que tu as pu ? »dit Bill les dents serrées.

« Je...»

« J'étais venu pour m'excuser et toi...Pendant que je me morfondais hier soir, tu baisais la première fille venue ! Je rêve ! Je n'arrive pas à croire que je me sois trompé à ce point. »

« Je me sens tellement mal, Bill, crois-moi, c'était une erreur, une putain d'erreur ! Il n'y a que toi ! »

« Ha non ! Ca, ça marchait avant ! »

« Avant quoi ? »

« Quand j'avais confiance en toi ! »

Bill tourna les talons et sortit rapidement de la maison. Tom lui, ne bougea pas, il resta planté dans les escaliers pendant des minutes qui lui semblèrent des heures. Ça ne pouvait pas se finir comme ça pas vrai ? Ca ne pouvait pas être vrai. Les larmes coulèrent toutes seules sur ses joues et ses genoux rencontrèrent brutalement le sol.


[Fin Flash Back]

[POV Bill]

Je ne m'étais jamais senti aussi mal de toute ma vie. Je me sentais humilié. Il m'avait trompé. Il m'avait trahi et je l'ai détesté pour ça. Tous mes sentiments, tout ce qui c'était passé entre nous avant, le bonheur qu'on avait bien pu partager, tout ça n'avait plus aucune importance maintenant, il m'était impossible de lui pardonner. Je ne pouvais même plus le regarder en face.

Pendant des semaines, je l'ai évité de toutes mes forces. Je ne répondais pas à ses coups de fils ni à ses textos, je supprimais ses e-mails et je le bloquais sur msn. En fait, j'attendais qu'il se lasse et qu'il comprenne que tous ses efforts étaient vains. Au bout d'un long moment, il a arrêté, il s'est résigné. On ne se parlait plus du tout. C'était comme si on avait jamais été amis, et encore moins amants. Il ne restait plus rien de notre relation.

Le reste de l'année s'écoula sans que je ne le réalise. Lui comme moi avons eu notre bac et puis il est parti un beau matin pour aller à la fac, sans un mot et je ne l'ai plus jamais revu, jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce que le mariage de Georg nous réunisse dans ce train. Vivrait-il à Hambourg lui aussi ? Comment se fait-il que je ne l'ai jamais croisé ? En même temps, la ville est tellement grande que c'est normal, je suppose.

Dans quelques instants nous allons arriver en gare de Loistche. Vérifiez que vous n'avez rien oublié avant de sortir du train.

Tiens ? On est déjà arrivé ? Je n'ai pas vu le temps passer. J'enfile mon manteau et range mes souvenirs au loin dans ma tête. Quelques secondes plus tard, le train s'arrête et je laisse sortir quelques personnes avant de me lever. Je lève les yeux vers sa place mais il n'y est déjà plus. Je soupire. J'aurais voulu...Je ne sais même pas ce que j'aurais voulu en fait. Je secoue la tête. Replonger dans mon passé m'a donné des idées bizarres.

Qu'est ce que j'aurais bien pu lui dire de toute façon ? « Salut toi, ça va depuis le temps ? » Non, ça aurait été parfaitement ridicule. Il n'empêche que j'ai un pincement au c½ur. J'avais oublié à quel point ça avait été merveilleux d'être à ses côtés. Souvent je me suis demandé ce qu'il serait arrivé si j'avais réussi à lui pardonner. Aurions-nous encore été ensemble aujourd'hui ? A l'époque on avait prévu d'habiter ensemble pendant nos études. Tous ces projets s'étaient bien évidemment envolés. Allez, direction l'hôtel, je dois assister à un mariage aujourd'hui !

[POV Tom]

Je m'assois sur le lit de ma chambre d'hôtel et soupire. Je me suis enfuis du train comme un voleur tellement j'avais peur de me retrouver face à Bill. Au fond de moi je sais que je ne demandais que ça, mais c'est trop dur. Ressasser toute cette histoire m'a fait du bien autant que du mal. On était tellement bien ensemble avant que je ne merde. Quel con ! Je m'en veux tellement d'avoir tout foutu en l'air !

Rien qu'en le revoyant, mon c½ur s'est accéléré. Se pourrait-il que le temps n'ai pas suffit à effacer mes sentiments ? Se pourrait-il que je l'aime...toujours ? Mais même si c'était le cas, qu'en est-il de son côté ? Raahhh. Je me fais des n½uds au cerveau pour rien. Tout ça n'a aucun sens. Je suis relativement ambitieux d'envisager quelque chose. On frappe à ma porte et je me lève, toujours plongé dans mes pensées. Je m'avance sans doute un peu trop. Qu'est ce que je lui trouve d'abord ? Pourquoi est ce que je l'aimerais ? Qu'est ce qu'il a de spécial ? J'ouvre la porte et fais face à...

« Est-ce que vous avez de la lumière parce que dans ma chambre ça- »

« Bill ? »

« Tom ?! »

Il est là, devant moi, aussi étonné que je dois sûrement l'être. Je me souviens alors que tous les invités logent au même endroit. Je me fige et je bug. En fait, les pourquoi, les comment, tout cela n'a absolument aucune importance parce que, je t'aime. Je t'aime encore, à en mourir. Et ni le temps ni la distance ne pourront changer ça. En fin de compte, je ne t'ai jamais vraiment oublié. Tu as laissé des marques indélébiles sur ma peau et dans mon c½ur. Personne ne pourra jamais prendre ta place tout simplement parce que personne d'autre ne sera jamais toi.

« Comment tu...? » demande-t-il, apparemment surpris que je le reconnaisse.

« Je t'ai vu, dans le train, je t'ai tout de suite reconnu... Mais et toi... ? »

« Moi aussi je t'ai vu...dans le train. »

M'aurait-il observé tout comme moi je l'ai observé ? Se serait-il lui aussi souvenu de tout ce qui c'était passé entre nous ?

« Pourquoi tu n'es pas venu me parler ? » je demande un peu brutalement.

Je regrette aussitôt ces paroles. C'est vraiment très bête de ma part. Pourquoi aurait-il voulu venir me parler ? Pour qu'on évoque nos souvenirs ensemble peut-être ?

« Pourquoi toi tu n'es pas venu ? » répond-il sur la défensive.

Je me contente de sourire, il n'a pas changé, toujours aussi impulsif.

« Je ne savais pas quoi te dire et j'ai pensé que...tu ne voudrais pas me parler après...enfin tu sais. »

« C'était il y a très longtemps Tom. »

« Je sais mais...Je m'en veux toujours autant. Dans le train, je n'ai pas arrêté de repenser à notre histoire. »

« Toi aussi ? »

[POV Bill]

Alors lui aussi il s'est rappelé de tout ça ? Il lève la tête et me regarde, étonné. Je pensais être le seul à avoir été touché. A l'époque aussi, je pensais être le seul à souffrir mais je réalise aujourd'hui, combien il a du avoir mal. Il avait fait une bêtise mais, j'étais trop jeune pour me remettre en question et me dire que je l'avais sans doute poussé dans cette voie, inconsciemment. Je lui menais la vie dure, il se mettait en quatre pour me plaire et je n'étais jamais content. Pardonne moi Tom, si c'était à refaire, je ne commettrais pas la même erreur, et je sais que toi non plus.

« Est-ce que ça te manque parfois ? » me demande-t-il.

« Quoi ? »

« Nous ? »

Je peux enfin me l'avouer. Oui, ça me manque. Oui, il me manque. Personne n'a jamais réussi à lui arriver à la cheville. Il n'y a qu'un seul Tom Kaulitz.

« Oui. »

Il ne répond rien mais quand je le vois se mordre les lèvres, je sais qu'il est en train de se triturer l'esprit pour décider s'il peut dire quelque chose ou pas. Je souris, il n'a pas perdu cette habitude, il n'a pas changé, ou presque.

« Je sais pas toi mais, moi je meurs de faim après ce voyage, je sais qu'il y a un resto dans l'hôtel alors est ce que ça te dirais d'aller...manger avec moi ? On pourrait, parler ou je sais pas, on s'est pas vu depuis longtemps et... »

Il se gratte nerveusement la nuque, cette fois je souris franchement. Non, il n'a vraiment pas changé. Il est toujours aussi adorable, sans même s'en rendre compte, c'est ça le pire. Comment peut-on être aussi virile et mignon en même temps ? C'est une chose qui m'avait toujours plu chez Tom. Ce côté fort et fragile à la fois.

« D'accord. »

Il sourit à son tour. Il retourne quelques secondes dans sa chambre, attrapant sa carte magnétique ainsi que son portable et me rejoins dans le couloir. On marche en silence, l'un à côté de l'autre. Je suis toujours un peu plus grand que lui, mais la façon qu'il a de voûter son dos n'aide pas non plus.

Nous arrivons dans la salle du restaurant et une serveuse nous installe. Au début c'est un peu tendu, par où commencer ? Nous avons cinq ans à rattraper. La carte en main, je cherche ce que je veux prendre tout en lui jetant des petits coups d'½il de temps en temps, dès que je le vois lever les yeux, je baisse les mien. On dirait franchement deux amoureux à leur premier rencard.

« Qu'est ce que tu vas prendre ? » me demande-t-il.

« Poulet au curry, » je répond avec un sourire.

Je le vois faire une grimace de dégoût et moi je pouffe en me souvenant soudainement de son aversion totale pour cette épice.

« Tu n'aimes toujours pas ça ? »

« Toujours pas » répond-il en souriant malgré tout.

Notre serveuse vient prendre notre commande. Elle minaude devant Tom, le trouvant manifestement à son goût et moi je lève les yeux au ciel. Quand elle effleure volontairement son bras en lui prenant la carte des mains, je me racle la gorge, pas vraiment discrètement. La brûlure de la jalousie pointe le bout de son nez dans mon ventre sans que je ne comprenne vraiment pourquoi.

« Tu n'aimes toujours pas les filles ? » me demande-t-il une fois la serveuse partie.

« Toujours pas, » répond avec un sourire malicieux.

Toujours homosexuel et toujours fier de l'être mon cher. En effet, il y a des années de cela, sortir avec Tom n'avait fait que confirmer les soupçons que j'avais déjà. Les filles, ça n'était vraiment pas mon truc !

Le reste du repas se passe sans événement majeur. La conversation se fait le plus naturellement du monde. Je prends des nouvelles de sa famille et lui de la mienne. On parle de tout et de rien, résumant cinq années de vie en quelques phrases. On aurait facilement pu passer pour deux vieux amis si nos regards un peu trop intenses ne nous avaient pas trahis.

« Georg va se marier, j'arrive toujours pas à réaliser » dit-il en posant sa cuillère dans son assiette après avoir englouti un fondant au chocolat.

« C'est vrai, j'avoue que la nouvelle m'a surpris aussi. Je pensais pas qu'il était du genre à se laisser passer la corde au cou. »

« Faut croire qu'il a le gène du mariage finalement, » dit Tom en haussant les épaules avec un sourire.

« Il avait toujours cru que ça serait nous les premiers. A officialiser les choses ou à faire un truc comme emménager ensemble, » dis-je avant de me mordre la joue, je m'engage sur un terrain glissant là.

Je baisse un peu la tête, trouvant ma crème caramel époustouflante et passionnante d'un seul coup.

« C'est ce que je pensais moi aussi, » répond-il au bout de quelques secondes.

Mes doigts se resserrent sur ma cuillère. J'ai l'impression d'un vieux retour en arrière, un retour au jour où j'avais dit à Tom que je le voulais lui.

« Je n'ai pas réussi, tu sais... » dis-je doucement mais quand même assez fort pour qu'il m'entende.

« Pas réussi quoi ? »

« A t'oublier. »

Il ne répond rien cette fois. Je pose ma cuillère pour arrêter de la malmener et commence alors à me triturer les doigts.

« J'ai essayé pourtant, car je te détestais plus que tout au début, c'était tellement horrible ce que tu avais fait Tom mais...Mais je n'ai jamais réussi à te sortir complètement de ma tête, je les comparais toujours à toi. »

Je l'entends déglutir bruyamment mais je continue ma tirade. Je laisse sortir tout ce que j'ai sur le c½ur et qui m'a pesé ces cinq dernières années.

« Je n'arrivais pas à me sentir aussi bien avec eux qu'avec toi. J'ai tant regretté d'être parti. Une fois j'ai pensé à te chercher, j'aurai très bien pu demander à Georg mais je n'ai pas osé... »

J'attends. Le silence est lourd, trop lourd, je me sens très mal à l'aise. Comme il ne répond toujours pas je soupire et passe une main dans mes cheveux.

« Je suppose que tout ceci n'a plus d'importance aujourd'hui et- »

« Moi non plus, » me coupe-t-il. « Moi non plus je n'ai jamais réussi à t'oublier. »

Je relève la tête rapidement, surpris. Je suis sur le point de dire quelque chose mais la serveuse arrive pour débarrasser nos assiettes, interrompant ce moment presque surréaliste. Je la maudis silencieusement, elle n'aurait pas pu attendre quelques minutes de plus ? On se regarde et il me fait signe de me lever, ce que je fais. Polis comme nous sommes nous disons au revoir à la serveuse avant d'aller dans le couloir pour regagner nos chambres.

Je sens Tom nerveux à côté de moi. Ma chambre se trouve avant la sienne. On s'arrête devant et on reste planté là quelques secondes, ne sachant pas trop quoi faire ni quoi dire. Je suis sur le point de prendre ma carte dans ma poche mais la main de Tom se referme doucement sur mon poignet.

« Et si... » Il se mord la lèvre. « Et si je te disais que je t'aime toujours, tu me répondrais quoi ? »

Je le vois tordre nerveusement ses doigts, la tête baissée, cette fois ci c'est lui qui s'engage sur un terrain glissant. Ce moment me rappelle le jour où il m'a demandé de sortir avec lui. Tom restera toujours celui qui fera le premier pas. J'ai besoin de lui pour me guider. Je réalise alors qu'il a dit exactement ce que je voulais qu'il me dise. En définitive, je n'attendais peut être que ça, depuis le début.

« Je te répondrais que moi aussi. »

Il relève brusquement la tête. Ses yeux brillent et un sourire se dessine lentement sur son visage. Comment ai-je pu douter un jour de son amour ? En cet instant, il crève les yeux, aussi intense et passionné qu'au premier jour.

« Bill est ce que tu veux bien sortir avec moi ? A nouveau ? Est-ce que ce n'est pas trop tard ? »

Je souris à sa phrase. Tout comme la première fois, je m'avance vers lui et prend son menton dans ma main.

« Je ressentirais toujours la même chose pour toi Tom. »

« Alors c'est oui ? »

« C'est oui. »

Les mêmes personnes, le même dialogue et les mêmes sentiments. On reprend tout à zéro et on va de l'avant, ensemble. Il se penche vers moi et pose ses lèvres sur les miennes. Cette fois ci, c'est moi qui ai fait le bon choix. Pendant toutes ces années sans lui, j'étais comme en apnée, et maintenant qu'il me serre dans ses bras, il me semble que je respire mieux.

« Bill ? »

« Hum ? » je murmure en plongeant ma tête dans son cou pour respirer son odeur.

« Il n'y a jamais eu que toi... »

« Maintenant je le sais. Pardonne-moi d'avoir mis aussi longtemps à le comprendre. »

« Et toi, est ce que tu m'as pardonné ? »

« Je te promets de ne jamais remettre ça sur le tapis. C'était une erreur et puis...avec ce que je te faisais subir, je ne peux pas vraiment te blâmer... »

Il se dégage et me regarde droit dans les yeux en posant son front contre le mien.

« Alors nouveau départ ? »

« Nouveau départ. »

***

Quelques heures plus tard, dans une église, un mariage se déroule. Deux personnes décident d'unir leurs vies en présence de leurs parents et de leurs amis. Dans la rangée du côté du marié, deux jeunes hommes se tiennent debout et regarde la scène en silence. A un moment, l'un d'eux, un blond à dreads, se penche à l'oreille de son compagnon et chuchote.

« A jamais à toi, à jamais à moi, à jamais à nous. »

Reconnaissant le passage d'un de ses poèmes d'amour préféré, le brun sourit, les yeux brillants. Et alors que les mariés s'embrassent sous les applaudissements de la foule, les mains des deux jeunes hommes se joignent dans leurs dos. Le brun voudrait parler mais les mots restent coincés dans sa gorge. Il a trouvé son paradis et il prie pour y rester toute sa vie.


Ambition ~ Ecrit par Liliwood 26/08/2012

 
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TWINCEST
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L'ambition. Maître mot dans la vie de beaucoup de personnes. Et surtout, maître mot de Bill Kaulitz. Celui-ci avait toujours fait preuve d'ambition dans beaucoup de moments de sa vie.

Assez jeune déjà, Bill se montrait beaucoup plus ambitieux que son frère dans tout ce qu'il entreprenait. A croire qu'il l'était pour les deux. Pour son look, c'était presque s'il ne l'avait pas imposé à sa mère. Son premier piercing à 13 ans, même chose. Il se rappelait souvent de cette discussion avec sa mère. Il lui avait tenu tête et elle avait fini par céder. Et Tom ? Tom ne faisait que suivre. Après tout, si leur mère était d'accord pour l'un, elle l'était pour l'autre. Et c'était toujours comme ça.

Cela avait été la même chose pour leur groupe de musique. C'était Bill qui avait pris les initiatives pour qu'ils avancent. Si ça ne tenait qu'à Tom, celui-ci serait resté jouer de la guitare dans sa chambre. Mais Bill, lui, la ressentait. L'ambition. C'était lui qui avait proposé à Georg et à Gustav de les rejoindre. C'était lui qui allait à la rencontre des autres pour trouver des endroits dans lesquels jouer. Tom aimait bien l'idée du groupe. Ça lui permettait de jouer avec des amis. Mais Bill voyait toujours plus loin pour eux. Il lui fallait toujours plus.

Leur célébrité soudaine n'arrêta pas Bill pour autant. Celui-ci voyait toujours plus loin. L'ambition était là.

« Arrêtes de vouloir toujours aller plus loin Bill. Profite déjà de ce qu'on nous offre. »

Tom le lui répétait souvent. Mais Bill n'en faisait qu'à sa tête. Il était aveuglé par l'envie de réussir. Alors la plupart du temps, il lui répondait tout simplement.

« Justement, c'est parce-que j'ai voulu qu'on aille plus loin que nous en sommes là aujourd'hui. »

Ce à quoi Tom ne répondait jamais. Pour quoi faire de toute façon puisque son frère avait raison. Le dreadeux avait depuis longtemps renoncé à freiner Bill dans tout ce qu'il entreprenait. Tout ce qu'il voulait, le brun l'avait.

Mais qu'en était-il de ce que le blond souhaitait ? Bill se demandait parfois si Tom avait vraiment un but dans la vie. Il avait vraiment l'impression d'être le seul à vouloir le meilleur pour eux deux.

***

Amérique. Bill l'avait voulu, il l'avait eu. Même s'ils ne se faisaient pas connaître autant qu'ils le souhaitaient, le rêve américain de Bill était en train de se produire. L'ambition était là. Le groupe venait d'être reconnu par un MTV award. Les concerts affichaient complet. Que pouvait-il demander de plus ? Il n'en savait rien mais il trouverait bien. Il pouvait toujours aller plus loin. Et Tom ? Toujours aucune réelle ambition dans sa vie ? Si, une seule. Cette envie le rongeait un peu plus chaque jour. Sauf qu'aujourd'hui, son ambition allait peut-être payer.

Le groupe revenait de l'after des MTV Awards. Bien évidemment, ils avaient fêté ça comme il fallait. Enfin pas tous. Tom n'avait rien bu de plus dans la soirée qu'une coupe de champagne. Ils rentraient donc tous à leur hôtel. Comme d'habitude, le dreadé raccompagna son frère jusqu'à sa chambre. Bill, ayant trop bu, ne tenait pas vraiment sur ses jambes et était bien obligé de se retenir à son frère pour ne pas tomber. La porte de la chambre se referma enfin et Tom amena son jumeau jusqu'à son lit. Seulement en s'y allongeant, le brun entraina l'aîné avec lui. Des lèvres qui se frôlèrent et finirent par se toucher.

Ce n'était pas la première fois que les deux frères faisaient ça. Ils étaient déjà allés beaucoup plus loin mais quelque chose manquait. Bill avait toujours eu ce qu'il voulait. Il avait désiré son frère et celui-ci avait accepté. Bill pensait que ça se passerait toujours ainsi, comme lui le décidait.

Mais pas cette fois. L'ambition venait de changer de propriétaire. Le baiser ne se termina pourtant pas. Bill, voulant clairement montrer ses envies, donna un coup de bassin contre celui de son double. Le dreadé gémit et arrêta tout immédiatement. Il allait pour partir mais Bill le retint en entourant sa nuque de ses bras.

« Bill, arrête. »

« Mais j'en ai envie Tom. »

« Peut-être mais tu es totalement bourré. »

« Et alors ? Bois un verre et tu te sentiras tout de suite mieux. »

« Raconte pas de conneries. »

« Mais merde à la fin ! Il te faut quoi pour que tu sois d'accord ?! »

Le dreadé fit mine de réfléchir pendant quelques secondes bien qu'il sache déjà ce qu'il souhaitait. Il soupira légèrement.

« Quelque chose que tu ne peux pas me donner. »

« Des gosses ? Non, ça j'avoue que j'aurai un peu de mal. »

« T'es con. »

Cette remarque avait tout de même arraché un sourire au guitariste.

« Allez Tomi, dis-moi. »

« A quoi bon ? Dès demain tu auras tout oublié. Et puis, ça ne sera même pas sincère. »

« Qu'est-ce que tu en sais ? »

« Je te connais Bill. Tu es tellement sûr de toi pour tout que quand on te demande de faire quelque chose, c'est toujours faux. »

L'androgyne fronça les sourcils en entendant son frère. Tom sourit légèrement en voyant les yeux du plus jeune commencer à se fermer. La fatigue l'avait gagné. Le guitariste avait gagné. Bill n'avait pas eu ce qu'il voulait.

Une fois son frère endormi, Tom resta au-dessus de celui-ci à le regarder dormir. Sa main s'aventura sur le visage du brun. Il se mit à redessiner les lignes si parfaites de son nez, de ses lèvres... Bill était si parfait. A chacune de ses caresses, le chanteur laissait échapper un gémissement de bien-être. Tom continua encore durant quelques minutes puis il finit par se pencher pour venir murmurer quelque chose à son oreille.

« Je veux juste que tu me dises 'je t'aime'. »

Bien évidemment, Bill ne répondit pas. Il était endormi. Tom soupira. Son ambition s'envolait toujours quand Bill était face à lui. Bien qu'il ait gardé ce désir secret depuis des mois, il avait vraiment envie de le lui dire.

Mais à chaque fois, la moindre parcelle de courage le quittait. Pour Tom, Bill était vraiment le plus ambitieux des deux. Et comme d'habitude, le blond s'en allait, laissant son frère dans l'ignorance la plus totale. Enfin, normalement...

***


Le lendemain, journée plus que normale pour le groupe. Journée marathon avec un nombre incalculable d'interviews. Chaque membre était dans sa chambre. S'ennuyant fermement et voulant parler avec son frère, Bill envoya un message à celui-ci.

De : Bill
A : Tom
Message : « Viens dans ma chambre. »

De : Tom
A : Bill
Message : « Pourquoi toi tu viendrais pas dans la mienne ? »

De : Bill
A : Tom
Message : « Parce que j'veux pas bouger. »

De : Tom
A : Bill
Message : « J'arrive. »

L'androgyne sourit pour lui-même. Une fois de plus, il avait eu ce qu'il voulait. Il n'attendit que quelques minutes avant que son frère n'arrive. Ils discutèrent de tout et de rien pendant un petit moment.

« Non Bill ! »

« Si ! »

« Et moi je te dis que non ! »

« Ben moi je te dis que c'est possible ! »

Tom soupira et alla se poster devant la fenêtre de la chambre. Il croisa les bras et resta fixer le paysage devant lui. Il voulait garder sa position mais au bout de quelques secondes il leva les yeux au ciel.

« Ok, on essaiera de sortir le nouvel album assez rapidement. »

Le dreadé entendit alors son frère laisser échapper son contentement en un petit rire. L'aîné se renfrogna légèrement, commençant à en avoir assez que son frère gagne une nouvelle fois. Il ne se retourna pas. Pour quoi faire ? Voir Bill heureux d'avoir réussi ? Non, il ne le souhaitait vraiment pas. Le guitariste restait donc à regarder la ville qui semblait endormie.


Seulement Tom avait toujours l'ambition d'entendre quelques mots qu'il jalousait en secret. En effet, il voulait être le seul à les entendre. Bill ne les avait jamais prononcés à personne. Mais il ne savait toujours pas comment les faire dire sincèrement à son frère. Il lui avait juste murmuré son envie la veille. Tom ne bougeait toujours pas et Bill restait allongé sur son lit. La voix du brun s'éleva alors dans la pièce.

« A quoi tu penses, Tom ? »

Le blond soupira et répondit simplement.

« A rien, Bill. »

« Tu mens. Ça fait plusieurs jours que tu sembles ailleurs. Pour une fois que tu as envie de quelque chose, demande-le moi. Sinon tu n'avanceras jamais. »

Tom savait que Bill avait raison. Il n'avait jamais été réellement ambitieux comme son frère. Il n'avait jamais cherché à être parfait en tout et à aller plus loin. Or là, il voulait son frère. Il se retourna pour faire face à son double.

« J'aimerais que tu... »

Mais il se stoppa comme si quelque chose l'empêchait d'avancer. L'ambition venait de partir à nouveau. Bill sourit légèrement en le fixant.

« Je t'aime Tom. »

Le dit Tom ouvrit les yeux en grand. C'était la première fois qu'il l'entendait de la bouche de Bill et surtout, il le sentait réellement sincère.

« Comment tu... »

« Je t'ai entendu hier soir... »

« Mais... d'habitude tu ne te souviens de rien quand tu bois... »

« Je fais en sorte de ne pas me rappeler de certaines choses. Mais ça... La façon dont tu me l'as demandé... Tu aurais pu me le demander depuis longtemps tu sais. »

« Oui mais je n'o... »

« Tu n'osais pas. Je sais, tu n'oses jamais rien. »

Tom baissa le visage. Celui qui osait toujours tout, c'était Bill. Il releva légèrement les yeux pour voir Bill lui tendre la main. Le blond soupira et s'avança vers le lit. Il reprit la même position que la veille, assis sur le bassin de son frère. Il reprit les mêmes gestes, toujours avec autant de douceur. Il s'appliquait à retracer les lignes du visage si fin de l'androgyne. Il adorait le faire, le caresser, le toucher.

Bill, quant à lui, soupirait de plaisir, totalement soumis aux doigts si agiles du guitariste. L'index de Tom passa alors lentement sur les lèvres pulpeuses de son double. Celui-ci les entrouvrit et sa langue vint lécher le doigt de Tom.

« Embrasse-moi », souffla le brun.

« Non. »

« Oh. Et pourquoi ? »

« Redis-le-moi avant. »

Tom était cette fois-ci bien décidé à ne pas laisser son frère faire ce qu'il voulait. Et pour une fois, Bill le remarqua réellement. Il en fût d'ailleurs agréablement surpris. Il se releva alors pour se retrouver face au dreadé, toujours assis sur lui. Il s'approcha du visage de Tom et lui murmura ces quelques mots sans cesser de le regarder dans les yeux.

« Je t'aime Tom. Et je n'aimerai que toi. »

Tom sentit son coeur accélérer d'un coup. Il s'en mordit la lèvre inférieure d'excitation. Le dreadé ne se retint pas plus longtemps et fondit sur les lèvres de son double, entamant un baiser plus que délicieux. C'était comme s'il remerciait Bill de lui avoir avoué ses sentiments.

Tom avait eut du mal, mais l'ambition de n'avoir son frère rien que pour lui était bien présente.

Un baiser qui s'intensifie.

Deux âmes qui veulent se lier.

Deux corps qui se fondent l'un dans l'autre.

Une seule et même ambition : s'aimer.
 

Another drug, all down the line Daddy ~ Ecrit par Choup' 26/08/2012

Sur une idée de Lizzie :
Tom est amoureux. Amoureux de son père, Bill. Il se doute que l'amour qu'il porte pour son père n'est pas considéré comme normal et il en a honte, mais il ne peut pas aller contre ses sentiments. Il s'accroche aux moindres petits signes de tendresse et d'affection que lui porte Bill, s'imaginant que lui aussi l'aime d'amour même s'il sait que c'est impossible, et que ce qu'il ressent est à sens unique. Tom se met alors à rêver qu'il a le droit d'aimer son père de cette façon, s'enfonçant peu à peu dans la démence...


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TWINCEST
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« - Tu dessines quoi Tom ? »

Le silence plane quelques instants, instants durant lesquels le dit Tom semble plongé dans ses pensées. Habilement, il continue à noircir la feuille, reproduisant pour la énième fois le visage d'un homme aux longs cheveux ébène. Il insiste le trait sur le contour des yeux, comme pour les habiller de noir.
L'homme en blouse blanche qui avait précédemment pris la parole réitère sa question, sachant pertinemment que Tom l'a déjà oubliée.

« - Tom, peux-tu me dire ce que tu dessines ? »

« - Chut, vous allez le faire fuir avec vos questions idiotes. »

« - Faire fuir qui, Tom ? »

Il répète souvent son prénom, soucieux de l'interpeller chaque fois pour l'intéresser à la conversation. Du moins, tenter de l'intéresser...

« - Je sais qu'il n'est qu'une hallucination, le produit de mon cerveau dérangé. Mais il ne me reste que ça... »

Puis, il lève sur l'infirmier un regard empli de larmes et ajoute :

« - J'ai aimé cet homme. Aimé comme je n'aurais jamais pensé le faire. Et je l'aime toujours. Il est déjà mort une fois... Ne le tuez pas une seconde fois... »

***

Quelques mois avant

« - Tom, tu viens avec nous ?! »

Je soupire. Chaque fois, la réponse est la même. Mais ils redemandent, encore et encore. Ils entretiennent le vain espoir que j'accepte. Et j'ai le sentiment qu'aucun refus n'entame leur détermination. Ou qu'ils ne voient pas que je les évite...
Je monte le son de la musique. Peut-être ainsi comprendront-ils que je ne veux pas être dérangé. Mais bien sûr, ils ne comprennent pas.
Ou plutôt, il ne comprend pas. Et il insiste.
De son point, il martèle la porte de ma chambre. Cette dernière vibre sous la force des heurts successifs, renvoyant un écho insoutenable.

« - TOM ?! »

L'entente de sa voix me coupe instantanément le souffle et je me fige.
Imperturbable, il continue de frapper. Le rythme des coups contre le bois s'intensifie à l'instar des battements de mon c½ur. Contre mon grès, je dois me retenir au mur pour ne pas chuter, les muscles de mes jambes s'atrophiant. La musique emplit toute la pièce, les mots du chanteur lancés avec toujours plus de haine, ses menaces toujours plus dures. Mais je ne perçois que Lui. Ou tout du moins, les bruits attestant de sa présence.
Des heures.

Il pourrait rester des heures ainsi tant il est borné. Il n'abandonnera pas et risque tout au plus de me tuer, le fait de le savoir juste de l'autre côté de la porte me paralysant. Ma respiration s'est arrêtée. Mon c½ur aussi. Je ferme les yeux pour faire disparaître les points blancs de mon champ de vision, annonciateurs d'un malaise.
Je dois lui ouvrir. Lui faire face.
Étrangement, cela me paraît de plus en plus dur ces derniers temps. C'est pourquoi je fuis la réalité. L'imaginaire est tellement plus simple à gérer.
Les coups ont ralenti, mais ils restent réguliers. Il n'est pas même las...
Incapable de supporter plus longtemps ce brouhaha incessant, j'ouvre la porte. À contre c½ur.
J'aurais aimé avoir la force de fixer le sol. Et ce que je vois me pétrifie. Je ne peux m'empêcher de le regarder, admiratif devant ses traits fins et sa peau de porcelaine. Le temps n'a en rien altéré sa beauté. Et dans mes plus lointains souvenirs, je le vois aussi beau.

Son regard profond me transperce, cherchant surement à déceler en moi les réponses aux questions qu'il se pose. Et moi, je me contente de sourire tristement en écho à mes pensées.
Chaque nuit, je rêve de le posséder. Mais finalement, il m'appartient déjà, non ?
Au moins un peu...

« - Tu veux venir avec nous Tom ? »

Sa voix est hésitante. Il est mal à l'aise. Et je devine facilement les efforts qu'il fait pour le cacher. Cependant, malgré sa gêne, il ne fuit pas, Lui. Il assume son rôle, jusqu'au bout. Il se confronte à ses craintes, se bat pour comprendre. Sa ténacité me fait mal au c½ur des fois.
S'il savait à quel point elle est vaine...

« - Tom... »

Sa douce voix me martyrise.
Encore et encore, je repenserai à ce timbre rassurant, à ce ton aimant. En boucle, je me le repasserai. J'y ajouterai des mots. Quelques mots que je rêve d'entendre...
Mais je ne peux accéder à sa requête.
Après tout, je suis humain. Humain et faible...

« - Désolé papa... »

Je lui réponds dans un souffle, je doute qu'il ait entendu. Mais je ne peux rester plus longtemps à seulement quelques centimètres de lui. Ses lèvres sont trop près, sa peau trop tentante.
Et tandis que je baisse les yeux, les larmes au bord des cils, je referme doucement la porte. Je le vois esquisser un geste pour la bloquer mais au dernier moment, il se ravise.
Et mon estomac se noue.
Retiens-moi papa ! Supplie-moi !
Comme dans les films, montre-moi à quel point je compte pour toi...
Mais il ne fait rien, ses pas raisonnant déjà dans l'escalier qu'il descend.
Je pleure.

***

D'un pas trainant, je me dirige vers le lycée. Comme après chaque week-end, je suis épuisé. Être chez moi en permanence durant ces deux jours est un véritable combat. Mais je ne peux faire autrement que rester, la douleur d'être éloigné de lui étant plus insoutenable encore que d'être à ses côtés.
Effrayant.
Ardemment, j'ai repoussé durant ces deux longues journées toutes les offres qu'ils m'ont faites.
Ils, mes parents.

Comment supporter une sortie à trois alors que je la déteste tout autant que j'adore mon père ? Cette femme, ma "mère", a bousillé ma vie en l'épousant. Et surtout en lui offrant ce fils unique, moi, dont ils étaient si fiers il y a encore quelques mois. Avant que je ne me renferme sur moi-même, avant que je ne lâche tout.
Je n'ai pas choisi cette vie, elle l'a choisie pour moi. Et pour cela je la hais, ma génitrice.
Les hautes grilles de mon lycée apparaissent au loin. Quelques pas encore et j'y suis. Les cours sont ma bouffée d'oxygène, ma soupape de sécurité. La seule excuse que j'ai trouvée pour m'obliger à m'éloigner de lui quelques heures. Et même si je n'aime pas la foule, même si je n'aime pas progresser à travers ces personnes superficielles et vides, ici, il n'est pas là.
Ici, il ne me voit pas.
Ici, je peux rêver de lui...

Comme chaque matin, les quelques élèves présents se retournent sur mon passage. Il paraît que je suis beau. Il paraît que je suis attirant. Jalousé, aimé, envié... Toutes les personnes de ce lycée ressentent quelque chose à mon égard. Des sentiments différents, des motivations divergentes, mais un intérêt commun. Pourtant, aucune d'elles ne me connaît vraiment. Personne ne voit le monstre sous la beauté.
Et le seul être que je voudrais éblouir ne me voit pas. Ou du moins, il ne me voit pas tel que je le souhaiterais.
Ne m'aime pas comme j'en aurais besoin.
Comme chaque matin, je les ignore.

Négligemment, je balance mon sac à terre. Et dans des gestes maintes fois répétés, je sors une cigarette et je l'allume. Il n'aime pas l'idée que je fume, il me l'a formellement interdit. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai commencé il y a six mois. Pour attirer son attention qui se faisait fuyante.
Il n'a pas même relevé que j'étais passé outre ses ordres.
Et aujourd'hui, je suis accro à la nicotine.
Ma clope terminée, je la balance sur le bitume et l'écrase avec rage. Je déteste me surprendre à penser à lui alors qu'il ne se soucie pas de moi.
Je suis faible.
Je me répugne.

La sonnerie retentit et d'un pas trainant, je me dirige vers ma salle de cours. Me fondre parmi la foule m'horrifie. Je rêve d'une école où il n'y aurait que moi. Moi et mes envies. Moi et mes fantasmes...
Finalement, je suis heureux d'être ici. Loin de lui mais près de mon idéal.

***

Il est midi. Ma matinée de cours vient de s'achever sur des mathématiques. Normal en filière scientifique. Pourtant, je déteste cette matière. Mais c'est son v½u, que je devienne infographiste. Que je travaille à ses côtés. Je me plie donc à son désir.

J'ai deux heures pour manger. Deux longues heures à occuper.
Je pousse la porte du lycée et traverse la cour devant le bâtiment pour sortir. À peine ai-je fais un pas dehors que le soleil m'éblouit de plein fouet. Je ferme à demi les yeux et fronce les sourcils. C'est tout de même plus adéquat de voir le chemin lorsqu'on marche.

Comme chaque midi, je vais en ville. Prendre mon repas au self m'obligerait à côtoyer les autres. Et je n'en ai pas spécialement envie... D'autant plus qu'ils peinent à comprendre que je préfère être seul.
Perdu dans mes pensées, je bouscule une personne. Je marmonne une vague excuse mais ne lui prête pas plus d'attention. Dans deux minutes, je ne me souviendrai même plus de son visage.
Seul le sien m'obnubile...

Je quitte enfin le lycée et me dirige vers le centre-ville. Mes écouteurs sur les oreilles, je m'apprête à m'engager sur la chaussée. Mais au moment même où je pose le pied sur la route, un cabriolet noir rutilant se stoppe devant moi dans un crissement de pneu. Ma respiration se bloque alors que j'identifie le véhicule.
Fébrile, je fixe la vitre qui descend lentement.

« - Monte Tom, je t'emmène manger ! »

Lunettes de soleil sur le nez, longs cheveux ébène lissées, ongles vernis et gloss sur les lèvres, mon père me sourit chaleureusement. Hypnotisé par cette vision pour le moins inattendue, je reste inerte.
De longues secondes, il attend que je réagisse. Puis, constatant que je suis incapable de bouger, il se penche et m'ouvre la portière. Tel un automate, j'entre donc dans l'habitacle.

À peine la porte refermée, la voiture démarre dans un vrombissement ahurissant. Immanquablement, tous les visages se tournent sur notre passage. Habitué à susciter l'intérêt, mon père n'y porte aucune attention.

« - Alors, cette matinée ? »

« - Hum. »

Perturbé, je ne peux qu'émettre un son à peine audible. À mon goût, le moment est peu propice aux échanges.
Être dans cet espace confiné avec Lui me met mal à l'aise. Et désespérément, je tente de me focaliser sur le paysage afin de ne pas penser à Lui qui est si près. Mais la tâche se révèle plus difficile que je ne le croyais, son bras effleurant furtivement ma cuisse alors qu'il rétrograde. Je sursaute et, dans un geste de défense, me décale ; collant mon corps à la portière. Surpris, il me regarde, ses yeux quittant de ce fait la route. Je déglutis difficilement, tout à coup paniqué. Mon père roule vite, très vite. Et un frisson me saisit à l'idée que son attention est détournée.

« - Papa ! Fais gaffe à la route ! »

Aussitôt, il se reconcentre sur sa conduite et un soupir de soulagement glisse entre mes lèvres. Au fond, bien que stressant, ce désagrément me permet d'échapper à la masse de questions à laquelle je me suis exposé. Oui, je suis en quelque sorte soulagé de ne pas à avoir à expliquer mon geste.
Ma réaction lui arrache un sourire amusé.

« - Tu ne me fais plus confiance ? »

Il souffle ces mots sur un ton mielleux. Et un nouveau frisson me parcourt. Mais aucune peur cette fois...
Je ferme les yeux, terrifié. Je tente, sans réel espoir, de calmer mon pouls qui déjà s'affole. Mes mains, crispées, serrent fort le siège en cuir de la Porsche. Si fort que mes jointures blanchissent.
Je dois me calmer. Je dois absolument me calmer. Même si cette option me paraît totalement impossible en sa présence.

Penser à autre chose, autre chose... Pas sa voix, pas son corps, pas sa chaleur...
Tandis que je contre mes pensées envieuses, je sens le véhicule ralentir progressivement, pour finir par s'arrêter. Cependant, le moteur ronronne encore.

« - Tom ? »

Je peux déceler un accent d'inquiétude dans sa voix. Je ne dois donc pas laisser le doute s'insinuer. Il ne doit pas remarquer mon état... Je dois répondre. Quelque chose, un truc, n'importe quoi. Mais il faut que je le rassure.

J'inspire donc profondément, me concentrant sur ma réplique et sur la modulation de ma voix. Mais au même moment, il pose sa main sur ma jambe.
J'ouvre subitement les yeux, mon cerveau tournant tout à coup à plein régime. Subrepticement, j'analyse la situation. Dehors, la clarté est toujours aussi aveuglante. Nous sommes arrêtés à un feu dont la couleur rouge se détache nettement sur les rayons lumineux du soleil. Il est tourné vers moi, ses yeux cachés derrière ses lunettes, sa main posée sur ma cuisse, beaucoup trop haut à mon goût. Je déglutis. Elle me fait la sensation d'une brûlure, même à travers le tissu épais de mon jean.

Il resserre sa prise, indécis devant mon inertie. Mon souffle s'accélère, les battements de mon c½ur m'assourdissent. Je sens les gouttes de sueur perler sur mes tempes, couler le long de mon dos. Il fait chaud, beaucoup trop chaud. L'air est lourd, irrespirable.
Nous sommes seuls, rien que nous deux dans cette voiture. Et, immanquablement, un scénario tout aussi terrifiant qu'excitant se dessine dans ma tête. Le regard vide, je fixe le pare-brise et parfais mon plan inusité.
Il me suffirait de détacher ma ceinture et d'enjamber le petit espace nous séparant pour me mettre à califourchon sur Lui. Il serait alors prisonnier, son corps contre le mien, ses lèvres si proches des miennes. Le reflet du soleil sur les vitres nous cacherait, éblouissant les quelques curieux de passage et dissimulant notre étreinte. Il serait réticent au début, se débattrait, tenterait même surement de me dissuader. Mais je me frotterais à lui, doucement, lascivement tout en effleurant son cou de mes lèvres. Et bientôt, l'envie l'emporterait sur la raison, ses dernières barrières tomberaient. Je sens déjà son sexe durci contre le mien, son haleine chaude contre ma peau. Je palpe l'ambiance emplie de désir trop longtemps contenue, ses membres tremblants sous l'excitation. Haletant, il soupirerait d'aise sous mes caresses. Gémissant, il en demanderait plus. Impatient, il soulèverait son bassin, sa verge percutant la mienne. Il ne pourrait réprimer un cri rauque, son corps frissonnant de plaisir. Je glisserais mes mains sous son tee-shirt, parcourrais de mes doigts calleux sa peau fine et douce. Sa peau si fragile, si blanche, si tentatrice. Je relèverais la tête, apposerais mes lèvres contre son torse, mordillerais ses tétons. La tête rejetée en arrière, le souffle court, il gémirait, chuchotant des "encore" en litanie. Je lécherais son corps transpirant, goûtant tout ce qui est à ma portée, savourant cet être que je désire tant. Ses mains s'agripperaient à mes hanches, chercheraient désespérément à me coller toujours plus à lui.

En bruit de fond, les klaxons résonneraient, insistants, impatients. Alors, tout en traçant une ligne de baisers, ma bouche se dirigerait vers son oreille et je chuchoterais "Il n'appartient qu'à toi de m'emmener loin...".

« - TOM ! »

Je sursaute, secouant la tête pour me sortir de mes pensées. Mon père me fixe, perplexe, ses lunettes désormais posées sur le haut de sa tête. Ses yeux chocolat semblent perdus et je le vois ouvrir la bouche pour parler. Mais il n'a pas le temps de souffler un traitre mot, un klaxon nous rappelant que le feu est passé au vert.
Mon père détourne la tête et je vois alors son regard noir se poser sur le rétroviseur central tandis que son majeur se lève à l'attention de l'automobiliste impatient. Et sans perdre une minute de plus, il démarre, son pied droit écrasant l'accélérateur. Le brusque à-coup qui en résulte termine de me ramener à la réalité et, gêné, je tourne la tête vers la vitre.
Il l'a compris, le sujet est clos.

***

« - Mange un peu Tom, s'il te plaît... »

Depuis bien dix minutes, je triture négligemment mes pâtes, mes pensées à cent milles lieues d'ici. Sa voix me parvient comme un bruit de fond mais je n'en saisis pas le sens, les mots faisant uniquement office de douce mélodie à mon oreille.

Ce qui s'est passé tout à l'heure dans la voiture ne m'était encore jamais arrivé. Je fantasme souvent sur lui, mon paternel, inventant des histoires aussi délirantes les unes que les autres et dont le but ultime est récurrent : assouvir mes pulsions. J'invente mille et une manières de le déshabiller, de l'embrasser, de le caresser, de l'aimer... Mais jamais je n'avais imaginé cela en sa présence. Jamais !

Et la capacité qu'a développé mon cerveau de se dissiper ainsi m'effraie. Car, tant que cela se passe dans ma tête, il n'y a aucune menace. Mais mon état s'apparente à une maladie évolutive et dégénérative. En clair, plus le temps passe, plus cela empire. Et je risque de me retrouver bientôt à l'embrasser sans une once d'hésitation.
Effrayant.

Au fond, la situation est ironique. Je me sais au bord de la folie, j'en suis conscient. Et pourtant je reste spectateur, observant à mesure des jours qui s'écoulent l'empirement de mon état psychique. Je sombre avec l'intime conviction que jamais je ne pourrais me relever. Car le gouffre dans lequel je me suis jeté n'a pas de fond...
C'est un jeu vicieux, une boucle sans fin. Plus je me débats pour m'en sortir, plus je m'enfonce. Et l'effort fourni me ruine.
Je meurs.
Immanquablement et irrévocablement.
Sans même qu'il s'en aperçoive. Sans même qu'il y puisse quoi que ce soit.

Je relève la tête, la gorge nouée par un sanglot qui tente de s'échapper. Il est assis en face de moi mais ne me prête aucune attention. Sourcils froncés et moue contrariée, il tente de faire fonctionner son portable, dernier jouet entré en sa possession.
Du haut de ses 34 ans, mon père est toujours un grand gamin. Mais c'est ce côté de sa personnalité que j'aime le plus. Il n'a pas eu le temps de devenir adulte. Il était un jeune papa, tout juste âgé de 17 ans quand je suis né. Mon âge...
Il s'est toujours démené pour m'élever et est toujours resté fidèle à la femme qui lui a donné ce fils. Cet unique fils. Cette unique honte...
J'aurais tellement préféré qu'il ait la quarantaine, les cheveux grisonnant par endroit, une calvitie bien avancée et un surpoids qui le fasse transpirer sans cesse. Tout aurait été plus simple, plus gérable.
Mais non, il est tout le contraire ! Grand, fin, efféminé. De longs cheveux ébène, des yeux outrageusement maquillés de noir, des habits slim et extravagants, de longues mains emplies de bagues.
Mon père est dérangeant, mon père est captivant. Il aime provoquer, être adulé, susciter l'envie. Il est beau parleur, sensuel et enfantin. Le feu et la glace. Il connaît ses atouts, sait attirer les gens, hommes et femmes confondus.

Et malheureusement, il m'a fait prisonnier.

Un sourire satisfait étire tout à coup ses lèvres, découvrant des dents d'une blancheur éc½urante. À son tour il relève la tête et me regarde, la fierté peinte sur son visage.

« - Te rends-tu compte ?! J'suis parvenu à me connecter au réseau wifi sans l'aide de ta mère !! »

Doucement je souris tandis qu'il s'empresse de me montrer son exploit. Mais, dans son exaltation, il ne fait pas attention à ses gestes et bientôt, mon verre de Coca Cola se retrouve sur mon tee-shirt. Horrifié, il porte une main à la manucure parfaite devant sa bouche et étouffe un juron.

« - Merde Tom ! J'suis désolé ! »

« - T'inquiète papa... »

Mais il n'écoute pas, commençant déjà à s'agiter dans tous les sens pour essuyer le liquide sucré à l'aide de plusieurs serviettes en papier.
Et je me sens quelque peu gêné, des personnes s'étant retournées vers nous pour constater l'accident. Comme à son habitude, mon père le remarque à peine, intimement satisfait d'être observé.
Déjà, je le vois faire le tour de la table et me saisir le bras pour me lever.

« - Viens, j'vais nettoyer tout ça. »

« - C'est bon papa, ça ira. J'suis assez... »

« - Non, non, non ! Laisse-moi faire. »

Je cède rapidement, assez conscient du caractère borné de mon père pour savoir qu'il ne lâchera pas l'affaire.
Sa main glissée dans la mienne, il me tire à travers le restaurant, direction les toilettes, peu inquiet de l'image qu'on renvoie. Par contre, pour moi, c'est tout l'inverse... Cette proximité, ses doigts enserrant les miens, cette parodie de couple qu'on affiche, tout cela me perturbe. À une vitesse vertigineuse, je sens de l'euphorie mêlée à de la panique monter en moi.

Il est là, il me touche. Il n'est rien qu'à moi. Et surtout, elle n'est pas là.
Seulement, le contact de nos deux peaux m'a toujours troublé. Et, affolé, j'assimile les flashs de la voiture qui me reviennent en mémoire, complétés par de nouveaux qui se créés tandis qu'on pénètre dans les toilettes.
Il allume la lumière et le constat est douloureux : seuls.
Nous sommes absolument seuls. Et des sueurs froides m'assaillent quand je remarque que tout est propice à la perte de mon contrôle.
Je me sens mal.

« - Attends, ne bouge p... Tom ?! »

Tremblant, je m'adosse au mur carrelé et froid de la pièce. Tout se met à tourner autour de moi dans un balai infernal. Je le vois s'approcher, ses iris emplies d'inquiétude, mais je le repousse dans un dernier sursaut de lucidité.

Je suis en train de perdre du terrain. Petit à petit, la vermine qui m'habite et me ronge depuis tellement d'années gagne mon cerveau et le pourrit comme elle a déjà pourri mon c½ur.
J'inspire profondément, tentant de ralentir la crise d'angoisse qui annihile chaque organe de mon corps. Mais l'action est difficile à effectuer et mes halètements douloureux désorganisent mon système respiratoire. Les lumières dansent, les murs s'effondrent et mes paupières sont lourdes.

« - Tom ?! TOM ?! »

Sa voix prend des accents hystériques. Il est totalement paniqué face à mon visage blême et les gouttes de sueurs qui glissent sur mes tempes. Il tourne la tête dans tous les sens, cherchant une solution. Lorsque son regard se pose sur les lavabos, il saisit plusieurs serviettes en papier et les humidifient.
Il est dos à moi et, contre ma volonté, mes yeux se perdent sur sa chute de rein. Frisson.
Le désir monte subitement en moi, difficilement réfréné par la peur de la folie qui me guette. Et je ne sais par quel miracle je ne l'ai pas encore plaqué au lavabo, mes lèvres embrassant son cou, mes mains défaisant sa ceinture. Prestement, il est de retour à mes côtés et ne me laisse pas le temps d'à nouveau l'éloigner. Je ne sais pas même si j'en aurais eu la force...

Il dépose les serviettes humides sur mon front, les maintenant de la main droite tandis qu'il me soutient de son bras gauche. Mes jambes peinent à me porter et j'ai l'horrible sensation que mes forces m'abandonnent. Pourtant, malgré mon état, je ne peux m'empêcher de songer à son corps contre le mien. Son corps chaud, son odeur, la douceur de sa peau... Tout est sujet à éveiller mes sens et mon désir, entraînant les conséquences qui en découlent. Ma respiration se fait difficile et les battements rapides de mon c½ur m'assourdissent. À bout, je me laisse glisser contre le mur, suave caresse glacée, et me retrouve assis sur le sol. Dans un même mouvement mon père, ayant par réflexe accompagné ma descente, s'agenouille près de moi.

Et alors, il a une réaction inattendue. À son tour il s'assoit à terre, sa main quittant mon front, et m'attire à lui. Je me retrouve ainsi dans ses bras, ces derniers enserrant mes épaules, ma tête posée contre son torse.
Son corps est bouillant, son c½ur bat vite. Les yeux fixés sur les lavabos, je respire à plein poumon la fragrance de sa peau. Être là, dans l'étroite étreinte de mon père, m'apaise. Ma respiration se calme, calquant son rythme sur la sienne. Et tel un désespéré, un condamné dans le couloir de la mort, j'agrippe son tee-shirt de mes longs doigts calleux.

« - Ne t'en fais pas Tom, tout va s'arranger. »

Je pince les lèvres et réprime un sanglot. La lumière s'est éteinte, nous laissant dans la réconfortante obscurité de ce lieu à l'odeur de désinfectant. Comme une bulle qui vient nous englober, nous protéger de l'horreur du monde. Sauf que l'horreur, c'est moi. Et cette bulle ne fait rien d'autre que prendre mon père au piège. Au piège avec son bourreau.

J'ai l'étrange sentiment que ses paroles visent bien plus que ma ridicule crise de panique. J'ai l'amère impression qu'il a compris que quelque chose a dérapé depuis longtemps. Qu'on se casse la gueule, à deux, alors que moi seul suis fautif. Et j'ai envie d'hurler que non !, rien n'ira jamais mieux. Le jugement a été sans appel, ma peine est irréversible. Je suis condamné à souffrir papa, car je suis un monstre. Condamné à souffrir et à te tuer. La preuve est là, sous tes yeux. Car tandis que tu me souffles ces mots de réconfort, ma démence créé toutes sortes d'images impropres. Dans ma tête je te vois debout, penché sur les lavabos, ton corps parfait complètement nu et moi te pénétrant violemment.
Et dans mes fantasmes, tu aimes ça papa.
Tu aimes m'appartenir.

***

Il n'a pas voulu que je retourne en cours. Je l'ai pourtant supplié, lui ai assuré mille fois que j'allais mieux, que ce n'était qu'une banale et stupide crise d'angoisse. Mais il n'a rien voulu savoir. Il a refusé de me laisser partir. Catégoriquement refusé.

Forcé de rentrer à la maison, je n'ai soufflé mot durant tout le trajet. Il a bien vu que je n'étais pas bien. Et il s'est félicité du bon boulot qu'il a fait en tant que paternel : ne pas croire son fils têtu et imprudent.
Le c½ur au bord des lèvres, je n'avais qu'une envie : me réfugier sous ma couette. Il avait beau dire ce qu'il voulait, démontrer théoriquement qu'il avait raison et que la prudence et du repos valait mieux qu'un aller simple pour l'hôpital, je voulais juste être sous cette maudite couette et pleurer. Pleurer toutes les larmes de mon corps. Pleurer jusqu'à l'épuisement, jusqu'au tarissement. Et c'est ce que j'ai fait.
Désormais, je suis juste passif. Allongé sur mon lit, je fixe le plafond sans réel intérêt, mes yeux rougis et brûlant cherchant un point fixe sur lequel se concentrer. Parallèlement, je laisse mes pensées vagabonder, simplement portées par le silence et l'obscurité environnants.

Je ne sais pas si je pourrais encore tenir longtemps. Cela fait déjà des mois que j'étouffe mes sentiments. Des mois que j'attends patiemment. Le moment est peut-être venu...
Tout à l'heure, dans les toilettes, j'ai vraiment eu l'impression que si je forçais un peu, il céderait. J'étais à deux doigts de l'embrasser, à deux doigts de laisser mon c½ur prendre le dessus et le soumettre à mon désir. Je sais qu'au départ il aurait été réticent. Mais, en insistant, il aurait fini par craquer.
Il est comme moi au début. Effrayé, perdu. Je vois bien la panique qui s'ancre dans son regard chaque fois qu'il le pose sur moi. Il ne peut rien me cacher.
Pas à moi, pas à son fils.

Je ressens tout ce qu'il ressent. Je vis à travers Lui. Je suis Lui. Nous ne faisons qu'un. Et si je ne lui ai toujours rien avouer, c'est juste pour ne pas le braquer. Je ne veux pas le perdre. Je n'y survivrais simplement pas. Il est mon air, mon sang. Et seule la mort pourra l'arracher à moi.
C'est bien plus que de l'amour. De l'adoration. Il est mon idole, mon Dieu, mon prophète. Et je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. Je ne sais plus quand tout a dérapé et quand mon papa est devenu mon obsession. Mais les questions sont inutiles, les souvenirs épineux, et les regrets nocifs. Cela devait arriver. Impossible d'y échapper. Il est fait pour moi et je suis fait pour lui.

Je sais que je peux l'obtenir. Je peux y arriver. Avec une minuscule part de persévérance, je l'attirerais. Car peut-être ne m'aime-t-il pas de la bonne façon, mais il m'aime suffisamment pour accepter. Accepter une relation, accepter de partager mes envies, mes besoins. Il doit juste voir à quel point nous serions heureux sans elle...
Je ne sais plus quand j'ai basculé dans la folie. Mais ce jour-ci, ce jour où éliminer ma génitrice est devenu ma priorité, je sais que j'ai franchi la ligne de non retour.
All down the line.

***

Du jour au lendemain, son comportement envers moi a radicalement changé. Plus tendre, plus possessif aussi à mesure des semaines qui défilent. Petit à petit, il commence à éloigner sa femme de moi. Je ne suis plus qu'à lui. Chaque geste, chaque mot est choisi. À moi de trouver ce que cela signifie. Souvent, sa main s'attarde sur ma joue. D'autres fois, je sens son regard insistant brûler mon dos. Et j'aime cela.
C'est comme un jeu. Un peu pervers, surement malsain. Mais nécessaire.
Oui, nécessaire.

Je marche doucement dans la rue, déambulant sans but aucun. Je me promène souvent seul dans Magdeburg. Notamment les jours où il travaille. Car ces jours-là, rester dans notre demeure m'est insupportable. J'ai le sentiment d'étouffer, d'être enfermé. Je ne cesse de bouger, tel un lion en cage, cherchant désespérément la sortie. Je veux m'en aller, m'enfuir.
Je veux que sa voix se taise, que sa respiration se tarisse.

Je veux qu'elle disparaisse de notre vie, qu'elle s'efface comme j'effacerais de ma mémoire un mauvais souvenir. Elle m'a peut-être donné la vie, mais ce n'est pas pour autant que je dois lui en être reconnaissant. Car au lieu d'une existence paisible, c'est un enfer qu'elle m'a offert. Mes tourments me suivent sans cesse, me rappellent à quel point mes idées sont malsaines, mes envies infectes. Et même si pour rien au monde je ne voudrais oublier l'homme qui me fait vivre, souvent le noir remplace la lumière, même en plein jour.
Les larmes pour compagnes et la colère pour lutter contre l'injustice qui m'est soumise. Il n'aurait pas du être mon père. C'est ainsi. Car son comportement, plus troublant chaque fois, me laisse pantois et indécis. J'aime être avec lui, j'aime respirer son parfum, toucher ses cheveux, admirer son visage de marbre, aux traits parfaits depuis toujours. J'aime me promener à ses côtés, l'écouter rire, parler, chanter. Mais il cherche à me séduire et, même si c'est agréable, je ne suis pas sûr de pouvoir craquer sans certitudes.
Car c'est à lui de mener le jeu. C'est à lui de lancer les dés. Moi, je ne peux rien.
Juste attendre.
Et cela m'est douloureux.
Destructeur.
Telle une funeste ritournelle.

Le vent fouette légèrement mon visage et je subis sa chaleureuse caresse avec délice. Le ciel est gris, annonciateur d'un prochain orage. L'ambiance lourde qu'il dégage me plaît. Telle une menace, les nuages avancent, silencieux. Et je souris, complice de leur forfait. Les rues sont étrangement calmes. Comme si chaque habitant s'était évanoui afin de me laisser seul maître de cet amas de bêton et de ciment. Seul maître du petit parc dans lequel je pénètre, coin de verdure au milieu de la sombre ville.
J'écoute le bruissement de l'herbe sous mes pas, regarde l'eau de l'étang devenir aussi obscure que le ciel qui s'y reflète. La brise aérienne qui, peu avant, jouait sur ma peau devient plus violente, secouant la ramure des arbres vers l'ouest. Mes dreads sont également malmenés. Mais peu importe, je profite de ce temps grondant et dangereux, aussi agréable que destructeur. Sa compagnie m'est douceâtre. Je ne veux pas qu'il m'abandonne.

Lorsque je suis près de l'étang, je m'installe sur les graminées. Le regard perdu sur l'eau mouvementée, maltraitée par le vent, je pense.
À lui, comme chaque fois.
Et je me surprends à être en manque de ses bras, en manque de ses mots. Même si cela ne fait que quelques heures, depuis qu'il est parti, je me sens vide. Je ne veux pas qu'il me laisse, je refuse qu'il s'éloigne. Il doit rester près de moi, à jamais.

Le silence déjà a disparu, remplacé par la fougue des rafales qui briment tous les éléments de la nature, imposant leur écrasante dominance. Mais ce bruit ne me dérange pas. Il me rassure et m'enveloppe. Il me protège.

« - Devine qui est là ?... »

Des mains délicates se posent sur mes yeux. Elles dégagent une odeur de désinfectant, ces produits achetés en pharmacie et appelés savamment bactéricides. Les bagues portées aux doigts sont froides et contrastent agressivement avec ma peau brûlante. Mais même sans ces indices, je saurais de qui il s'agit. Cette voix, douce, chuchotée, qui caresse mes tympans, ce souffle chaud qui assaille l'épiderme délicat de mes oreilles, ce corps qui se colle au mien et me fait violemment frissonner, je ne pourrais confondre. Et un sourire bien plus sincère que celui fait précédemment étire mes lèvres.

« - Papa ? »

Question rhétorique. Il sait que je l'ai reconnu. Il délivre donc mes yeux et son rire s'élève dans mon dos.
Merveilleux.
En à peine quelques secondes, il se retrouve à mes côtés, tout juste installé que déjà un flot de mots s'échappe de sa bouche.
Mélodie si douce que celle de sa voix.

« - Je me doutais que je te trouverais là. J'suis rentré à la maison et ta mère m'a dit que tu étais sorti. Alors après être allé voir au skatepark, je suis venu ici. Parce que je sais que tu adores cet endroit depuis tout petit. »

Paroles inutiles mais salvatrices. Il ne me manquait que cela dans mon petit paradis.
Lui.
Je l'écoute, muet, redessinant pour la millième fois les courbes de son visage, inspectant encore et encore ses prunelles chocolat. Il parle de son travail, de sa journée, de ses activités, qui d'ailleurs consistent à surveiller les faits et gestes de chacun. Et je l'écoute, extasié devant ses mains qui bougent comme pour esquisser des paysages et faire apparaître sous mes yeux les scènes qu'il a vues. Ses cheveux volent dans tous les sens et, plusieurs fois, il les remet en place, jurant contre ce foutu vent qui ne veut le laisser en paix. Et je souris de plus belle, attendri devant sa colère enfantine.

« - Et toi, ta journée ? »

« - La routine. Je suis content que tu sois là. »

« - Et je suis content que tu ne me fuis plus. »

En disant cela, il plante ses yeux dans les miens et il m'est facile de déceler la véracité de ses dires. J'ai passé énormément de temps à lui échapper, apeuré par ce que je ressens. Mais finalement, à quoi bon ?
J'ai besoin de Lui et il a besoin de moi. Laisser les choses faire est surement plus sage. Et plus constructif.
J'acquiesce doucement et reporte mon regard sur l'étang. Il fait de même et nous restons ainsi, à contempler la nature passer du calme à la tempête.
Elle semble refléter mes sentiments, mon moi.

Le Bardo Thödol, le livre des morts Tibétain, affirme que nous serions constitués de trois corps. Le corps physique qui correspond à notre organisme, le corps vital qui est une sorte d'enveloppe protégeant notre corps physique et le corps mental qui analyse ce que le corps physique ressent. C'est celui-ci qui nous permet de penser. Il est notre conscience, notre intellect. Il analyse les données transmises par le corps vital, nous offrant entre autre la possibilité de communiquer.
Mais surtout, c'est lui qui nous permet d'aimer.

Et indéniablement, ce troisième corps a su reconnaître en mon père la personne à adorer.
J'apprécie beaucoup cette légende tibétaine. En quelque sorte, elle explique que ces sentiments que j'éprouve pour lui sont indépendants de moi. Mon corps mental a analysé ce que mes deux autres corps lui envoyaient et en a déduit que je le chérissais.

« - Tu penses à quoi ? »

« - A mes trois corps. »

Je devine l'air étonné qu'il affiche. Mais il ne cherche pas plus loin. Il me connaît assez pour savoir qu'il est inutile d'essayer de comprendre.
Il retourne donc dans sa contemplation de la mystérieuse nature, capable de changer d'humeur en quelques minutes. Remplacer le soleil par la pluie, le zéphyr par la mousson, le bleu par le gris. Finalement, l'être humain n'est pas le seul à être lunatique...

« - Tu ne me laisseras jamais, hein ? »

Je tourne la tête vers lui et le fixe, attendant une réponse à ma question. Il ancre son regard au mien et, sans une once d'hésitation, répond :

« - Jamais. »

« - Promets-moi. »

« - Je te le promets. »

Un léger sourire fige alors mes lèvres. Sourire qui à son tour se dessine sur son visage. Il n'y a pas de doute possible : il est mon tout. Sans réfléchir, je me rapproche de lui et pose mon front sur son épaule. Ses lèvres caressent alors ma tempe dans un doux baiser et ses bras enserrent mes épaules. Je suis bien là, dans l'étreinte de mon papa. Je me sens protégé, rasséréné. Je ne veux plus bouger, plus partir. Et même la pluie qui commence à se déverser en fines gouttelettes n'a pas le pouvoir de me faire mouvoir. Je suis là, et j'y reste. Près de l'homme que je chéris.
Près de ma vie.
Près de ma perte.

***

Encore plusieurs semaines écoulées sans que rien ne se produise. L'attente est insoutenable.
Chaque jour, je le regarde évoluer autour de moi. Il rit, chante, pleure. Il rayonne ou joue au défaitiste. Il se plaint de son travail, de ses collègues ennuyants, de sa femme trop bavarde, de ses voisins manquant de civilité. Il s'amuse des personnes grossières qui peuplent ce monde et désespère devant la connerie humaine.

Et moi, je me délecte des simagrées de ce grand enfant qui me sert de père.
Avec en tête cette idée fixe que bientôt il sera à moi.
Nous pourrions partir. Déserter l'Allemagne et vivre tranquillement dans un autre pays. Nous effacer, ne plus faire parler de nous. Oui, nous pourrions vivre heureux et découverts.
Peut-être la France. Ou l'Angleterre. Le charme de ce pays où les personnes ne se soucient guère de leurs compatriotes. Où fouiner dans la vie des gens est tabou.

En fait, pour lui, je serais capable de m'excommunier en Chine ou en Amazonie... Oui, pourquoi pas l'Amérique ? Une terre d'asile pour nous, terre où les m½urs sont libérés, où le sexe est la drogue sont monnaie courante, où chaque minute une personne meurt sous les balles. Dans ce pays d'extravagances et de forfaits miséreux, deux hommes passent facilement inaperçus. Même s'il porte un nom identique, même si leurs traits sont bien trop semblables pour que cela soit anodin.
Il fait sombre dans ma chambre où seuls les accords de guitare raisonnent.
Aujourd'hui, je n'avais pas envie de sortir. Aujourd'hui, je voulais juste attendre patiemment que le moteur du cabriolet ronronne dans la cour. Aujourd'hui, je désirais juste attendre qu'il revienne.

Le soleil n'est pas tout à fait couché. Mais le peu de rayons qu'il pouvait encore nous offrir est caché derrière les cumulonimbus, chers compagnons de mes journées. Doucement, je fredonne sur l'air de "You are not alone" tout en grattant les cordes de ma Gibson. Et ma prestation a quelque chose de mélancolique. Mes doigts sont usés par les cordes rêches. Ils sont calleux, presque trop virils face à ceux de mon paternel. Des fois, quelques paroles m'échappent, ma voix rocailleuse s'accordant mal, à mon goût, à cette musique. En arrière fond, je peux discerner la télé que ma génitrice regarde surement dans le salon.
Une soirée calme, comme tant d'autres l'ont été et comme tant d'autres le seront.

« - How did love slip away
Something whispers in my ear and says
That you are not alone
I am here with you »

Je sursaute, pris au dépourvu par cette voix tant chérie qui subitement résonne dans la pièce. Je continue tout de même à jouer, accompagné par mon père dont le timbre s'accorde parfaitement avec la douce mélodie.
Une pure merveille.
Je lui ai toujours enviée cette voix si pure, si cristalline. Comme j'ai toujours tout envié chez lui. À mes yeux, il est la perfection. Et je crève de savoir que cet être unique et hors du commun est mon père. Je suis sa chair, son sang. Et cette dure constatation ferme toutes les barrières à mon espoir.
Je suis encore dos à lui mais sens qu'il s'est rapproché. Bientôt, se mains viennent se poser sur mes épaules tandis que les paroles sont désormais chuchotés, comme pour préserver l'intimité qui vient de s'installer.
Il se penche et je sens ses longs cheveux ébène caresser mon cou.

Je frissonne.

Mes doigts glissent sur les cordes et un accord sonne faux. Mais je me reprends vite, réprimant l'agréable frisson qui parcourt mon dos. Les mots sont maintenant soufflés à mon oreille, sa chaude haleine caressant mon épiderme fragile.

« - Just the other night
I thought I heard you cry
Asking me to come
And hold you in my arms »

Je mords ma lèvre inférieure, malmenant quelque peu le piercing que j'ai au labret. Tout en fermant les yeux, j'inspire à plein poumons son odeur, m'en enivrant telle une drogue. Ma tête part en arrière et s'appuie contre son torse. Et là, je sens son c½ur qui bat la chamade. Le rythme est effréné, anormal. Et je sais pertinemment que le mien n'est pas mieux.

Désormais basé sur cette fréquence, je suis incapable de terminer la mélodie. Je n'entends plus que ce c½ur qui bat pour moi et sa respiration difficile. Le tempo est tout autre. Rapide. Irrégulier.
Et au son de son c½ur, dont la mélodie est tellement plus belle que toute autre musique, se joint celui du mien.

Il continue à fredonner les paroles, reprenant la musique au début lorsqu'elle se termine. Et je ferme les yeux, envoûté, transporté. Ma guitare s'échoue doucement sur mon lit tandis que je la lâche et je me laisse totalement aller contre son corps, son torse contre mon dos. Il me pousse un peu, s'assoit sur mon lit.
Et me prend dans ses bras.

C'est le genre de moment que je voudrais infini. Ce sont des instants que je ne voudrais jamais devoir abandonner. Rester toute une vie ainsi. Seulement Lui et moi. Mon père...
Je glisse mes doigts entre les siens, tenant ainsi ses deux mains. Et je le sens resserrer l'étreinte.
Douce chaleur qui m'envahit. Délectables frissons qui parcourent mon épiderme fragile. Turbulents papillons qui malmènent mon ventre.
Je suis bien. Oui, juste bien.
Entier. Accompli. Serein.
Et aimé.

Et à nouveau, une idée me traverse l'esprit. La même, toujours la même. Cette idée qui, depuis l'épisode du restaurant non, de la voiture, m'obsède.
Ses lèvres. Seulement ses douces lèvres contre les miennes.
Juste les frôler, les goûter, les posséder.
Je suis obnubilé, tourmenté par cette envie de l'embrasser. Comme l'ultime but de mon existence. Comme l'accession d'une chose si précieuse et belle que je n'ai pas même le droit d'en rêver. Comme l'accaparation ultime de cet être chéri.
Un aboutissement.

Je sens son souffle dévier sur ma tempe. Son souffle chaud et enivrant. Son haleine brûlante et troublante. Et au moment où je me sens glisser dans une délicieuse torpeur, ses lèvres s'appuient sur ma peau dans un long et tendre baiser. Ce baiser auquel je ne peux que succomber. Mais ce baiser que je désire à un endroit bien plus sacré.
Plus unique.

Mes dents dérivent à nouveau sur ma lèvre inférieure, la malmenant encore et encore. Mes incisives blessent la peau rosée, mon piercing s'enfonce un peu plus dans cette dernière. Mais la brûlure causée par le contact de sa bouche avec mon épiderme anéanti toute autre douleur. Je suis étourdi par cette douleur plus que délectable. Mais cette sensation n'est rien à côté du frisson qui se propage en moi lorsque sa langue, taquine, se faufile entre ses lèvres et lèche ma peau salée. Je sursaute, surpris, tandis que mes yeux s'ouvrent subitement. Je ne peux empêcher un gémissement rauque de s'échapper de ma gorge.
Un doux sourire se dessine alors sur mon visage, tandis qu'il recommence, plus insistant cette fois.
Je laisse, sans maîtrise aucune, ma main droite se délier de la sienne et remonter doucement vers sa tête, caressant d'abord son cou puis sa joue.

Mon souffle se saccade, sa peau brûlante et douce glissant sous mes doigts. Et ma vue se brouille quand je réalise à quel point ce moment est unique, vivant, envoûtant. Une sorte d'osmose nous lie à l'instant même. Ni lui ni moi ne réfléchissons. On se laisse juste porter par cette envie dévorante qui depuis bien trop longtemps est comprimée en nous. Je colle encore plus mon dos contre son torse alors que d'un geste brusque, il m'assène un coup de bassin qui le fait fortement soupirer. Presque gémir.
Moment magique.
Pourquoi attendre ?

Sans hésiter, je contorsionne un peu plus na nuque, cherchant par tous les moyens à plonger mes yeux dans les siens. Chose faite, la pensée que ce soit une mauvaise idée me traverse l'esprit, tant je suis décontenancé face à l'intensité de son regard. Mais non, j'aime ses yeux. J'aime qu'il me regarde ainsi, j'aime qu'il me détaille comme la huitième merveille du monde.
J'aime qu'il me désire.
Inconsciemment, mes yeux dérivent sur ses lèvres. Leur couleur pailletée attire l'½il. Leur couleur rougeâtre semble être la promesse de tant d'émerveillement.
Je plonge à nouveau dans son regard, mélange de feu et d'or, mélange de noir et de chocolat. Ses pupilles sont dilatées, nos souffles se mêlent.
Sa chaleur devient mienne. Et plusieurs fois, je fais le chemin entre ses yeux et sa bouche, hésitant au choix à prendre, luttant contre mon envie dévorante, ma folle idée, mon obsession.
Finalement, je me rapproche. Lentement je tente de sceller nos lèvres. Mais au dernier moment, il se recule, détourne la tête. Et je reste hébété face à son geste, comme désarmé.
À ce moment là, aucune question ne traverse mon esprit. Aucune réaction ne me vient.
Je suis paralysé.

Ce n'est que lorsqu'il tourne ma tête dans un mouvement infiniment doux et qu'il place sa tête sur mon épaule en murmurant « je suis désolé » que les larmes me montent aux yeux et que je me mets à pleurer.
Mes sanglots sont silencieux, les perles salées dégoulinant à flot mais sans bruit sur mes joues brûlantes.
Un dernier sursaut de fierté sûrement.
Un dernier besoin de me montrer fort face à lui, lui qui tient les rênes, lui seul qui décide pour nous deux.
Combien de minutes écoulées dans ses bras, dans son étreinte plus protectrice que passionnée ?
Je ne sais pas.
Mais je laisse ma rage mêlée à ma douleur éclater que lorsque la porte de ma chambre se referme derrière lui.
Je ne comprends plus rien.

***

00h12. Bientôt treize.
Est-il seulement utile de regarder les minutes défiler ? Je dois bien avouer que dans mon désespoir, j'espère que voir les heures s'écouler me ramènera plus vite celui qui déjà me manque tant.
Les rôles sont inversés. Et l'incompréhension est dans mon camp.
Depuis l'épisode de ma chambre, quelques jours auparavant, ou déjà quelques semaines ; je ne sais plus, il me fuit.

Disons plutôt que je l'ai rarement revu.
Est-ce plus correct et moins pathétique dit ainsi ?
Je me retourne pour la énième fois dans mon lit, autre action que je ne prends pas la peine de compter non plus. Et à ce moment même, ma vie me semble un perpétuel recommencement. Ou une perpétuelle répétition. Encore une histoire de point de vue.
Mais j'ai tout de même l'amer sentiment de ne jamais rien parvenir à terminer.
Ou commencer.
Oui, c'est au commencement que tout bloque.
Quel horrible constat.
Je passe mes bras sous ma nuque, afin de soulager un peu cette dernière. Une douleur commence à se faire sentir au niveau de mes cervicales et j'ai toujours le réflexe de m'inquiéter d'un probable futur blocage.
Pathétique.
Comment les petits aléas de la vie peuvent-ils reprendre si rapidement leurs droits ? Comment puis-je songer à un quelconque mal physique quand mon mal intérieur me dévore et me ronge ?
Quand me reviendra-t-il ?

« - Comment as-tu pu me faire ça ?! »

Je sursaute, brutalement arraché à mes songes par la voix stridente de ma génitrice. Mon premier réflexe est de regarder ma porte, persuadé de la trouver debout dans l'encadrement. Mais elle n'est pas là.
En faisant un peu plus attention, je constate que le bruit vient du rez-de-chaussée. Je tends alors l'oreille et tente d'écouter. Plusieurs phrases se mélangent, sans logique apparente. Mais les mots, hurlés pour certains, me permettent de distinguer la voix d'Isla, ma génitrice, et la voix de mon père.
Ma respiration se bloque. Il est rentré.

« - Lâche-moi tu veux. »

« - Mais réponds-moi quand j'te parle ! »

Le dialogue se stoppe sur cette constatation. Arrêt qui laisse place à un lourd silence. Silence profond et angoissant. Je cesse de respirer, désireux d'entendre le moindre mouvement, le moindre souffle. Je me focalise sur les sons provenant d'en bas. Et entends alors la porte claquer. Fébrile, je me précipite à ma fenêtre, persuadé de voir mon père descendre l'allée du jardin. Et mon intuition se révèle correcte.
J'aurais envie de lui hurler de rester mais, totalement apeuré, je ne peux qu'assister à la scène qui se déroule sous mes yeux. Je ne veux pas qu'il parte à nouveau. Je ne veux pas qu'il me laisse encore seul avec elle. Je veux juste qu'il soit là, près de moi. Je veux que mon père me prenne dans ses bras...
Ma vue commence doucement à se brouiller. Bientôt, je ne discerne plus que la lumière criarde d'un lampadaire. Et d'un geste rageur, j'essuie ces fichues larmes qui commencent à couler.
Pourquoi au moment où je devrais courir pour le retenir mes jambes refusent-elles de m'obéir ?! Pourquoi suis-je si démuni, si impotent ?...

Je le regarde s'éloigner, avançant d'un pas incertain sur l'allée du jardin. Il peine à garder l'équilibre, probablement imbibé. Il part et je ne fais rien. Rien d'autre que pleurer... Mon c½ur se serre quand je le vois ouvrir la portière de sa voiture dans laquelle il disparaît.
Et incapable de regarder son véhicule s'éloigner, comme englouti par la nuit, je me laisse glisser à terre, désormais dos à cette fenêtre qui m'offre une vision bien trop sombre de ma vie.
Et ne prends plus la peine d'essuyer mes pleurs. Je préfère être aveugle que faire face à la noirceur de cette pièce.

Mais le moteur du cabriolet ne se fait pas entendre. Et la porte d'entrée claque de nouveau.
Le c½ur battant la chamade, je me précipite vers ma porte, y accolant mon oreille. Au début, aucun son ne me parvient, les battements successifs et rapides de mon c½ur couvrant tout le désordre environnant. Puis, la voix de chacun des deux protagonistes se démarque. Le ton d'Isla est plus hystérique. Les nerfs semblent à vif.

« - Tu fais quoi ?! »

« - Ta gueule. Ferme juste ta putain de gueule. »

Et le ton de mon père est monotone, si monotone. Mais froid. Sans discussion possible. Il semble même à peine remarquer la colère de sa femme. Comme il ignorerait la ridicule provocation d'une stupide mouche.
D'un pas lourd, il monte les escaliers. Suivi de près par ma génitrice dont les hurlements m'indiquent la progression.

Même à travers cette porte, elle me fait pitié. Même coincé ici, à écouter et deviner ce qu'il se passe, je parviens à ressentir l'agacement de mon père. Pourquoi ne le laisse-t-elle donc pas tranquille ?
Ce soir, elle n'obtiendra rien de Lui. Je le sais. Et ses pleurs seront l'unique résultat que son entêtement abusif va lui apporter. Maintenant, peu m'importe qu'elle pleure, hurle ou meurt. Sa vie m'est insignifiante.
Seul Lui compte à mes yeux et en mon c½ur. Lui qui toujours, dans un silence implacable, continue sa progression qui le rapproche de moi.

« - Tu te fous de moi là ?... »

Toujours ce lourd silence pour toute réponse. Et la folie qui la guette s'il continue à l'ignorer. Isla semble sur le point de perdre les pédales. Isla va bientôt craquer, je le sens.
Tout à coup, les pas cessent. Et je devine aisément que mon père a stoppé sa montée. Comme je devine le regard noir qu'il vient de poser sur elle.

À nouveau, l'oreille toujours appuyée sur le panneau de bois, les battements assourdissants de mon c½ur résonnent dans tout mon corps. Une sorte d'anxiété m'envahit, semblable à cette peur qui nous surprend lorsqu'un événement attendu et horrible va se produire. Et comme en réponse à ce c½ur qui s'affole, mes mains se mettent à trembler, mes jambes fléchissent. À bout de force, vidé subitement de toute contenance, atrophié, je me mets à genou, plaquant toujours mon pauvre corps maigrichon contre le bois, dans une obstination maladive.

La tension, lourde et ravageuse, est palpable. Et je sais que l'orage ne va pas tarder à éclater.
Ma main, toujours fébrile, se pose près de mon visage. Et mes dents malmènent fermement ma lèvre inférieure, forçant mon piercing à blesser ma peau fragile. Douloureuse morsure.
Le souffle court, j'attends. J'attends le verdict de mon père pour celle que je déteste. J'attends ses mots durs, tranchants, sans appel.

Les minutes s'égrènent au rythme de mon sang pulsant dans mes artères. Cette tension est insoutenable. Tout aussi insoutenable que la douleur qui lancine mon cou, mes cervicales rudement maltraitées par ma posture.
Enfin, ses paroles retentissent.

« - Oui. Oui, je t'ai trompée. Et alors ? De toute façon, tu sais très bien que c'est pour Tom que je reste. Alors maintenant, fous-moi la paix ! »

Mon c½ur se serre surement autant que celui d'Isla. Mais pour une raison bien différente. Car tout à coup, à l'entente de ces paroles, une vague d'endorphine se libère dans mon corps, abrutissant mes sens, m'envahissant de béatitude. Tous mes muscles se détendent et un sourire triomphant s'empare de mes lèvres.
Une victoire.
Ces mots signent l'acquisition d'une victoire. Une douce et délectable victoire face à l'amère défait qu'elle subit. Et je jubile en imaginant les larmes dévaler ses joues.
Détruite.
Il l'a détruite, anéantie, ridiculisée, rabaissée. C'est moi qu'il aime. Moi et seulement moi. Elle n'est rien pour lui, son mari. Tout comme elle n'est rien pour moi, son fils. Cette constatation est ignoble. Mais si enivrante à la fois...

Les pas reprennent dans l'escalier et, paniqué, je me précipite dans mon lit. Un frisson me parcourt, frisson d'horreur, alors que je tente de faire le moins de bruit possible. Cette même horreur qui vous saisie quand vous avez peur d'être découvert. Et un souffle de soulagement s'échappe de mes lèvres quand, à peine glissé dans mes draps, deux coups brefs retentissent contre ma porte.
Je n'ai pas le temps de prononcer le moindre mot que déjà une raie de lumière se dessine sur le parquet puis le mur, face à moi, de ma chambre. Raie dans lequel se découpe la silhouette longiligne de mon père. Mes yeux s'écarquillent et j'enfonce un peu plus ma tête dans l'oreiller.
Sans faire de bruit, il referme la porte. Et d'un pas plus ou moins discret, il rejoint mon lit. Mon c½ur reprend sa cadence infernale alors que je sens le matelas s'affaisser dans mon dos. Et des gouttes de sueur glissent le long de mon épiderme. Mais je tente de ne rien laisser paraître, voulant faire croire que je suis endormi.
Un frisson glacé parcourt mon corps alors que les couvertures se soulèvent. Et je ne peux réprimer un mouvement, mes mains saisissant mes bras comme pour me réchauffer. Par chance, il ne remarque rien.
Ce froid soudain se transforme en brûlure quand son torse se colle à mon dos.
Moment insoutenable. Avalanche de sensations.

D'abord, ses longs cheveux noirs frôlent ma nuque. Puis, ses lèvres s'approchent dangereusement de mon oreille et son souffle chaud caresse cette dernière.
Il est penché au dessus de moi, prenant appui sur son coude gauche. Et enfin sa douce voix me parvient.
Décharge électrique. Adrénaline pure.

« - Tom ?... C'est papa. »

Totalement paralysé, je suis incapable de répondre. Mon ressenti est inexplicable. Et je ne sais pas même comment je fais pour encore respirer. Il me semble que mon c½ur s'est depuis longtemps arrêté de battre...
Comme chaque fois qu'il est proche de moi.
Le savoir à porter de main me fait tourner la tête, perdre le sens des réalités. Mon cerveau semble ne plus fonctionner. Et mon souffle ne plus vouloir retrouver une cadence normale. Seul mon subconscient résonne encore, ce subconscient qui le désire violemment. Je me concentre afin de ne pas laisser les images obscènes qu'il créé m'envahir. Mais cela est difficile. Si difficile... D'autant plus qu'il calle son corps contre le mien, sa virilité plaquée contre mes fesses. Je déglutis, des gouttes de sueurs perlent à nouveau sur mes tempes. Et je me maudis de ne pas parvenir à me contrôler.

Pourquoi suis-je si faible ? Pourquoi ne parviens-je jamais à résister à ces pulsions si enivrantes ?
Je mords l'intérieur de mes joues et glisse discrètement une de mes mains au niveau de mon entrejambe. Et ce que je constate me terrifie. Je suis excité. Excité à crever. Et j'ai envie de chialer. Vider mon corps de ces satanées larmes qui souillent mon âme. Expulser hors de moi le fruit de ma honte, de mon bonheur. Pourquoi tant de controverse sur mes sentiments ? Pourquoi cette opposition, ce conflit ?
Le ridicule de la situation est indéniable. Et mon envie est à son paroxysme. Juste parce qu'il est allongé près de moi. Juste parce que sa putain de voix me susurre des mots dans l'obscurité de cette chambre. Juste parce que c'est Lui...

Je serre les poings, ferme mes yeux plus encore si c'est possible. Un mal de tête foudroyant me compresse le cerveau. L'impression que ma boîte crânienne est sous pression. Le sentiment qu'elle va exploser. L'horrible peur de crever.
Et le plus étonnant est qu'il ne remarque rien. Malgré mon état, il ne se rend compte de rien. Toujours ses cheveux caressant mon cou. Toujours son souffle chaud sur ma peau. Et toujours mon c½ur battant à tout rompre. La crise cardiaque. L'évanouissement me guette.

« - Tommy ?... Je t'ai ramené un cadeau. »

Son haleine empeste l'alcool. Et une brusque nausée me saisit. L'odeur est éc½urante, perturbante. Elle me pique le nez et l'espace de quelques secondes me ramène à la réalité. Mais vraiment quelques secondes. Car dès que son bras passe au dessus de mon corps pour déposer un petit paquet près de mon ventre, je replonge. Comme si les effluves de boisson me soulaient à mon tour.
La sensation que mon c½ur explose, que des papillons percutent les parois de mon estomac, que mon bas-ventre s'enflamme. C'est magique. Effrayant mais magique.

Mon souffle s'accélère. Mes poumons envoient alors plus d'oxygène dans mon sang, me donnant la sensation de planer. Je tente de me concentrer sur mon réveil digital dont les chiffres rouges brillent dans le noir. Mais rien à faire. Je suis comme hypnotisé, un sourire niais étirant mes lèvres.
Il se décolle alors de moi, s'apprêtant à quitter le lit. Mais loin de sa chaleur, j'ai froid. Beaucoup trop froid. Je gèle. J'ai besoin de Lui. J'ai besoin de sa proximité. Et au bord de la panique, je le rattrape in extremis, enserrant fermement son fin poignet.

« - Reste ! »

Il ne répond rien mais se replace près de moi. Sans hésitation, sans attente interminable. Automatique, mécanique, il exécute.
Désormais, nous sommes face à face. Et lorsqu'il passe son bras autour de mon corps tremblant, je soupire d'aise. J'ai besoin de mon papa. Mais surtout, empli de désir, j'ai besoin de le sentir contre moi. Qu'il me serre, m'étouffe même. Mourir contre son corps serait mon Paradis.
Je pose ma tête dans son cou et inspire son odeur à plein poumons. Je me sens bien. Peut-être encore un peu tendu.

Lentement, ma respiration se calme. Même si une brûlure reste présente au niveau de mon sexe. Dur, il est comprimé dans mon boxer. Et cette sensation est loin d'être doucereuse.
Cette situation est ennuyante. Extrêmement ennuyante. Mais je sais que tant que mon père reste à distance, ou tout du moins que son bassin est éloigné du mien, je pourrais gérer.
Impossible de tout foutre en l'air. Car pour une fois, il n'est réellement qu'à moi. Et un doux sentiment de bonheur empli mon c½ur. Indescriptible, ravageur. Mon c½ur en veut plus, mon corps le réclame. Je veux me l'approprier. Dans cette obscurité totale, je veux lui appartenir.
Mentalement, je redessine les traits délicats de son visage, imagine son corps aux abdominaux discrets, à la peau laiteuse et imberbe. Étrange que je parvienne à recréer sa silhouette gracile sans me consumer instantanément de désir...

La situation est incorrecte. L'air qui nous entoure et que nous partageons est impur. Nos pensées se mêlent et se heurtent, nos cadavres sont bien trop près l'un de l'autre. Depuis longtemps nous sommes morts. Depuis le jour où mes lèvres ont désiré les siennes. Depuis le moment où nos regards se sont croisés, surpris de cette étincelle nouvelle qui les animait. La situation est indécente. Pourtant, elle nous semble normale. Je suis bien dans ses bras, l'oreille près de son c½ur battant. Étrange symphonie qui résonne en un mort.

J'inspire une grande bouffée d'air. Je me tue de ses vapeurs toxiques, étrangement épicées, doucement vanillées. Je me sens apaisé, plus vivant que jamais dans cet univers morbide et instable.
Il est tout ce dont j'ai besoin. Et je suis tout ce dont il a besoin.
J'aimerais tant qu'il s'en rende compte, qu'il ne se voile plus la face. Qu'il comprenne... Que ce soir marque un tournant dans notre existence. Que notre désir se consume et nous emporte loin de la grisaille terrestre. Il mérite mieux que cette vie fade et terne. Il mérite les plus belles couleurs, les plus beaux arcs-en-ciel. Il est une sorte d'Ange, un peu de douceur dans mon monde d'horreur. Et je veux qu'il puisse jouir du bonheur accordé à ces Anges miséricordieux.
Il doit juste accepter que nous sommes un tout. Nous ne faisons qu'un. Ce n'est pas plus compliqué. C'est même rationnel, incontrôlable.

Ses lèvres frôlent mon front. Je sursaute légèrement, décontenancé. Doucement, il y dépose un baiser. Suavité sucrée de ses lèvres contre mon front salé. Je frissonne.
Il a ce pouvoir sur moi... Un pouvoir total et sans faille. Je sacrifierais tout pour Lui. Alors pourquoi me laisse-t-il dans l'ombre de cette étrangère ? J'étouffe.
J'enfouis un peu plus mon visage dans son cou mais il ne l'entend pas ainsi. Il glisse ses doigts glacés sous mon menton et me force à relever la tête. Brûlure glacée à même ma peau. Je devine ses yeux chercher les miens. Et je suis soulagé qu'il ne puisse y lire mon bonheur et mon désarroi.
Du dos de sa main, il caresse ma joue. Frisson pétrifiant à travers mon corps. Et une boule au niveau de mon estomac.
Envie de pleurer.
La peur ?...

« - Qu'est... qu'est ce que tu fais papa ?... »

Je peine à souffler ces mots. Ma gorge est serrée. Cette peur paralysante est bel et bien présente. Mais pas à cause de ce qu'il fait. Plutôt à cause de la finalité imperturbable de cette action. Une peur proche de l'impatience. Une peur emplie d'envie et de méfiance. Une peur excitante, qui déploie dans mon corps une décharge d'adrénaline.

« - J'sais pas... »

Ses doigts glissent sur mes lèvres et les redessinent, d'abord à travers une légère caresse. Qui bien vite devient de plus en plus appuyée à mesure que mon souffle se saccade. Mon haleine chaude humidifie légèrement sa peau. Et son index effectue une légère pression près de mon piercing. Instinctivement, j'entrouvre ma bouche. Il insinue alors son doigt dans ma cavité buccale et entreprends un mouvement de va et vient plus que significatif. Mes larmes coulent et ma tête tourne. Je détourne d'ailleurs vivement cette dernière et ferme les yeux, espérant que mes efforts m'aideront à ne pas perdre pieds. Mon geste coupe notre contact. J'ai encore son goût sur la langue.

Je le veux. Je le désire violemment. Tant et si bien que je ne pourrais contenir plus longtemps le frisson bestiale qui éveille mes sens. Perturbe ma lucidité. Avive ma folie. Mais je sais, au fond de moi, je sens que ce soir n'est pas le bon. Il est trop imbibé. Trop inconscient des enjeux que notre étreinte va créer. Trop étourdi pour savourer l'illégal corps à corps qui à jamais va nous unir.
Je ne veux pas que nous nous aimions dans de telles conditions. Lorsque je m'offrirais à lui, je veux voir la peur mêlée à l'envie dans son regard. Je veux sentir ses mains trembler, parcourir avec hésitation chaque parcelle de mon épiderme. Je veux caresser sa peau moite, mélanger nos souffles saccadés, affoler nos sens. Je veux savourer chaque infime millième de cet échange. Je veux que ce soit parfait, magique, empirique mais extatique. Mais je veux surtout qu'il se souvienne à quel point ce moment était beau. Inimitable. Inoubliable. Il se rendra alors compte que nous étions destinés à nous unir. Il entreverra la promesse de nuits semblables. Il en redemandera...
Savoureux péché de nos étreintes condamnables.
Il cherche à nouveau mes lèvres, ses doigts parcourant mon visage. Et je frissonne violemment.
Indescriptible.

« - Arrête. »

Je me surprends de parvenir à souffler ces mots. Mais le ton n'y est pas. Car ma tête veut tout stopper mais mon corps veut continuer, s'abandonner. La tentation est trop grande, trop tentante. Et ma volonté semble s'étioler à mesure des secondes qui s'égrènent.
Je doute l'avoir dissuader. Et sa réplique me le confirme.

« - J'peux pas... »

Sa jambe remonte alors lentement, son genou se rapprochant dangereusement de ma fierté. Il la passe ensuite au dessus des miennes, m'emprisonnant tandis que nous sommes désormais face à face. Dans un même temps, sa main glisse le long de mon bras, frôle furtivement ma hanche et se place contre mes reins.
Contact électrisant.
Impuissant, j'assiste à la scène, tout autant incapable que peu désireux de me défiler à ses caresses. D'ailleurs, je n'ai pas le temps de m'y attarder, nos bassins se rencontrant brusquement alors qu'il me colle sciemment à lui. Un gémissement m'échappe.

« - Putain ! »

Mais ma plainte est vite étouffée, mes lèvres subitement happées par les siennes. J'ouvre les yeux, surpris. Je ne parviens pas à analyser ce qu'il se passe. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive alors que sa bouche presse fortement la mienne. Mon c½ur, lui, a déjà tout compris, tambour impatient enfoui en mon corps. Il frappe ma cage thoracique à une cadence irrégulière. Si fort que je m'attends à entendre mes côtes se briser.
L'hérésie est à son comble quand sa langue rejoint la mienne, sans même que j'ai le souvenir qu'il ait forcé mes lèvres. Lui ai-je donc laissé le passage ? Et est-ce moi qui réponds à son baiser, mon muscle chaud entouré au sien ?
Aucune idée. Mais j'aime son goût et sa chaleur.

Je tente vainement de réfléchir. Je remets en place chaque événement, les ordonne, les associe. Je cherche une logique à mon corps qui de lui-même répond. Je me raccroche au concret, tâtonne pour trouver quelque chose à quoi m'agripper. Un objet réel loin de ce rêve. Mais mes doigts ne décèlent que sa peau. Petite parcelle d'épiderme dévoilée par son tee-shirt légèrement relevé
Petit bout de Paradis pour mes sens affolés.
Perdu.
Je suis dorénavant perdu. À la seconde même où son corps chaud s'est d'autorité plaqué au mien, toute trace de détermination s'est effacée en moi, balayée par mon unique désir. Nos langues, désormais, jouent, s'enroulent et s'enlacent. Sa main, toujours posée en bas de mon dos, remonte jusqu'à ma nuque et y applique une douce pression dans le but d'approfondir notre baiser.
Fascinant.
L'hiver et l'été. Le jour et la nuit. Le chaud et le froid. Le bonheur et le malheur. La beauté et le péché...
Le songe de toute une vie se réalise. Le but de ma misérable existence est là, entre mes bras, soupirant et languissant. Mon fantasme devient réel. Comme la sensation d'avoir pourchassé un fantôme durant des années et de pouvoir enfin l'attraper.
Emprisonner le vent. Saisir l'âme.
Il est à moi. Là, maintenant, tout de suite.

Mon c½ur et mes sens s'emballent, se meuvent et se perdent dans le tourbillon de la jouissance.
Avec autorité, je le rapproche. Plus près. Encore et toujours plus près. Incapable de me rassasier de si peu. Quémandeur, abandonné, envoûté. Nos gestes sont impatients, désordonnés, presque maladroits. C'est un besoin incohérent et vital de se fondre en l'autre. Les chairs sont griffées, les peaux malmenées. M'agripper à Lui avec toujours plus de hargne, de désespoir. Ne pas le laisser filer maintenant qu'il m'appartient...
La séparation est éprouvante, violente. À bout de souffle, il stoppe notre baiser. Et je tente de ressaisir ses lèvres, désespéré, agonisant. Effleurer ce bout de Paradis. Échauffer la peau rosée de mes lèvres contre celle brûlante des siennes. Mais il ne me laisse que les frôler. Et détourne la tête, me collant contre Lui, m'enserrant fort dans une étreinte condamnable.

« - Pardonne-moi, j'en crevais d'envie... »

Sa voix est tremblante. Mais je ne relève pas. J'enfouis ma tête dans son cou et le laisse parsemer mes tempes de baisers légers, volatiles. Nos corps sont en sueur. Et j'ai envie de Lui. Mon sexe me fait si mal... Dément, affolé, je supplie ses caresses, espère sa déraison. Je le veux, je le souffre.
Mais il est déterminé.
Je resterais dans ses bars. Je n'obtiendrais rien de plus.
Alors, je ferme les yeux et me colle à Lui comme si ma vie en dépendait. Ou plutôt ma survie, moi cadavre déjà élimé, décomposé. Je le serre, je l'étouffe. Mais mes forces doivent être moindres car son souffle est calme, et ses baisers sur mon front continuels. Comme une macabre ritournelle.
J'ai envie de ce corps frêle et attirant. J'ai envie de cet homme qui est mon père. Et ce soir, j'ai entrevu la possibilité d'une possession malsaine. Je crèverais de l'aimer.
En moi, mon rire résonne. Et il semble dément.

***

Encore. C'est étonnant toute l'eau que mon corps contient. D'autant plus étonnant la vitesse à laquelle il la renouvelle.
Trois jours.
Cela fait trois jours que je pleure et, assis face à la glace de mon armoire, je surprends encore des larmes s'échapper de mes yeux. Je ne les compte plus, les laisse s'écouler. Je me contente de fixer mon visage à l'expression figée, aux cernes marqués. J'ai le sentiment qu'en restant là, à observer mon reflet, je verrais mes joues se creuser, ma peau se rider. Je me verrais dépérir avec en main le pouvoir de stopper ce processus morbide. Mais je ne ferais rien et ce sera jouissif. Je me réjouis de ma jeunesse fanée, de ma vie écourtée. Me tuer est le seul pouvoir qu'il me reste. Et mon existence est la seule sur laquelle j'ai une quelconque influence.
Je scrute le désespoir sur mon visage, pense le voir apparaître sous mes traits tirés. Le temps ne m'aurait pas plus défiguré. La douleur a cette force de pouvoir vous achever.
Vous détruire.

Je ne m'alimente plus, sors à peine de ma chambre. Le but de mon exil n'est plus si clair pour moi. Je ne sais plus si c'est pour stopper au plus vite ma souffrance ou pour Lui lancer un appel silencieux. Qu'il vienne me sauver.
Ou qu'il me laisse crever.
Peu importe la finalité. Est-il encore seulement possible que je me relève ?
Mes doigts malmènent le petit médiator qu'ils tiennent. Son cadeau... Le témoin indiscret de cette nuit où il m'a embrassé. Cette nuit où nos envies se sont confrontées et mêlées. Je pense que je le déteste ce cadeau. Je le déteste car il m'a dévoilé des promesses qui se sont dissipées aussi vite qu'elles sont apparues.

« - Il n'avait pas le droit de me faire ça... »

J'acquiesce, seul auditoire présent dans cette pièce. Et je souris. Il n'avait pas à me laisser comme cela, seul, désorienté. Il n'avait pas à me promettre le Nirvana pour disparaître le lendemain aux aurores, sans un mot ni un baiser. Et il n'avait pas à se terrer dans son bureau, loin, si loin de notre maison. Caché, isolé. À l'abri de l'ennemi que je semble désormais être pour Lui. Comment lui pardonner cette fuite ? Cette désertion, cet abandon... Je sais qu'il a peur, qu'il lutte contre son ressenti, ses envies. Mais ce n'est pas une excuse.
Je ne peux continuellement l'excuser.

Moi aussi je souffre... Tant et si bien que la mort me semble une douce échappatoire, même affligée par immolation, même apportée par sadisme. Infligez-moi vos pires tortures. Si vous me promettez la mort, j'accepte tout.
Pourquoi ne me laisse-t-il pas l'aider ? On se soutiendrait...
Je reporte mon attention sur le miroir. L'ambiance de la pièce semble s'être tout à coup autant assombrie que mes pensées. Est-ce seulement une impression ?
Le temps, allié de mes atrabilaires moments, pourrait-il une dernière fois me soutenir ? Que l'orage gronde et la tempête hurle. Aujourd'hui est jour de tristesse pour moi...
Toujours face au miroir, je tente un sourire. Et vois une grimace.

Mais cette vision m'impressionne et je ne peux en décrocher mes yeux. Obnubilé, fasciné devant cette horreur. Affaibli, je rampe jusqu'à la vitre teintée d'argent. Je m'avance vers cet autre moi qui me tient compagnie depuis de longues journées. Je m'approche si près que nos visages se collent, nos regards se jaugent. Des secondes interminables s'écoulent alors. Je tente de décrypter ses sentiments à travers ses pupilles. Mais c'est difficile, ardu. Car elles sont si noires que les émotions y sombrent. Elles me rappellent une tornade dans laquelle tant d'images sont emprisonnées qu'elles ne forment plus qu'un amas instable et ingérable de ranc½ur, de douleur.
Peut-être dois-je les aider à émerger ?
Si j'y mets toute ma volonté, je peux les attraper. Les faire miennes. Je peux partager un peu de ses tourments. Libérer son âme de sa douleur.
Mon inspection s'éternise. Elle dure tandis que je cherche à saisir ces impressions abstraites dans le regard de cet autre qui me ressemble tant. Je me bats, mes yeux plongés dans les siens. Et au moment où je songe à m'éloigner, un violent frisson m'agresse. Mon souffle se coupe et mes yeux s'écarquillent, comme horrifiés devant la vision d'un spectre du passé. Je recule alors vivement, effrayé par ce que je viens de déceler dans le regard de mon double.

Je reste stoïque un moment, le c½ur battant. Incapable de décrocher mes yeux de son visage malgré ma peur. Transi et paniqué. Absorbé et paralysé.
Il m'est difficile de me calmer. Compliqué de reprendre mes moyens, de retrouver mes esprits. J'ai le sentiment d'être plongé dans une eau saumâtre et boueuse, pas assez compacte pour me maintenir à la surface mais trop dense pour me permettre de nager. Je me débats piteusement, incertain quand à ma survie. Je suis assailli de toutes parts par ses sentiments aux reliefs moroses.

« - Tu es si triste... »

Dans un même mouvement que moi, ses lèvres bougent et sa tête se penche sur le côté. Parfait mimétisme. Atroce ressemblance. La douleur nous a rongés, décrépis. Elle nous a vieillis trop vite, épuisés et abrutis. Et je ne peux que constater à quel point nos visages sont semblables sous ce masque de souffrance. Tenter de sourire est inutile. Tenter de nous redonner vie est infaisable. Nous sommes perdus...

« - Il te manque, n'est-ce pas ? »

Il n'a pas besoin de parler, je le comprends. Mon reflet, mon double, moi.
Il parvient à exprimer ce que j'emprisonne en mon c½ur depuis des jours. Il sait mettre un nom sur ce que je ressens. Il semble plus fort que moi, plus abouti, plus déterminé. Ses choix sont les miens.
Pourtant, ses choix sont tellement plus cohérents et plus utiles.

« - Tu as raison, s'il me manque, je dois aller le voir. »

Ma voix est ferme. Et elle résonne étrangement dans cette pièce hermétique.
Je quitte subrepticement son regard pour voir ces objets qui m'entourent. Ils sont inertes, sans âme. Ils m'ont tenu compagnie durant ces trois jours. Mais maintenant, ils ne me correspondent plus. Seul lui, cet être planté en face de moi, peut désormais me sauver. Et je n'écouterais que lui. Ce double fait de verre et d'argent. Ce double, simple image de moi-même.

L'espoir à nouveau insufflé en mes veines, espoir de me réapproprier toutes ces promesses déchues, je me relève. Le petit médiator toujours serré entre mes doigts.
Je ne veux pas m'attarder ici, j'étouffe. L'air me semble lourd, l'oxygène trop rare. Et je n'ai besoin que d'une seule fragrance pour vivre : celle de son parfum.
Rapidement, je repose mes yeux sur le miroir. Et je remercie silencieusement celui qui se trouve de l'autre côté de la vitre. Ses traits sont tirés, son teint est cireux mais ses lèvres sourient.
Oui, il a vraiment raison mon double. Mon père me manque et je vais le rejoindre.

***

« - Monsieur Kaulitz ? Votre fils est là. »

La secrétaire écoute la réponse de son patron et acquiesce avant de raccrocher le combiné. Elle m'adresse ensuite un sourire bienveillant et m'informe de la suite des événements.

« - Il arrive. »

Je la remercie et me dirige vers la salle d'attente. Cela fait longtemps que je ne suis plus venu. À vrai dire, mis à part pour informer mon père de vive voix que j'avais obtenu mon baccalauréat, mes derniers souvenirs remontent du temps où je jouais à dada sur les genoux de mon paternel.
Et indéniablement, même à cette époque il était magnifique.
À peine ai-je fait quelques pas que mon père surgit. Toujours aussi beau, sa chevelure corbeau marquant un sombre contraste avec son visage au teint marmoréen, son corps gracile avançant avec souplesse, son sourire éclipsant toute présence dans cette pièce. J'ai vraiment le sentiment de ne voir que ça, son sourire.

« - Tom ! Que fais-tu là ? »

Je reste figé, marqué par sa voix chantante et son air guilleret. Je ne comprends pas pourquoi tout à coup ma gorge se serre. Je ne sais pas pourquoi mon estomac me brûle, ni pourquoi j'ai envie de vomir. Mais j'ai l'étrange sensation que je ferais mieux de partir. L'étrange sentiment que les choix de mon double ne sont pas plus réfléchis que les miens. L'étrange impression que ma place n'a jamais été ici. Et ne le sera jamais.
Trois jours. Trois interminables jours que je ne l'ai pas vu. Depuis ce soir-là...
Et curieusement, son sourire est l'image que j'ai le plus de mal à accepter, l'image qui m'est la plus blessante. Mon obsession se fige sur ce putain de sourire, horreur incommensurable au milieu de ce cadre idyllique et heureux.
Je me sens mal.

Il n'attend pas ma réponse, ne remarque pas ma peau blafarde, mon air livide. Il passe naturellement son bras autour de mes épaules, dans une sorte d'accolade, et dépose un furtif baiser sur mon front. Sa gaieté contraste durement avec mon attitude anémique et mes fringues froissées. À côté de sa vénusté, je me sens déplacé, incompatible.
La réalité semblait plus belle vue de ma chambre...
Je ne m'éternise pas sur ces constations, même si un goût amer reste dans ma bouche. Car déjà il saisit ma main, comme à son habitude, et me traîne vers son bureau.

« - Viens. »

J'ai juste le temps de voir un léger sourire d'attendrissement apparaître sur le visage de la secrétaire, réflexe idiot pour saluer la beauté d'une telle scène : l'amour entre un père et son fils.
Aussitôt, je me sens englouti par l'immense couloir blanc, trop lumineux à mon goût. Pourquoi tant d'éclat quand ma vie est si sombre ?
La porte claque, nous emprisonnant, et ses mots retentissent.

« - Assieds-toi. »

Tout à coup, toute trace de bonheur disparaît de son visage. Comme un masque qu'il aurait ôté. L'horreur semble agir comme une vague qui balaierait tout sur son passage, déplaçant chaque bout de bois, retournant chaque caillou, dérangeant chaque grain de sable. Le moindre trait de son visage semble s'être crispé. Et son sourire s'est évanoui aussi vite qu'il était apparu.
La gaieté s'est envolée, laissant place à la réalité.

Et son ton dur me file des frissons. Tout comme son regard désarmant, étrange mélange de crainte et de désarroi. La splendeur de son arrivée me paraît subitement fade, effacée et détruite. Son gloss ne met plus autant ses lèvres en valeur, son fond de teint ne dissimule plus la fatigue accumulée, le noir de ses yeux noie ses iris chocolat. Il a laissé l'homme heureux et chaleureux dehors, dans ce foutu couloir trop clair. Il ne me semble plus un astre coruscant. Juste un pauvre homme, tout comme moi. Mais un pauvre homme qui, en fermant cette porte, a laissé place à un être froid et intimidant que je ne connaissais pas jusqu'alors.

« - Que fais-tu ici Tom ? »

Je ne réponds pas, n'y parviens pas. Je reste stoïque, figé devant cet individu qui ne peut être mon père. Il paraît si impressionnant derrière son imposant bureau. Autour de Lui, tous les signes du pouvoir et de la réussite sont fièrement exposés. Et je me sens écrasé, incapable, inapprécié.
Je ne comprends pas pourquoi il se comporte ainsi. Je voulais juste le voir...
Je détaille son visage et frissonne à la vue de son front plissé. Je regarde ses mains et panique en les voyant crispées. J'admire sa bouche et suis déstabilisé de voir ses lèvres pincées.
Il semble contrarié.
J'ai envie de me casser.

M'éloigner quand mon seul désir en venant ici était d'être près de Lui. Disparaître de cette pièce quand mon corps le vit, le ressent, le détient. M'effacer sous ce regard inquisiteur, évanoui dans un nuage de fumée.
Mais je suis bel et bien assis face à ce personnage, pale copie dérisoire de celui que je vénère. Dos à une porte close. Face à des fenêtres qui se dressent fièrement au quatrième étage d'un immeuble implanté sur un boulevard. Cerné à droite et à gauche par d'épais murs. Pris au piège.
Je me sens coincé, obligé de l'affronter. Et j'ai peur.
Tellement peur.

Je détourne le regard de ses yeux froids auxquels je m'étais raccroché peu avant. Je cherche un point de fuite, applique la politique de l'autruche : je ne te vois plus donc tu ne me vois plus.
Grotesque évasion.
De plus, il dégage une telle attractivité, sorte de champ magnétique duquel je suis bien trop près, que mes yeux se reposent sur Lui.

« - Réponds-moi. »

Il lâche sa phrase d'un air détaché mais chacun de ses mots pèse le poids de sa colère. Et ses pupilles noires ne cessent de me vriller. Désagréable sensation d'être transpercé, planté par la lame d'un couteau affutée.
Sans que je n'y puise quoi que ce soit, mes yeux s'embuent.
Et tout aussi rapidement, son visage se décompose.

« - Merde, Tom... »

Sa chaise racle le sol dans un bruit assourdissant, sorte de coup de canon résonnant dans cette pièce sans vie, et en moins de deux secondes, il est à mes côtés. Ses bras m'enserrent déjà et je me retrouve collé à son torse, son odeur embrumant mon air à la douce fragrance morbide.
Je ne peux retenir mes sanglots et mon corps se met à tressauter au rythme des larmes dévalant mon visage.
Pleurs de soulagement ou pleurs d'abandon, peu importe. Il est là.

« - Je ne voulais pas te faire du mal... »

« - Alors pourquoi tu me fuis ?! Hein, papa, pourquoi ?! »

Ma voix part dans les aigus vers la fin de la phrase, mon ton étrangement accentué sur le mot "papa". Je frôle l'hystérie, explose sous la douleur contenue et la rage engendrée. Et Lui se retrouve ridiculement impuissant face à une telle démonstration de ma faiblesse, du mal qui me ronge et me dépérit lentement.
Il me serre plus fermement contre Lui, dans une vaine tentative pour me calmer. Et moi, je m'agrippe toujours plus fort, cramponnant son tee-shirt de mes doigts osseux et calleux.
Je ne parviens plus à penser, je ne réussis plus à comprendre. Je ne perçois que l'eau salée brûlant ma gorge et la morve coulant de mon nez.
Je suis juste désemparé, égaré.

« - En t'embrassant, j'ai fait une erreur Tom. Une regrettable erreur. Pardonne-moi... »

Ses mots doivent m'apaiser.
Je suis abattu.
Une exécution dans les règles de l'art, lente et douloureuse.
Sa voix tremble, signe qu'il est sur le point de pleurer, mais seul le vide qui m'habite m'obsède, sorte de halot m'enveloppant loin de cette cruelle méprise. Pourquoi un tel silence assourdissant en moi ? Où sont les battements de mon c½ur ?
Moment d'apaisement pour Lui, géhenne pour moi, martyr de notre misérable siècle. Je ne pensais pas possible de me détruire plus encore. L'être humain restera à jamais une entité déconcertante et un éternel stupéfait.
J'intensifie notre étreinte tandis que je suffoque, étouffant mes lamentables tentatives pour respirer contre son corps, privant mon cerveau de l'indispensable oxygène. Car le problème est ma faculté de penser. Bien crédule celui qui croit que le c½ur aime. Seul le cerveau a cette capacité.
Détruire mes neurones effacerait ma douleur.
Tout cela ne dure que quelques secondes. Quelques secondes durant lesquelles mon existence est remise en question. Quelques secondes durant lesquelles le désarroi côtoie l'incompréhension, la douleur comble la peur. Que quelques secondes car peu après, ma tête se tourne et ma bouche s'ouvre en grand, cherchant désespérément le précieux oxygène. Échec de ma pitoyable tentative de suicide au creux de ses bras.
Le son revient, son c½ur bat si vite. Et le froid me saisit quand il tente de m'éloigner, me repoussant doucement tandis que son corps tremble contre le mien.

« - Pars pas papa ! Je t'en supplie, pars pas !... »

Un son rauque s'échappe de ma bouche, sorte de gémissement, et il repose ses bras dans mon dos, son nez enfui dans les dreads sur le sommet de mon crâne. Et moi, je pleure toujours, désorienté face à ses excuses meurtrières.
Tout à l'heure, dans ma chambre, ce double, ce reflet, cet autre moi-même semblait si sûr de lui. Je l'ai tellement cru quand il a dit que je devais aller retrouver mon père. Et maintenant, j'ai l'amer sentiment qu'il s'est trompé. Qu'il ne m'a montré que ce que je voulais voir. Qu'il a insufflé en moi l'espoir que je désirais tant.
Sans penser que face à la réalité, je chuterais.
Sans songer que je n'étais pas assez fort pour surmonter l'infamie que je devrais affronter.
En moi, tout se bouscule. Et je ne parviens à définir si je dois suivre mon espoir ou écouter mes craintes. Si je dois me délecter de sa chaleur ou m'éloigner de la brûlure qu'il m'inflige.
Tout me semble si confus. Les derniers mois de ma vie se mélangent dans ma tête, ils n'ont plus aucun sens, plus aucune signification.
Une seule pensée semble avoir encore une logique pour moi. Une chose qui jamais ne changera, malgré le temps et malgré les erreurs.

« - Je t'aime à en crever... »

Juste un souffle qui m'échappe alors que son c½ur cesse subitement de battre. Quelques mots qui volent dans l'air quand sa respiration se bloque. Une part de moi-même dévoilée alors que seuls ses sanglots retentissent dans la pièce.
Oui, je pleure toujours. Mais en silence. Simplement plus la force de crier. Épuisé et incapable de continuer le combat. J'ai le sentiment d'être un pantin désarticulé, un vulgaire jouet de papier. Et la brume envahit toujours plus mon esprit alors que sa prise se fait plus légère, moins certaine. Alors que doucement il s'éloigne de moi, sans que je ne m'en rende réellement compte.

« - Moi aussi je t'aime mon fils. Moi aussi... »

Une poupée n'aurait pas un ton aussi monotone. Un robot aurait surement plus de vie que Lui à cet instant même. Mais est-ce tellement important ?
Après tout, si j'ai envie de croire que c'est vrai, à moi seul appartient cette décision. Si j'ai envie de sombrer dans la folie, de la laisser me bouffer et m'anéantir, ce choix n'incombe qu'à moi seul.
Et parce que cette réalité et, à mon sens, bien trop abstraite pour être concrète, parce que sa voix avait surement des tonalités plus chaleureuse, je souris.
Et c'est comme si ma réflexion était annihilée, mon bon sens devenait déficient.
Après tout, j'ai tant de fois inventée cette scène lorsque j'étais seul le soir. Un désir si fort, si poignant que maintenant qu'il se réalise, ma raison refuse d'admettre l'évidence. Une certitude si inébranlable qu'elle s'écroule dans sa propre réalisation.
Il m'aime...
Je ferme les yeux et savoure la douce mélodie de son c½ur battant la chamade. Je me berce de sa respiration rapide et irrégulière. Je laisse mes mains caresser ses flancs, glisser sur le bas de son dos. Je sens l'envie monter en moi, l'envie de Lui, l'envie de plus.

« - Tom... »

Un murmure qui me fait frissonner. Un peu inquiet, mais excitant pour moi. J'en suis de plus en plus persuadé : il faut rêver la réalité pour la voir se réaliser. Je rêve ses lèvres et désire avidement leur caresse. Rien ne peut plus s'interposer. Il ne peut plus fuir, plus esquiver.
Ne lui reste qu'à me posséder.
Mes paupières se soulèvent doucement tandis que ma tête se lève dans sa direction. Il est toujours debout, ses bras m'enserrant légèrement. Et je suis toujours assis, mes mains caressant désormais son torse, remontant vers ses épaules dans un même mouvement.
Je cherche ses yeux, ils fuient. Mes doigts frôlent son cou, il frissonne. Ma main enserre le col de son tee-shirt et il se laisse tirer en avant, bien trop surpris pour réagir.
Sa bouche est si près de la mienne que je sens son souffle chaud contre ma peau fragile.
Peut-être est-ce à ce moment que j'aurais dû voir la panique dans ses yeux, entendre le tremblement de sa voix...

« - Tom, arrête... »

« - Non, laisse-moi t'embrasser... »

Cette pensée a subitement surgi. Et elle semble bien plus cohérente à mon esprit dérangé que cette situation que je refuse de comprendre.
D'abord indécis, il ne réagit pas. Mes yeux glissent sur ses lèvres rosées et un frémissement m'envahit. Seulement quelques millimètres à parcourir et notre promesse sera scellée. Dans ce bureau somptueux mais impersonnel, dans ce décor que je hais, je vais l'embrasser.
Mais au moment où j'atteins mon but, au moment où, subrepticement, nos deux bouches se rapprochent, il s'éloigne vivement, me repoussant dans un même mouvement. Je me retrouve plaqué contre le siège alors qu'il recule de plusieurs pas, manquant de se prendre les pieds dans la précipitation. Il se retrouve alors accolé au mur et cherche, de ses grandes mains si douces et habiles, un appui. Seulement, il ne trouve qu'une surface froide et lisse, un amas de bêton.
J'ai tout à coup l'intuition que quelque chose ne va pas. J'ai l'horrible sensation que rien ne se déroule comme je le voudrais. Et quand nos regards se croisent et que j'y lis l'affolement, tout s'effondre. J'ai soudain l'impression d'être suspendu dans le vide. Cette impression est si forte que je parviens à me persuader de ne pas regarder le sol, sûr de n'y voir qu'un sombre abime. Je perds tout repère, toute rationalité. Ou tout du moins, j'accepte enfin d'observer l'évidence. Ma vue se voile, mais ce ne sont pas les larmes. Juste mes pensées qui, à nouveau, s'embrouillent.
Et l'incrédulité de cette situation.

« - Mais t'as dit que tu m'aimais ! »

« - Tom, tu... oh mon Dieu, non... non... »

Il secoue la tête pour se persuader lui-même que c'est improbable. Ses yeux quittent mon visage et se posent sur le parquet brillant, comme si la réponse y était inscrite.
Et moi, je ne sais plus quoi faire. Doucement, les larmes glissent sur ma peau, se perdant sur mes lèvres ou dans mon cou. Leur goût salé me semble amer. Elles laissent une brûlure sur mon épiderme désormais rougi.
Et à travers mon malheur, je remarque à quel point il est beau et grand à côté de moi. À quel point mon obsession est saugrenue. Et surtout à quel point tous mes rêves sont impossibles. Loin de ses bras, toutes mes visions idylliques s'évanouissent comme la douce brume du matin devant les premiers rayons du soleil.
Oui, il est tellement meilleur que moi.
Il passe ses mains sur son visage et je m'aperçois qu'elles tremblent. Il me fait penser à ces acteurs qui, dans les films, miment la peur face à une révélation déconcertante.
Mais je ne sais pas pour quelle raison il est effrayé.
Moi, je suis juste perdu. Et je ne cesse de pleurer, abandonné par cet être que j'adule.

« - Papa... »

Je l'interpelle dans un souffle et enfin, il me regarde à nouveau. Ses yeux, profondément ancrés d'une expression vide, me jaugent. Et je frissonne d'effroi face au néant qui semble prendre possession de Lui. Je ne voulais pas en arriver là. Je ne voulais ni pleurer, ni le rendre fou.
Je voulais juste être heureux, près de Lui.
Enfin, il daigne se redresser et s'éloigne, par la même occasion, du mur. Puis, fébrilement, il s'avance vers moi. Sa marche est hésitante, difficile. Comme s'il ne parvenait plus à rester en équilibre sur ses deux pieds. Comme si ses jambes étaient du coton, prêtes à se plier pour le laisser chuter. Mais il persévère. Il s'oblige à continuer malgré les difficultés. Il se fait violence pour se rapprocher de moi. Et y parvient enfin. Oui, il est enfin mes côtés.
Et je lève vers Lui un regard empli d'espoir, cerné d'amertume.
Mon bras se tend et ma main se dépose sur sa hanche. Je ne peux alors m'empêcher de détailler son corps fin, aux formes évidentes sous son jean et sa chemise blanche.
Charismatique et sexy.

« - Ne me laisse pas ou je te tue... »

Je souffle plus cette phrase pour moi-même que pour Lui. Comme une pensée qui s'échappe de mes lèvres tandis que ma main se balade sur son ventre. Il se raidit puis s'éloigne à nouveau, un frisson d'effroi parcourant sa peau. Sans cette obsession continuelle que j'ai pour Lui, j'aurais sûrement remarqué à quel point je lui faisais peur à ce moment même. Mais je n'ai pu qu'être exaspéré par sa prise de distance. Détruit par cet amour imparfait.
Je saisis alors vivement son poignet, insiste silencieusement pour qu'il reste.

« - Bill, serre-moi contre toi. »

Et sans ajouter un mot, il me prend dans ses bras. Il me berce tendrement tandis que je me délecte de sa douce odeur épicée ainsi que de sa chaleur. Il pose tendrement son menton sur le sommet de mon crâne et caresse mon dos dans un geste répétitif et rassurant. Il me protège dans son étreinte, m'enveloppe de son amour.
Et je sais désormais que rien ne nous séparera.
J'ai mal mais je saurais surpasser cette douleur. Et un jour il me fera l'amour, comme il le fait si bien dans mes plus beaux rêves. Oui, un jour il me possédera.
Ou ma menace deviendra une promesse.

« - On va s'en sortir Tom. On va s'en sortir... »

***

POV externe


D'abord un trait. Puis un deuxième. Peu à peu, un visage prend forme sous la mine du fusain. Le geste est précis, mainte fois répété.
Concentré, le jeune homme relève rarement la tête pour regarder le modèle. Les yeux fermés, il saurait reproduire son visage. Ses traits fins, son nez aquilin, ses pommettes saillantes, son grain de beauté, ses yeux rieurs. Tout cela, il les connaît par c½ur à force de l'observer, de l'admirer.
Cependant, la lumière de cette pièce est idéale. Tout ce blanc révèle à ses yeux scrutateurs le moindre détail.
Oui, une clarté idéale.
Son portrait en sera sublimé.

« - Tu dessines quoi Tom ? »

Il ne prend pas la peine de répondre. Car chaque fois la réponse est la même. Mais celui face à lui redemande, encore et encore. Il insiste...
Il continue son dessin, y mettant tout son talent. Depuis tout petit, on ne cesse de lui répéter qu'il est doué en art. Tout comme il est doué pour jouer de la guitare. Cela vient surement de l'habilité de ses doigts. Ou d'un quelconque talent.
Dans un léger frôlement, il reproduit le jeu d'ombre sur la figure angélique de cet être qu'il idolâtre. Demain, il restituera les formes de son corps gracile sur le papier rêche.
Ou peut-être ce soir, lorsqu'ils seront seuls dans sa chambre.

« - Tom, peux-tu me dire ce que tu dessines ? »

« - Chut, vous allez le faire fuir avec vos questions idiotes. »

Il ne veut pas que son modèle parte. Il veut juste pouvoir le détailler encore et encore. Le plus de temps possible. Et parachever son ½uvre.
Il ne peut déjà plus le toucher, ni Lui parler...
Des fois, il parvient encore à sentir son odeur, à entendre sa voix au timbre rassurant. Mais il sait que seule sa mémoire peut lui offrir ces courts moments de bonheur. La vie, elle, lui a tout pris. Et ne lui rendra rien.
Il a souvent songé à se laisser mourir. Mais il ne croit pas à l'au-delà. Il ne rejoindra pas celui qu'il aime. Alors autant rester et savourer ces illusions au goût amères mais apaisantes l'espace de quelques heures. S'il meurt, il ne le verra plus jamais sourire...
Et puis, son courage n'est pas sans faille. Le crayon est bien plus doux à ses yeux que le couteau.

« - Faire fuir qui Tom ? »

Il termine de tracer ses longs cheveux ébène et arrange l'éclat de ses pupilles. Le regard est le plus important. Et le travail le plus délicat. Il est l'âme du portrait et c'est lui seul qui donne vie à cette représentation virtuelle.
Oui, il doit réussir à faire briller les yeux de cet être qu'il a adoré.
Qu'il adore.

« - Je sais qu'il n'est qu'une hallucination Docteur, le produit de mon cerveau dérangé. Mais il ne me reste que ça... »

Il pose son fusain et fixe son regard à celui de son interlocuteur. Ce dernier semble jeune, quelque peu décalé dans sa longue blouse blanche. Finalement, peut-être n'est-il qu'un infirmier... Ce dernier affiche un visage rassurant et un sourire doux. Jamais de geste brusque ou déplacé. Jamais de violence ou d'imprévisibilité.
Mais bien trop de rationalité.

« - J'ai aimé cet homme. Aimé comme je n'aurais jamais pensé le faire. Et je l'aime toujours. Il est déjà mort une fois... Ne le tuez pas une seconde fois... »

L'homme acquiesce, déstabilisé face à ces mots lourds de regret. Il a l'habitude, pourtant il ne peut s'empêcher de détourner la tête face aux yeux emplis de larmes de son jeune patient. On ne lui a pas appris ça en Faculté de Médecine. On ne lui a pas appris comment soigner la peine, ni les remords.
Il était à peine plus âgé que ce gosse lorsqu'il a passé son brevet...

De l'autre côté de la vitre sans teint se tiennent deux personnes. Les mêmes larmes que Tom emplissent les yeux de l'une d'elles. Et cet individu baisse la tête, blessé et honteusement soucieux de cacher sa faiblesse. Ses longs cheveux noirs dissimulent son visage au médecin qui se tient à ses côtés.

« - Depuis son internement, il ne cesse répéter que vous êtes mort. Nous ne sommes pas encore parvenus à diagnostiquer le mécanisme qui fait que... »

Mais le brun ne l'écoute déjà plus. Il pose sa main tremblante contre la vitre glacée, cherchant vainement à toucher son fils qui semble si fragile au milieu de tout ce blanc. Il aimerait pouvoir le prendre dans ses bras comme il le faisait si souvent auparavant.
Peut-être pas assez finalement...
Le c½ur au bord des lèvres, il tente de souffler ces quelques mots hésitants.

« - C'est moi qui devrait être à ta place Tom... Mon fils... »

Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa beauté passée est aujourd'hui fanée, remplacée par un masque de douleur.
Finalement, ils ne s'en sortiront pas.
Ils périront tous deux, mais séparés.
Et les larmes ne cesseront plus jamais de couler.



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Le mot de Choup' : "Je voulais tout d'abord remercier Lizzie qui a offert cette magnifique proposition. Lorsque je l'ai lu, j'ai de suite eu un coup de c½ur : je devais écrire cet OS !
J'espère juste qu'elle ne m'en voudra pas de m'être permise une petite liberté... Elle suggérait un POV externe, j'ai préféré un interne pour le ressenti du personnage principal.
Autrement, il m'a été difficile de le mener à bien, je dois l'avouer. Le sujet est épineux et les sentiments des personnages très durs. Tom doit progressivement sombrer dans la folie et écrire cela en quelques pages est incommodant. Mais j'ai également beaucoup apprécié donner une dimension sombre à mon personnage, décrire ses angoisses et plonger dans sa démence.
Et j'espère que vous avez eu autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire.
Merci à tous".

Banane ~ Ecrit par Ely 26/08/2012


 
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William était dans sa chambre, le nez dans un bouquin. Ses yeux courraient sur la feuille et pourtant il semblait ne rien retenir de ce qu'il lisait. Parfois il remontait un peu, et relisait deux ou trois lignes pour essayer de comprendre mais rien à faire, il était ailleurs. Il détestait être comme ça, penser à autre chose tellement fort qu'il ne pouvait même plus lire. Pourtant il adorait ça.

Mais il adorait encore plus penser à lui. Parfois, il se couchait et alors il s'imaginait une autre vie, des situations dans lesquelles ils se seraient rencontrés et où ils auraient pu être ensemble. Mais depuis quelques temps il s'était rendu compte que cette autre vie empiétait totalement sur sa vraie vie. Il passait son temps au lit, ou les yeux fermés pour penser et ça n'allait pas du tout.

Ses notes baissaient, il n'avait plus vraiment envie de rien et pire encore. Aussi bien était-il d'être avec lui dans ses pensées, il se rendait compte que la réalité lui brisait le c½ur. Bill ne l'aimerait jamais comme il l'aimait dans ses rêves. Et ça faisait mal.

Bill était son demi-frère depuis trois ans. Il avait dix-sept ans maintenant, il était de quatre ans son aîné. Physiquement ils se ressemblaient. William avait juste les cheveux plus courts, coiffés n'importe comment, légèrement ondulés, un début de mèche tombait devant son oeil gauche, il était plus petit aussi. Mais leurs vêtements étaient les mêmes, le maquillage aussi. William prenait toujours modèle sur Bill.

Pas que ce qu'il fasse soit toujours très remarquable, mais Bill créait juste chez les autres, une sorte de fascination. Quand il marchait dans la rue, tout le monde le regardait, quand il parlait on l'écoutait, c'était un excellent orateur, tout semblait lui réussir.

Mais depuis quelques jours, William se demandait si cet amour qu'il lui portait n'était pas plutôt cette même attirance que tout le monde avait pour son demi-frère. Il se posait cette question depuis que Tom, le meilleur ami de Bill, était venu à la maison la semaine passée. Il s'était reconnu dans ses réactions face à Bill. Et il savait que Tom ne l'aimait pas.

Tom n'aimait pas Bill parce qu'il savait que ça gâcherait leur amitié et de plus il ne voulait pas s'engager dans quelque chose de ce genre.

William rigola doucement, ce Tom était un vrai trouillard. Cependant il dû admettre que, quelque part, il avait été plus malin que tous les autres. Il était le seul à avoir ce que tout le monde voulait. Bill. William savait que, de temps en temps, ils avaient du sexe ensemble. Le genre de sexe bruyant et fatiguant qu'on ne fait pas lorsqu'on s'aime. L'amour ça gène.

Et William n'était pas vraiment gêné en imaginant ça. Il aimait même se toucher en y pensant. Parfois même dans la chambre de Bill, dans son lit, quand il n'était pas là. La première fois qu'il l'avait fait, il s'était trouvé vraiment bizarre mais ça avait été bon et il avait recommencé. Espérant même parfois que Bill entre à ce moment là.

Il savait pourtant que Bill ne se doutait de rien, et il le détestait pour ça. Il le détestait de penser qu'il n'était qu'un gamin de treize ans. Et en même temps il aimait en abuser un peu de ça. Faire le petit frère pour que Bill s'occupe de lui, il le trouvait tellement crédule dans ces moments là. Bill était trop gentil. Peut-être un peu trop con aussi.

Il soupira, passa la paume de sa main sous son nez et posa son livre par terre. Personne n'était à la maison. Il pouvait faire ce qu'il voulait. Rien qu'en y pensant il sentit son bas ventre palpiter et ses oreilles devenir chaudes. Il retira son t-shirt et ses chaussures et sortit de sa chambre.

Juste en face, celle de Bill. La porte était ouverte, comme une invitation. Il entra, l'odeur de Bill le faisant frissonner. Il regarda autour de lui, découvrant cette pièce comme pour la première fois. Les volets étaient tirés mais un petit rayon de lumière passait par-dessous. Bill ne les fermait jamais en entier.

William se déshabilla entièrement, il aimait être nu dans la chambre de Bill, puis il s'allongea dans son lit, tirant le drap défait sur lui. Il soupira quand le tissu le frôla. Ses jambes s'écartèrent doucement alors que le bout de ses doigts survolait son ventre pour ensuite glisser vers l'intérieur de ses cuisses. Il couina quand son avant bras frôla son érection.

Penser à Bill lui faisait vraiment beaucoup de bien. Il l'imaginait nu aussi, ses mains à la place des siennes.

Il attrapa sa verge déjà toute humide et tira un peu dessus, faisant se plier ses orteils, il adorait ça. Il rétracta doucement sa peau, découvrant le bout de son érection et appuya sa paume contre avant de descendre sur tout le long.

Mais ce n'était pas assez. Il se redressa et ouvrit le tiroir, en sortant un drôle d'objet et un petit sachet, Bill ne les comptait jamais, il le savait. Il retira le drap, regardant un instant son sexe dur puis regarda ce qu'il tenait dans la main en sentant de petites fourmis courir dans ses jambes.

C'était un jouet sexuel caché dans un étui en forme de banane. Les amis de Bill lui avaient offert ça à ses seize ans. William trouvait ça ridicule, cependant il savait que Bill s'en servait, il l'avait vu plusieurs fois, et ça lui plaisait. Avec ça, il pouvait vraiment penser que Bill était avec lui.
 
***
 
Le lendemain, la fin des cours sonna. William se leva et commença à ranger ses dessins dans son carton quand le professeur s'avança avec sa planche de l'avant-veille. Il voulu se presser mais le vieil homme ferma la porte devant lui.

« William. » Dit-il. « Ce dessin est très bon, cependant j'aimerais en discuter avec toi. »

William passa une main dans ses cheveux bouclés et fit la moue.

« Mon frère m'attend. »
« Ça ne prendra que quelques minutes. Assieds-toi. »
« Si ça ne prend que quelques minutes je peux rester debout. » Sourit-il.

Le professeur ne répondit rien. William savait très bien jouer de son visage attendrissant. Il avait l'air innocent mais à l'intérieur c'était différent.

« Je vais être obligé de le montrer à ton psychologue. »

Son coeur fit un bond douloureux. Si ce vieil imbécile montrait ce dessin à son psychologue Bill serait au courant. 
 
Il força ses yeux à se remplir de larmes et sa lèvre inférieure trembla.

« Non. » Geignit-il. « S'il vous plaît, je n'ai fait que répondre au sujet. »
« J'ai demandé l'image du bonheur et tu me dessines ton frère nu et ensanglanté. » Couina le professeur, gêné.

Bon. C'était vrai. Il n'avait pas vraiment répondu au sujet. Mais la nuit précédente il avait fait un rêve. Un rêve de Bill comme le plus souvent. Ils s'étaient retrouvés tous les deux dans la chambre, et Bill était nu. William avait alors dessiné sur sa peau avec un tout petit cutter. Et puis Bill n'avait plus bougé. Il était froid alors William s'était allongé sur lui pour le réchauffer. Il s'était aussi déshabillé et Bill ne disait pas non. Bill se laissa même faire quand il se fondit en lui.

« William ? »

Il frissonna, se sentant devenir tout chaud. Il renifla en levant les yeux vers son professeur et lui prit le dessin des mains.

« Je... Je ne recommencerai pas. S'il vous plaît ne le dites pas. »Couina-t-il.
« Très bien. Allez, file. »

William chuchota un « merci » et sortit de la salle. Il essuya directement ses larmes et grogna une insulte. Il serra doucement le dessin contre son torse et le rangea dans sa pochette avant de descendre en courant, Bill devait l'attendre.
 
***
 
« Will, à table. » Sourit Bill en passant la tête dans l'encadrement de la porte.
« J'arrive. »

Bill l'attendit et ils descendirent ensemble dans la cuisine. Leurs parents étaient déjà attablés, ils s'assirent donc l'un en face de l'autre. William aimait bien être à cette place et regarder Bill manger, analyser le moindre de ses gestes. Parfois, Bill le trouvait en train de l'observer et alors leurs yeux restaient accrochés ensemble de longues secondes, ce qui le faisait toujours douter.

Dans ces moments là il se sentait rougir et devenir complètement cotonneux. Il devait sûrement rester en lui quelque désir d'amour. Mais il ne voulait pas aimer Bill parce que Bill ne l'aimait pas. Etre amoureux de lui serait comme une faiblesse, Bill pourrait jouer avec lui comme il le voudrait.

Et ce soir là, William se rendit compte que, de toute façon, Bill jouait quand même avec lui, sans le vouloir. Le moindre fait et geste de sa part, la moindre parole retenait toute son attention. Et il eut presque envie de vomir quand Bill sourit en disant :

« C'est pas que j'en ai marre d'être ici mais il me tarde de déménager. »
« C'est vrai que c'est bientôt. »Soupira gentiment sa mère.
« Et ouiii », chantonna Bill, « dans trois jours j'habite avec Tom ».

William laissa cogner sa fourchette contre son assiette et tous les regards se tournèrent vers lui. Il ne capta que celui de Bill. Il fronça les sourcils, il voulait que Bill sache qu'il le détestait. Il le détestait de vouloir partir, d'être bien ailleurs que chez eux et avec d'autres personnes qu'eux, d'autres personnes que lui.

William était un enfant solitaire, toujours dans ses bouquins, il aimait apprendre, comprendre et analyser les gens, le monde qui l'entoure. Il trouvait les autres trop stupides, trop préoccupés par des choses inutiles. Il préférait lire et penser à Bill.

D'ailleurs, Bill était le seul avec qui il s'entendait bien. Il était le seul qui pouvait lui faire entendre raison. Il pouvait et pourrait lui faire faire ce qu'il voulait. Absolument tout. Il pouvait même le rendre amoureux.

William se leva rageusement de sa chaise, se mordant les joues quand son genou cogna douloureusement la table, et monta les escaliers. Il claqua sa porte et laissa éclater le premier sanglot. Il avait beau se mordre, éviter de respirer il sanglotait quand même. Ces maudits bruits ne voulaient pas s'arrêter. Il pleurait comme un enfant. Lui qui, depuis quelques jours essayait de se persuader que Bill n'était qu'une simple attirance, venait de se prendre ses sentiments en pleine figure.
 
***
 
Plus tard, dans la nuit, il entendit Bill venir dans sa chambre. Il ferma les yeux et fit semblant de dormir. Il le sentit s'asseoir tout près de lui, il reconnut l'odeur de son gel douche. Bill sortait de la salle de bain, il devait être seulement en caleçon. Et William savait. Bill aimait se toucher sous la douche. Il remua un peu, se tournant sur le ventre pour frotter discrètement son bas ventre contre le drap alors que Bill passait sa main dans ses cheveux.

Mais lorsque Bill se leva pour retourner dans sa chambre William attendit quelques secondes et se leva à son tour pour le suivre. Il attendit dans le couloir qu'il se couche. Il se mordit les lèvres pour ne pas rigoler, il était impatient et excité, ce soir c'était le bon soir.

Après quelques minutes intenables il poussa la porte et entra doucement. Il avança jusqu'au lit, en silence, et resta debout juste devant le visage de Bill. Il l'observa un moment et quand Bill sentit sa présence il ouvrit les yeux en sursautant doucement.

« Tu m'as fait peur. » Chuchota-t-il. « Qu'est-c'qui se passe ? »
« J'voudrais dormir avec toi. S'il te plaît. »

Bill sembla réfléchir et William trembla doucement pour le persuader.

« Ok, viens. »

Il grimpa sur le grand lit, enjamba Bill, se frottant un peu à lui, et passa sous les couvertures, juste à côté. Bill se tourna vers lui, reposant sa tête sur son bras plié.

« Tu étais fâché après le dîner. » Chuchota Bill.
« Tu n'peux pas habiter avec Tom. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il est stupide. » Avoua William.

Ce soir, il dirait toute la vérité à Bill.

« Il en a l'air, mais il ne l'est pas. » Sourit Bill.
« Il couche avec toi mais il ne t'aime pas. C'est un connard.  »
« Je ne l'aime pas non plus. Alors je suis un connard ? »
« Ca dépend. »
« Comment ça ? » Demanda Bill en souriant.
« Tu pourrais l'être, seulement tu ne l'es pas. »
« Sois gentil ce soir. »

William leva les yeux vers Bill et acquiesça.

« Pourtant je voudrais être méchant. Tu ne m'aimes pas.  »
« Bien sûr je t'aime. »

Bill se pencha doucement vers lui et l'embrassa aux coins des lèvres.
 
***
 
Le lendemain matin William se réveilla doucement. Il se sentait bien et chaud. Il ne sut pas vraiment pourquoi il était dans sa chambre et pas dans celle de Bill. Ils avaient pourtant passé une très bonne nuit. Bill s'était laissé faire. Il sourit en se frottant le visage et se leva. Il descendit et trouva son père, l'air fatigué, dans la cuisine.

« Où est Bill ? » Demanda-t-il en souriant.

Son père se tourna vers lui, lâchant sa cuillère dans sa tasse. Il se leva et attrapa un tube bleu dans un placard. Il le déboucha et en sortit une pilule qu'il tendit à William.

« Avale. » Lui indiqua-t-il en versant un peu de jus d'orange dans son verre.

William but doucement, sentant le cachet glisser dans sa gorge et il sourit, voyant Bill arriver pour s'asseoir en face de lui.

« Bonjour Bill. » Chuchota-t-il.

Jörg regarda son fils et se fit la remarque que les cachets ne faisaient plus vraiment effet. Son fils semblait vraiment... Fou. Avant il s'en voulait de le penser mais depuis le drame, il ne culpabilisait même plus.

Il regarda William sourire et parler dans le vide. Depuis cette soirée de décembre où Bill avait été retrouvé mutilé et décédé, William étendu à ses côtés, le petit garçon n'avait plus jamais été le même. Il était malade depuis bien longtemps mais ce soir là quelque chose s'était passé et son état avait empiré. Le psychologue avait mainte fois prévenu qu'il fallait faire interner le jeune garçon dont la psychose visait toujours Bill. Bill qui avait toujours refusé que William soit placé en institut. Mais le soir, quand William était entré dans sa chambre, il avait comprit que même sa confiance ne l'aiderait pas. Mais c'était beaucoup trop tard.

Depuis ce jour-là William semblait vivre avec le fantôme de Bill et Jörg avec celui de son fils. Il ne savait plus s'il devait le détester pour ce qu'il avait fait, ou s'il devait tout de même ressentir un peu de pitié. Il décida simplement, avec trop de retard, de téléphoner au médecin pour demander une place dans l'institut le plus éloigné possible.

Je t'aime à en mourir ~ Ecrit par << Fanny >> 26/08/2012

Sur une idée de km-wenn-nichts-mehr-geht :
Bill, en vadrouillant dans la chambre d'hôtel de Tom, trouve une lettre dactylographiée, relativement longue, froissée, dans un endroit incongru.
Elle relate des sentiments perturbés, contradictoires, mais des sentiments.
Elle est anonyme.
Et Bill hésite à poser des questions à ce Tom qu'il voit changer peu à peu...



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TWINCEST
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Le tonnerre gronde encore une fois. Décidément je n'arriverai pas à dormir. Je me roule en boule dans ma couverture. J'ai toujours eu peur de l'orage, mais Tom était là quand j'étais plus jeune pour me rassurer. En réalité il a toujours été là.

La chambre de l'hôtel s'éclaircit le temps d'une seconde, et suit un bruit sourd résonnant dehors. Je me lève et sors discrètement de la pièce, traverse le couloir silencieux et toque à la chambre de mon frère. Je remarque alors que la porte est légèrement entrouverte. Il n'a pas dû la claquer comme il faut.

Je rentre à tâtons, ne voulant pas le réveiller. J'ai juste besoin de sa présence pour me calmer. Dès qu'il est à mes côtés je me sens protégé. Je sais que j'ai l'air ridicule comme ça, je suis majeur et j'ai encore la trouille des orages. Tom se moque souvent de moi d'ailleurs à ce sujet là, mais je me défends avec les araignées dont il a la phobie. Mon pied percute un objet lourd.

« AÏE putain saloperie !!! »

Je m'arrête ... oups ...
Je crois que j'ai crié un peu fort ... mais ça fait mal ! Si je ne l'ai pas réveillé avec mon boucan c'est qu'il est mort !
D'ailleurs le silence qui suit me fait frissonner.

« Tom ? »

Pas de réponse. Un éclair illumine la pièce et je remarque que le lit est vide. Je recule, cherche l'interrupteur sur le mur et l'actionne.

« Tom tu es là ? »

J'ouvre sa salle de bain mais toujours aucune trace de mon jumeau. Mon corps se fige quand j'aperçois quelques gouttes de sang séchées sur le sol ... je me baisse, les yeux écarquillés. Respire Bill, ce ne sont que quelques gouttes de rien du tout ... alors pourquoi je pâlis ?

J'aperçois une boule de papier derrière le lavabo. Je la saisis, la défroisse et commence à lire.



« Toi ...

Tu es toute ma vie, si tu pars je pars, si tu meurs je meurs ...
Si tu savais combien de fois j'ai rêvé que ce soit réciproque ... Oui car si je t'aime, toi, tu m'aimes ? Non, bien sûr que non. Je resterai la personne qui souffrira de ce non-dit.
Tu veux que je t'avoue quelque chose ? Je ne sais même pas pourquoi j'écris cette lettre ... de toute façon tu ne la liras pas...

Si tu savais à quel point je peux t'aimer et te détester. Tu es parfait, tu es mon idéal, la seule et unique personne qui peut me faire souffrir comme me faire sourire avec une phrase, un mot.
Tout ce que tu dis je l'enregistre dans un coin de ma tête, tentant désespérément d'y trouver un signe.
Et si toi aussi tu ressentais la même chose ?

Regarde-moi, je suis pathétique. J'espère des choses impossibles. Je te hais. Tu m'entends ? Je te hais !!
Tu es tout ce que je veux et ce que je déteste. Tu ne me vois donc pas ? Tu n'aperçois pas cette lueur dans mes yeux quand tu me fais des compliments ? Es-tu aveugle ?

Mais regarde-moi pour une fois !! Les larmes coulent toutes seules rien qu'en écrivant cette foutue lettre qui en plus ne sert à rien ! A rien, sauf me faire souffrir.
Mais cette souffrance je l'ai depuis déjà si longtemps en moi que ça ne sert à rien de tenter de la laisser de côté. Elle est ancrée en moi, comme toi tu es ancré dans mon coeur.

Pourquoi a-t-il fallu que ça tombe sur toi ? J'aurais pu avoir des sentiments pour n'importe qui d'autre, ça ne m'aurait pas dérangé, n'importe qui sauf toi ...
Alors pourquoi a-t-il fallu que le sort s'acharne sur moi ?

Des questions sans réponses, je le sais bien. D'ailleurs, toi non plus tu ne les as pas ces réponses.

J'ai mal. Trop mal. Et si j'en finissais avec tout ça ? Comment tu réagirais ?
Tu vas me tuer sans même t'en rendre compte ... ironie du sort.

Tu as inondé ma vie de bonheur jusqu'à me noyer. Je n'arrive plus à respirer. Sauve-moi ...
Comme les paroles de cette chanson ... sauve moi, ça brûle au fond de moi...

Je rigole du malheur que je ressens. Tu as connu pire que moi, toi ? Non. C'est inimaginable. Je suis pire que pathétique, ça en devient même marrant.

Je connais tout de toi ... alors pourquoi ce n'est pas réciproque ? Pourquoi tu ne vois pas la nature de mes sentiments ?

Si un jour on m'avait dit que je tomberais fou de toi, j'aurais bien rigolé. Alors pourquoi à présent je ne vois que Toi sur les plateaux télé ? Pourquoi je ne vois que Toi sur scène ? Pourquoi quand je ferme les yeux c'est Ton image qui apparait ? Réponds-moi ...

Tu me réchauffes le coeur, alors pourquoi j'ai froid ? Pourquoi je tremble ?

J'ai envie de quitter ce monde pour pouvoir enfin être libre. Pourtant j'aimais tellement la vie autrefois. Mais ça c'était avant. Avant de découvrir cette tonne de sentiments qui ne demande qu'une seule chose : ton amour.

Je t'aime, sache-le...

Je t'aime à en mourir. »



Mes mains moites tiennent fermement la lettre, tapée soigneusement à l'ordinateur. Aucun nom, aucune adresse. Rien. Juste un amas de sentiments confus. Je replie la feuille et la glisse dans mon bas de jogging qui me sert de pyjama.

J'ai de la peine pour cette personne qui s'est attachée à mon frère. Personne ne doit mourir pour nous. Je refuse. Les larmes perlent au coin de mes yeux. Pauvre Tomi ... il a dû être blanc en lisant ce message.

Un bruit me fait sursauter et je laisse échapper un petit cri en m'étalant sur le dos.

« Bill ? »

Je soupire de soulagement.

« Tom ! Tu m'as foutu la trouille ! »
« Qu'est ce que tu fais là ? » Demande-t-il d'une voix grave
« Je ... j'avais peur de l'orage et ta porte était entrebâillée ... je suis rentré mais je n'ai vu personne ... »
« Je suis sorti faire un tour, je n'arrivais pas à fermer l'½il. Va dans mon lit j'arrive, le temps que j'enfile des vêtements secs. »
« Je ... oui ... merci. »

Je me relève et me glisse dans ses couvertures. Tom ne sort jamais la nuit seul. J'ai remarqué qu'il agissait de façon bizarre ces derniers temps ... peut être est-ce à cause de cette lettre ?

Il me rejoint et s'allonge à mes côtés.

Je lui murmure un « je t'aime grand frère » auquel il répond un petit « moi aussi ».

Le tonnerre gronde une nouvelle fois mais je n'ai plus peur. Les bras protecteurs de mon frère m'entourent et je rejoins le doux pays de Morphée.

***

J'ouvre un oeil, puis l'autre. Je tombe immédiatement dans les prunelles de mon frère. Je baille et me colle un peu plus à lui.

« Bien dormi ? » Me demande-t-il
« Avec toi toujours. » Je réponds avec un sourire

Ses mains caressent délicatement mon dos. D'habitude on reste une bonne heure ainsi, mais aujourd'hui Tom en a décidé autrement et me dépose un baiser sur le front avant de quitter la chambre. Je déteste quand il fait ça. Ses gestes signifient que quelque chose ne va pas.

Je m'étire et me lève à mon tour. Je passe mes mains dans mes cheveux pour les remettre un minimum en place et remonte mon jogging turquoise. Je ressors le bout de papier de la veille. J'ai oublié de lui parler de cette lettre. Mes souvenirs reviennent. Le sang. Ce Tom distant. Que se passe-t-il ?

Et s'il allait mal ? S'il souffrait ? C'était son sang ? Cette lettre, d'où vient-elle ? D'une fan ? Non. Non, car la personne a l'air de le connaitre. A moins que ce soit une des filles qui nous suivent de partout ?
Peut être est-ce une maquilleuse, une styliste ?
Je me pose des tas de questions. J'aimerais les poser à Tom mais il est tellement éloigné en ce moment ... il a l'air ailleurs ... quelque chose le tracasse et je ne sais pas quoi. Mais je trouverai.

Je rejoins les autres en bas, m'installant à la table. Georg et Gustav donnent leurs avis par rapport à telle ou telle demoiselle pendant que Tom à la tête plongée dans son bol.
Je pose délicatement ma main sur son genou. Il sursaute et me souris tristement.

Quelques minutes plus tard, Tom s'éclipse. J'ai l'impression qu'il m'évite ... je déteste cette sensation.

« Vous ne trouvez pas que Tom a changé ? » Dis-je doucement.
« Tu crois ? » Répond Gustav.
« C'est vrai qu'on ne l'a pas entendu de la matinée ... » Ajoute Georg.
« Depuis quelques jours il paraît un peu absent ... il doit être malade c'est tout, ça va passer. » Continue le blondinet.
« Si tu le dis. » Je murmure, pas convaincu

Je rejoins ma chambre et m'assois sur mon lit. Je saisis encore une fois la lettre.

« Tu ne me vois donc pas ? Tu n'aperçois pas cette lueur dans mes yeux quand tu me fais des compliments ? Es-tu aveugle ? »

Qui es-tu ... celle qui ose faire souffrir mon frère ... ?

« Je t'aime à en mourir. »

Je secoue la tête. Si Tom sait qu'une de ses proches a envie de mettre fin à ses jours pour lui, il doit se sentir mal, coupable ... je suis persuadé que c'est pour ça qu'il a changé ces derniers temps.

Je décide d'aller lui parler. Après tout je suis son jumeau non ? On ne doit pas avoir de secret l'un pour l'autre !

Sa porte est ouverte et je l'entends jurer.

« Tom ? »
« Laisse-moi Bill. » Répond une voix provenant de la salle de bain.
« Ça ne va pas ? »

Je m'approche et le regarde. Il est accroupi dans sa petite salle d'eau. Il cherche quelque chose ... et je sais ce que c'est.

« Si c'est ça que tu veux, c'est moi qui l'ai. » Dis-je en lui montrant le papier que je tiens dans la main

Il écarquille les yeux et tente de le prendre. Je recule et lève le bras pour l'empêcher de réussir.

« Bill rends la moi »
« C'est qui ? »
« Comment ça ? »
« La folle qui t'a écrit ça. »
« Qu'est ce que ça peut te foutre ! Rends-moi cette lettre ! »
« Tom tu as changé ... je le sais, je le vois ! Pourquoi tu me parles pas ? »
« Il n'y a rien à dire Bill ! »
« Ça c'est toi qui le dit ! C'est quoi ce sang par terre ? »

Il baisse le regard vers les quelques gouttes encore présentes.

« Ça ne t'arrive jamais de saigner du nez ? » Demande-t-il.
« Ne te fous pas de moi Tom. »
« Arrête de voir le mal partout ... donne la moi. »
« Tom cette fille est folle ! C'est une groupie qui cherche à te faire peur ok ? Tu ne dois pas prendre ses paroles au sérieux ! D'accord ? »
« Et si la personne qui a écrit ressentait vraiment ça ? Cette envie de mourir pour l'autre ? »
« Tom arrête ... on a déjà eu des tonnes de lettres similaires ! »
« Tu te fous toujours des sentiments des autres ! Tu ne vois que ton nombril ! Mais si tu regardais un peu plus ceux qui t'entourent, tu comprendrais peut-être un peu mieux ! » Hurle-t-il avant de partir énervé.

Qu'est ce que j'ai dit de mal ? N'ai-je pas le droit de le rassurer ? Je veux son bien moi, c'est tout !
Je soupire et vais me préparer. On a une interview dans peu de temps.

***


Enfin fini ! J'entre dans la loge en compagnie des trois autres. Gustav s'avachit sur le canapé, Georg l'imite après avoir prit une bière et tendue une à chacun. On parle un moment des questions débiles de la journaliste et du photoshoot qui va avoir lieu dans une heure environ. On n'a plus vraiment de temps pour se reposer mais c'est ça la vie de star. Parfois je me dis que la célébrité n'est peut-être pas une bonne chose. Peut-être que si on était des personnes comme les autres, Tom irait mieux ... Mais en même temps je ne m'imagine pas sans Tokio Hotel.

« Bill tu es avec nous ? » Demande Gustav, me tirant de mes pensées.
« Hum ? Oui désolé. »
« Bon si on ne monte pas tout de suite dans le van on va se faire tuer par David ! On arrivera jamais à l'heure pour la séance. » Rigole Georg.

On se lève pour rejoindre la voiture. Quelques minutes plus tard nous voilà sous les projecteurs et les flashs. Air sérieux, air provocateur, air joyeux ... tout y passe. D'habitude j'adore ça. Mais là je vois bien que mon frère va mal.
Je m'approche doucement de lui.

« Ça va ? » Je murmure à son oreille.

Il me regarde, étonné, avant de sourire faussement. Geste qui voudrait dire oui, mais qui pour moi veut dire non mais je ne veux pas que tu t'en mêles.
Je ne comprends pas. Depuis plusieurs semaines c'est comme ça. Je ne m'en suis pas vraiment inquiété mais depuis cette lettre ...

« On va faire une séquence jumeaux, et une pour Georg et Gustav. » Annonce Fred, le photographe.

Je m'installe avec mon frère et commence à poser. En quelques minutes le sérieux est vite remplacé par des rires.
Je m'assois et mon frère s'étale sur moi, la tête sur mes genoux et un immense sourire aux lèvres.

« Bon on va arrêter là pour le moment, je vais prendre Georg et Gustav pendant que vous reprenez votre calme. » Sourit Fred.

Ma main caresse le visage de mon double qui plonge ses yeux noisette dans les miens, identiques.

« Je t'aime grand frère. »

De simples paroles qui pour moi signifient beaucoup. Je veux qu'il le sache. Mon amour pour lui dépasse tout ce qu'il y a de fraternel. C'est mon jumeau, c'est une partie de moi. C'est ma vie.

« Vraiment ? »

J'hausse un sourcil. Pourquoi cette question ?

« Bien sûr. »

Il souffle légèrement et baisse le regard.

« Qu'est ce qu'il y a Tom ? »
« Rien. »
« Tu ne me crois pas ? »
« Si. »
« Menteur. »

Il remonte ses yeux vers moi.

« Je ne mens pas. » Affirme-t-il
« Alors pourquoi tu soupires ? »
« Parce que ... parce que ... pour rien. » Bégaie-t-il avant de se lever précipitamment.
« Tom !! »

Je pars à sa poursuite et l'attrape par le bras.

« Aahhh. »

Il grimace et se dégage de mon emprise.

« Tom ? »

Je prends délicatement son poignet et retire le bracelet éponge. Des cicatrices ... des tonnes de petites cicatrices ...
Mes yeux arrondis retrouvent ceux embués de mon double.

« C'est quoi ça ? » Dis-je dans un souffle.

Il ne répond rien, se contentant de remettre le bracelet à sa place.

« Arrête ça ... ce n'est qu'une lettre de rien du tout ... ça ne vaut pas la peine de ... de te ... »

Je ne finis pas ma phrase. Il rigole sans joie avant de me reporter toute son attention.

« Pour toi oui, pas pour moi. »
« Bordel Tom ! Tu te fais du mal pour rien ! C'est qui cette fille hein ? Qui l'a écrite cette foutue lettre !? »
« Tu n'a jamais rien compris Bill. »
« Mais compris quoi ? Tom ! Tout ce que je vois c'est que tu te tues à petit feu ! »

Il se mord la lèvre. Je prends son visage entre mes mains.

« Je t'aime Tom, je ne veux pas que tu te fasses du mal ... »

Une larme s'écoule le long de sa joue. Il pose ses mains sur les miennes avant de rompre tout contact avec moi.

« Moi aussi Bill ... je t'aime à en mourir ... » Lance-t-il avant de s'éloigner de moi.

J'écarquille les yeux. Cette phrase ... la lettre ...
Tom ...

TOM !!!

Je cours derrière lui, tentant de le rattraper. A bout de souffle, je m'arrête, le cherchant du regard. Il a su m'échapper. Je tente des appels mais rien n'y fait. Il ne répond pas.

La peur me tord le ventre. Je ne veux pas le perdre ... je ne le perdrai pas !


« J'ai mal. Trop mal. Et si j'en finissais avec tout ça ? »

Tom où es-tu ?

« Je te hais. Tu m'entends ? Je te hais !! »

Je prends ma tête entre mes mains. Ces mots ... ces mots m'étaient destinés ... Et moi, comme un con, j'ai cru qu'ils ne valaient rien...

« J'ai envie de quitter ce monde pour pouvoir enfin être libre. »

Ne pars pas Tom ... pas sans moi ... je ne te laisserai pas faire ! Je te l'interdis ...
Mes jambes reprennent une marche rapide. Mon âme est complètement paumée mais mon corps sait où il va.
Quelques minutes plus tard je suis devant sa chambre d'hôtel. Je frappe doucement contre la porte, attendant une réponse de sa part.

« Tom ? S'il te plait ouvre ... »

Pas de réponse. Les larmes prennent possession de mes joues. Je ne voulais pas lui faire de mal ... je n'ai jamais voulu ça !

« Tom ouvre. » Je répète en tambourinant contre le bois.
« Vas-t-en Bill. » Sanglote une voix faible.
« S'il te plait... »

Je commence à perdre patience et dévale les escaliers jusqu'à l'accueil. Je demande le double de la clé de la chambre de mon frère. On me demande pourquoi et je réponds qu'il y a urgence. Etant donné qu'ils me reconnaissent, il me donne la petite carte magnétique. Ça a du bon d'être célèbre. Je remonte le plus vite possible et glisse la carte dans l'encoche prévue à cet effet. La porte se déverrouille et j'entre.

Il est sur son lit, une lame de rasoir dans les mains et son bras tendu devant lui, prêt à passer à l'acte. Je m'avance doucement vers lui. Sans un mot, je prends son objet de torture et le jette le plus loin possible.

« Si tu meurs, je meurs aussi Tom. » Je murmure

Une de mes mains glisse sur sa cuisse pendant que l'autre essuie ses larmes.

« Et si je t'aime ... » Demande-t-il sur le même ton.
« Je t'aime aussi. »

Il s'effondre dans mes bras et je le serre à l'en étouffer.

« Embrasse-moi. »

Il ne se fait pas prier et dépose ses lèvres sur les miennes...

***

« Je t'aime à en mourir. »

Ce que tu ne savais pas, c'est que moi aussi ...
 

It's a Wonderful Life. ~ Ecrit par Cailin 26/08/2012

Sur une idée de Nana :
Bill, jeune éducateur sur de lui, aimé dans son entourage, a 21 ans et travaille dans une association pour jeunes en difficulté (il leur apprend le dessin). Il y rencontre Tom qui a 16 ans et qui est très renfermé sur lui même, il ne parle plus à personne depuis le meurtre de ses parents par un meurtrier en série arrêté quelques semaine plus tôt. En effet, il a été traumatisé parce que le meurtrier à torturé ses parents devant ses yeux (ceux ci on tout fait pour protéger leur enfant).
Comme il ne parlait plus sa tante à décidé de l'inscrire dans le cour de dessin, un art qu'il aimait particulièrement avant.
Petit à petit, Bill va tomber sous le charme de ce p'tit gamin muet et attendrissant, auquel il va tenter de redonner goût à la vie...


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TWINCEST
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J'attrape mes clefs, sors de mon appartement après avoir verrouillé la porte et descends le plus vite possible les quatre étages qui me séparent de l'entrée. Je rentre précipitamment dans ma voiture, mets le contact et allume la radio. Wonderwall d'Oasis, la chanson qui me calme le plus, résonne dans l'habitacle, et je commence à rouler.

Une fois de plus je suis à la bourre. Je crois que je n'arriverais jamais à partir à l'heure le matin ! Il faut dire que je prends un certain temps à me coiffer, maquiller et habiller ; même s'il y a quelques années c'était pire. J'étais beaucoup plus extravagant, hérissant mes cheveux et mettant beaucoup plus de noir sur mes yeux. Aujourd'hui, je ne garde cette apparence que pour les grandes occasions, me contentant d'un simple trait cerclant mes yeux et d'un lissage pour mes cheveux les jours normaux.

Le trajet est assez rapide, pas plus de dix minutes, et la musique qui emplit la voiture me détend énormément. Les grilles du centre se dessinent devant moi, je m'arrête devant. Je suis éducateur spécialisé et je m'occupe de jeunes en difficulté, je leur apprends le dessin. J'aime beaucoup ce que je fais, j'ai toujours été très proche des gens et ayant le contact facile, j'arrive facilement à apprivoiser les jeunes du centre.

Je me gare et sors de la voiture en prenant ma pochette à dessin sous le bras. Je cours à travers le jardin, saluant plusieurs collègues au passage. Je monte les escaliers à toute vitesse et arrive enfin devant ma salle de cours où un groupe d'adolescents m'attend déjà.

« Encore à la bourre ? » Me demande Elizabeth, une jeune fille très douée qui ne rate jamais aucun cours, en rigolant
« Comment t'as deviné ? » Je lui demande, tout en ouvrant la porte « Allez-y, entrez » Dis-je aux élèves.

Le petit groupe entre dans la salle, chaque personne me faisant la bise ou me serrant la main.
Je pénètre à mon tour dans la pièce, m'asseyant à mon bureau. Je m'apprête à commencer mon cours lorsque trois coups sont frappés à la porte.

« Entrez »

La porte s'ouvre et la directrice du centre, Christiane, apparaît dans l'encadrement de la porte.

« Désolée d'interrompre le début du cours mais tu pourrais venir deux minutes ? » me demande-t-elle d'un ton grave.

« Bien sûr... »

Je n'aime pas trop le ton qu'elle a employé... J'espère qu'il ne se passe rien de grave, que je n'ai pas fait quelque chose de mal... Je me tourne vers mes élèves

« Je reviens tout de suite. En attendant, continuez de bosser sur votre dessin. Elizabeth tu surveilles ? »

La jeune fille hoche la tête alors que je sors dans le couloir, refermant la porte derrière moi. Christiane commence à marcher d'un pas vif et rapide mais une question me brûle les lèvres et je ne peux m'empêcher de la poser

« J'ai fait un truc qui fallait pas ? »

La directrice se retourne brusquement, apparemment étonnée par ma question, et répond d'un ton rassurant

« Non non t'inquiète pas ! C'est juste... Enfin tu verras dans mon bureau... Essaye juste de ne pas poser trop de questions » Me dit-elle

Trop de questions ? Pourquoi en poserais-je ? Je ne sais pas ce qui se passe mais tout est très énigmatique... Christiane s'arrête, je sors de mes pensées et constate que nous sommes arrivés devant son bureau. Je ne m'étais pas aperçu que nous étions déjà arrivés. La directrice ouvre la porte pour me faire entrer.

Une fois à l'intérieur, je peux voir deux personnes debout dans le bureau. Il y a une femme d'environ quarante ans d'apparence très classe et très soignée. Dans un coin au fond de la pièce, il y a un jeune homme... Je ne distingue pas son visage en raison de sa tête baissée et de la casquette posée dessus. Je peux juste voir qu'il s'habille avec des vêtements beaucoup trop grands pour lui, qu'il a des dreadlocks et une pochette à dessin à ses pieds.

« Bill, je te présente Madame O'Donovan » me dit Christiane en me montrant d'un signe de main la femme debout devant moi.

« Bonjour Madame »

Je lui tends une main manucurée qu'elle s'empresse de saisir. Je sens à sa poignée de main légèrement tremblante et crispée qu'elle est tendue... De plus, malgré sa beauté et la finesse de ses traits, je vois qu'elle est triste et anxieuse. Je lui fait un sourire bienveillant, je sais que ça ne règlera pas ses problèmes, mais un sourire fait toujours plaisir. Christiane reprend la parole.

« Et voici Tom, son neveu. »

Je me tourne vers Tom et essaye de capter son regard, mais le jeune homme n'a toujours pas levé la tête.

« Salut Tom... Je m'appelle Bill » dis-je d'une voix décontractée

Je m'approche de lui et tends à nouveau ma main mais il ne la saisit pas. Il se crispe encore plus et se colle davantage au mur derrière lui... Comme si... Comme s'il avait eu peur de moi... Peur que je lui fasse du mal... Je baisse mon bras, en essayant de ne pas faire paraître mon malaise.

Ce n'est pas le fait qu'il ne me rende pas ma poignée de main qui me gène... Ce n'est pas la première fois qu'un jeune du centre refuse de me serrer la main ou de me saluer... Non, ce qui me perturbe, c'est sa réaction... Personne n'a jamais eu peur de moi comme ça... Sa tante se raidit

« Je suis désolée... Il... Il a quelques problèmes et... » Balbutie-t-elle

Elle se mord la lèvre inférieure et ne termine pas la fin de sa phrase. J'essaye de l'apaiser, toujours en souriant et en essayant de ne pas montrer mes interrogations.

« Ne vous inquiétez pas... » Je tente de la rassurer

Madame O'Donovan me regarde l'air reconnaissant. Plus personne ne parle et le silence commence à être lourd et pesant. Christiane prend alors la parole, tentant de briser l'atmosphère étouffante de la pièce.

« Madame O'Donovan aimerait que Tom puisse participer à tes cours de dessin Bill » m'annonce-t-elle.
« Bien sûr ! » Je m'exclame, ravi de voir que la conversation dévie sur ce sujet. « Tom a déjà fait du dessin ? »
« Il n'a jamais pris de cours mais... Mais il en faisait beaucoup... Avant... » Me répond sa tante

Elle marque une pause... Je me demande ce qu'elle veut dire par avant...

« Je pense que ça pourrait lui plaire de reprendre... Que ça pourrait l'aider... » Reprend-elle.
« D'accord. Alors les cours sont tous les soir à 16 heures 30, mais chacun vient quand il veut. Les élèves peuvent venir tous les jours, deux fois par semaine, une fois toutes les deux semaines, c'est au choix. Pour moi, le dessin doit être un plaisir et non quelque chose de forcé. » Je lui explique.

Madame O'Donovan semble réfléchir quelques secondes et reprend la parole, m'annonçant d'une voix presque apeurée

« C'est d'accord, je vais l'inscrire »
« Je vous laisse régler toutes les formalités avec Christiane. On y va Tom ? »

Tom lève la tête vers moi et plonge ses yeux noisette dans les miens... J'ai un mouvement de recul... Je ne m'attendais pas à ça... Je n'ai jamais vu ça... Le regard de ce jeune homme... Je n'ai jamais vu autant de tristesse dans les yeux de quelqu'un... On dirait qu'il n'y a plus d'étincelle dans ses prunelles... Tom casse notre contact visuel en baissant à nouveau la tête et sors du bureau de Christiane. Je reprends mes esprits lorsque la voix de sa tante retentie

« Il a vécu des choses particulièrement difficiles alors... Ne lui en veuillez pas si... S'il n'est pas très enthousiaste ou en retrait... » M'implore-t-elle presque d'une voix étouffée dans un sanglot.

Je hoche la tête pour la rassurer, lui serre la main et la laisse en compagnie de la directrice alors que je sors à mon tour du bureau. Tom est adossé au mur et sursaute légèrement en entendant la porte claquer.

« Tu viens ? » Je lui demande de la voix la plus douce possible

Il ne répond rien et se détache du mur, se balançant de droite à gauche, les yeux toujours rivés sur le sol. Je commence à avancer et Tom me suit. Comme je m'y attendais, il ne dit pas un mot et je ne vais pas chercher à le faire parler. Je suis néanmoins assez mal à l'aise de me retrouver seul avec lui, même si ce n'est que pour un court trajet. Son regard me hante toujours et je me pose mille et une questions à son égard.

Au bout de quelques minutes, j'arrive devant ma salle de classe, ouvre la porte et pénètre à l'intérieur, suivis par Tom. Tous les élèves lèvent la tête et fixent le nouvel arrivant.

« Je vous présente Tom. Il va assister aux cours à partir de maintenant... Tom ? » Il lève la tête vers moi à l'entente de son nom... Toujours le même regard abattu... « Tu peux te mettre à côté d'Elizabeth, elle t'expliquera sur quoi on travaille »

Je lui indique la place libre d'un signe de main et il va s'asseoir. Si j'ai demandé à Elizabeth de lui expliquer c'est parce que j'espère que le contact d'une élève de son âge le fera sortir un peu de son mutisme...

***

Il est tard, je suis affalé sur mon canapé, un verre de vin rouge à la main, simplement vêtu d'un bas de jogging. Je zappe frénétiquement même si j'ai abandonné depuis longtemps l'idée de trouver un programme intéressant... De toutes façons je n'aurais pas pu suivre...

Je pense à Tom depuis cet après-midi... Je me demande qui il est réellement, quelles sont ces choses si difficiles qu'il a vécues, pourquoi est-ce que c'est sa tante qui est venue l'accompagner et non ces parents ? Pourquoi a-t-il eu peur de moi comme ça ? Pourquoi reste-t-il enfermé dans son mutisme ?

Il m'intrigue... Je ne sais pas pourquoi mais j'ai envie d'en savoir plus sur lui et pourquoi pas essayer de l'aider... Je n'aime pas voir les gens souffrir... Je suis quelqu'un de très empathique et la souffrance des autres m'affecte beaucoup...

***

Déjà plus d'une semaine que Tom assiste aux cours de dessin... Et tout aussi longtemps qu'il hante mes pensées jours et nuits... J'aimerais tellement en savoir plus sur lui... Malheureusement, il n'a toujours pas prononcé un mot, aucun son n'est sorti de sa bouche. Par contre, il est extrêmement doué en dessin. Son coup de crayon est impressionnant, ses dessins magnifiques et chargés de toutes les émotions possibles.

Nous sommes en train de travailler sur les rêves et Tom fait un dessin, superbe comme d'habitude. Il a une imagination débordante, et un véritable don. J'aime le regarder dessiner, je connais chacune de ses expressions. La veine qui palpite sur sa tempe, le bout de sa langue qui sort légèrement à droite de ses lèvres, sa façon de mordiller son piercing lorsqu'il est concentré sur une partie vraiment difficile.

Il est vraiment beau quand il dessine... Pas seulement quand il dessine, mais il est vrai que c'est le seul moment où il perd son expression triste, où il n'a pas l'air profondément anéanti et cela fait ressortir toute la finesse de ses traits. J'aimerais tellement lui parler... Juste échanger quelques mots...Je suis sûr que c'est une personne formidable...

***

Je sors de la salle, m'apprêtant à aller dans le parking pour récupérer ma voiture lorsque quelqu'un m'appelle. Je m'arrête, me retourne et aperçois Christiane avancer rapidement vers moi. Elle s'arrête à ma hauteur et me tend un paquet de feuilles.

« Tiens, je te donne les fiches d'inscriptions. Faut absolument que tu les signes et que tu les ramènes demain ! C'est pour la compta... Tu les connais »

Je hoche la tête et récupère les feuilles. Les responsables de la comptabilité du centre sont particulièrement pointilleux et ne tolèrent aucun retard.

« A demain Bill ! Bonne soirée »
« Bonne soirée »

Je lui fait la bise et entre dans ma voiture, déposant le paquet de feuilles sur le siège passager. J'allume la radio, mets le contact et rentre chez moi. Je mange rapidement et prends une douche, avant de m'attacher les cheveux et d'enfiler un bas de jogging, noir et ample.
Je récupère la pile de fiches d'inscription et commence à les parapher.

Lorsque je tombe sur celle de Tom, je ne peux m'empêcher de sourire et de la parcourir des yeux. Mon regard se pose instantanément sur son nom de famille... Kaulitz... C'est bizarre... Ce nom me dit quelque chose... Je fronce les sourcils... Je persuadé de l'avoir déjà vu, lu ou entendu... Peut être même les trois...

Je me lève et vais devant mon ordinateur pour ouvrir internet. Je tape le nom de Tom et dès le premier site affiché, j'ai ma réponse... L'article date d'il y a trois semaines...

Keyser Söze a été jugé coupable de treize meurtres et actes de barbarie. Son arrestation a été permise grâce à son identification par le fils de deux de ses victimes, les époux Kaulitz, deux médecins très respectés dans leur entourage.

Je ne poursuis pas la lecture de l'article, trop horrifié par les quelques lignes que je viens de découvrir... Tout s'explique... Après ces longues interrogations, je comprends enfin le comportement de Tom...

***

« Tom ? Tu peux juste rester deux minutes ? Il faut que je te parle... »

Comme d'habitude, il ne dit rien, se contentant de s'asseoir et de regarder devant lui, les yeux emplis de tristesse. Je m'avance doucement vers sa table, les mains un peu moites. Je ne sais pas du tout quelle sera sa réaction et j'ai vraiment peur qu'il prenne très mal mon incursion dans sa vie privée...

« Je... Hier soir, en lisant ta fiche d'inscription, ton... Ton nom de famille m'a rappelé quelque chose... » Je commence, très légèrement anxieux. « Et... J'ai fait une recherche sur internet »

Tom lève brusquement la tête et plonge son regard dans le mien. Je n'ai pas envie de continuer mais je n'ai pas le choix... Je suis lancé et je ne peux plus revenir en arrière... Quoiqu'il arrive... Je prends une profonde inspiration et reprends mes explications

« Je... Je sais ce qui est arrivé à tes parents Tom... »
« QUOI ?! »

Je sursaute... Pas seulement parce qu'il a crié... C'est la première fois que j'entends sa voix... Elle est assez grave, même si son haussement de l'a sûrement rendue plus aigue qu'en réalité.

« Pourquoi t'as fait ça ? T'avais pas le droit ! »

Ses intonations sont magnifiques, son timbre est chaud... J'en frissonne... Tom se lève précipitamment et sors rapidement de la salle de classe. Je soupire... J'ai tout raté... J'ai eu faux sur toute la ligne... J'enfile ma veste et sors à mon tour de la salle après avoir pris soin de fermer à clefs. Je vais au parking pour récupérer ma voiture et sors de l'établissement.

Une pluie battante s'abat sur ma voiture... J'espère que Tom ne fera pas de bêtises... Qu'il n'habite pas trop loin... Je m'inquiète vraiment pour lui... Je ne le connais pas vraiment mais j'ai énormément d'affection pour lui...

Un éclair zèbre le ciel, rapidement suivi d'un grondement sourd. J'ai toujours adoré les orages... Je souris... Mais il se fane rapidement lorsque Tom reprend sa place dans mon esprit. Je regarde le ciel et vu l'épaisseur des nuages, le temps ne risque pas de se calmer avant demain matin...

A un feu rouge, je regarde dans mon rétroviseur et aperçois Tom marcher sur le trottoir derrière moi. Il avance difficilement en raison de ses larges habits qui, mouillés, doivent être horriblement lourds. Sans réfléchir, je fais demi-tour, ralenti à sa hauteur et baisse la vitre.

« Tom... »

Il s'arrête, tourne la tête et repart lorsqu'il voit que c'est moi. Je ne me laisse pas abattre et réitère mon appel.

« Tom... Arrête toi s'il te plait... »
« Pourquoi ? »
« Je veux te parler... Monte dans la voiture, tu vas tomber malade »

Il semble réfléchir quelques secondes et finit par ouvrir la portière et s'installer à mes côtés. Il ne dit rien et se contente de regarder droit devant lui alors que je redémarre et roule en direction de mon appartement. Je comprends que c'est à moi de parler...

« Je... Je suis désolée d'avoir fait ça... Je sais que je n'aurais pas du le faire mais... Je m'inquiétais vraiment pour toi... Et sur ta fiche d'inscription quand j'ai vu ton nom, ça a fait tilt... Je sais que la curiosité est un vilain défaut... Mais j'avais besoin de savoir... »

Je jette un furtif coup d'½il vers lui, il mordille nerveusement son piercing au labret et une multitude de gouttes d'eau dévalent sa peau légèrement halée. Il soupire, se frotte la nuque avec la paume de sa main et prend la parole...

« Je comprends... Même si je pense que tu n'aurais pas dû le faire... »
« Je sais... »

Je n'ajoute rien... Lui non plus... Je laisse le silence s'installer pendant quelques minutes mais, mal à l'aise, décide de briser le silence et d'engager une nouvelle conversation

« Ca fait longtemps que tu fais du dessin ? »

J'avoue, ma question est assez pitoyable mais je n'ai pas d'autre idée et le silence devenait vraiment trop pesant.

« Depuis toujours je crois... Ca fait con de dire ça mais c'est vrai... C'est mon anti-stress, mon anti-dépresseur... Enfin ce que tu veux quoi... Certains vont au ciné, d'autre écrivent ou écoutent de la musque... Ben moi je dessine »
« Et tu as vraiment un don » Je rajoute
« Merci » Murmure-t-il en recommençant à mordiller son piercing.

***

« Attends moi là, je reviens dans deux secondes »

Je vais rapidement dans la salle de bain, attrape une serviette posée sur le radiateur et ouvre les robinets de la baignoire. Je passe mes doigts dessous pour vérifier la température, retourne dans le salon et tends la serviette à Tom.

« Déshabille-toi, je te fais couler un bain... La salle de bain est au fond du couloir à droite. Pendant ce temps je préviens ta tante pour qu'elle ne s'inquiète pas et je fais à manger »
« Merci » murmure-t-il

Ce simple mot chuchoté me fait à nouveau frissonner... Je lui souris et me dirige vers ma chambre pendant qu'il se déshabille. Je sors un caleçon propre, un bas de jogging et un tee shirt de mon armoire avant de retourner dans le salon. Tom a passé la serviette autour de sa taille et tient ses vêtements trempés dans ses bras. Je dépose les miens sur le rebord du canapé et tends les bras.

« Donne, je les mets dans la machine... En attendant prends les miens, je crois qu'on fait la même taille... »

Tom me remercie une nouvelle fois, et prend mes habits avant d'aller dans la salle de bain.

***

« Installe-toi, j'ai fait une soupe miso. C'est Japonais... J'espère que tu vas aimer »
« J'adore la cuisine asiatique » répond Tom, enthousiaste.

Nous commençons à manger, Tom a l'air d'apprécier... Je ne peux m'empêcher de le détailler et de le trouver magnifique. Ses dreads sont lâchées et tombent de part et d'autre de ses épaules, ce qui ajoute encore à son charme. Nous terminons rapidement de manger et je l'invite à s'installer dans le salon.

« Ta tante aimerait que tu restes dormir ici ce soir...Avec le temps qu'il fait elle serait plus tranquille si on prenait pas la voiture »

Il se contente de hocher la tête sans dire un mot et fixe inlassablement un point invisible devant lui, l'air pensif. Je laisse quelques minutes s'écouler et, voyant que Tom n'a pas bougé, prends la parole

« Tu veux boire quelque chose ? » Je lui demande

Tom sursaute un peu, comme s'il avait oublié ma présence, baisse la tête et remonte ses genoux contre son torse

« Je n'oublierai jamais cette nuit »

Sa voix est faible et empreinte de douleur. Je sais qu'il parle de la nuit du meurtre de ses parents. Meurtre auquel il a assisté si j'en crois les journaux. Je ne dis rien et attends qu'il continue de lui-même.

« Je dormais à l'étage et je... J'ai entendu un bruit et un cri... C'est ce qui m'a réveillé... Je suis sorti de ma chambre et je me suis approché des escaliers... Les bruits qui venaient d'en bas étaient de plus en plus bizarres... Je suis descendu et... J'ai fait grincer une marche... Un homme est arrivé... Il avait quelque chose dans les mains, je n'ai pas pu voir ce que c'était... Il m'a frappé et je suis tombé... »

Tom marque une pause... Mon c½ur bat à la chamade... Je ne suis pas persuadé d'avoir envie d'entendre son histoire, mais je sais aussi que ça lui fera du bien d'en parler... Des larmes coulent sur ses joues, silencieusement. Son regard est perdu, je ne fais pas un geste, je ne prononce pas un mot. Je lui laisse le temps qu'il faut... Tom prend une profonde inspiration et reprend son récit, la voix cassée par les sanglots

« J'ai perdu connaissance... Quand je me suis réveillé, j'étais ligoté sur le canapé... Mes parents étaient à genoux sur le tapis devant moi... Du sang partout... Ils pleuraient tous les deux... C'est la première fois que je voyais mon père pleurer... Après il... Il a commencé à leur faire des choses avec des objets... Il m'a forcé à regarder... Il a dit que si je ne regardais pas il allait les tuer... Je l'ai cru... Alors j'ai... J'ai regardé... Mais ça a été pire après... »

Tom marque une nouvelle pause, les larmes s'échappant toujours de ses yeux. Je peine à retenir les miennes... Ce qu'il me raconte est la chose la plus atroce que j'ai entendu de ma vie... Mais je ne dois pas craquer... Je n'ai pas le droit de le faire maintenant et devant lui. Tom ferme les yeux et continue à me raconter son calvaire.

« Il a violé ma mère... Je n'ai jamais vu autant de bestialité de ma vie... Mon père lui hurlait d'arrêter mais lui... Lui il riait... Il riait et s'enfonçait de plus en plus fort en elle... Quand il a eu finit il a recommencé à leur faire subir des choses... Je pleurais, lui criais d'arrêter mais lui... Il riait... Il riait et les a étranglés devant moi... »

Tom est en larme sur le canapé, secoué par de violents spasmes. Je ne réfléchis pas une seule seconde et me lève de mon fauteuil pour m'asseoir à côté de lui. Je pose prudemment ma main sur son épaule et il vient directement se blottir contre moi, s'accrochant à mon tee-shirt. Je resserre mes bras autour de lui et le berce doucement. Une larme s'échappe de mon oeil et coule le long de ma joue.

Nous restons de très longues minutes ainsi enlacés, je caresse son dos doucement, embrassant parfois sa tempe ou le haut de sa tête. J'attends patiemment qu'il se calme, en essayant simplement de lui montrer que je suis là, près de lui. Après un certain temps, il reprend la parole.

« Depuis cette nuit, il n'y a pas un seul jour où je ne pense pas à en finir... Si la vie est faites d'horreurs pareilles je ne vois pas en quoi elle vaut la peine d'être vécue... »

Sa voix est pleine de désespoir... Il a l'air perdu, fini, anéanti... Je me détache légèrement de lui, attrape son menton entre mon pouce et mon index et lève doucement sa tête. Nos regards d'accrochent

« Il faut faire en sorte qu'elle vaille la peine Tom... Il faut s'accrocher au moindre petit moment de bonheur, il faut savoir profiter des petits plaisirs quotidiens... Ne serait-ce qu'écouter une chanson que tu adores ou manger ton plat préféré »
« Je ne sais plus comment faire... Pour profiter de la vie... »
« Tu me laisserais te montrer ? »
« Tu le ferais ? »
« Avec un grand plaisir... »

Tom me sourit, je lui embrasse la tempe...

« Merci » Murmure-t-il au creux de mon cou
« Je suis content d'avoir pu parler avec toi Tom... Ca me fait vraiment plaisir »
« A moi aussi... »

Ce soir, nous nous sommes fait une promesse... Celle de s'en sortir, tous les deux...

***

Cela fait déjà trois semaines que Tom m'a raconté son histoire. J'essaye de lui redonner goût à la vie en lui rappelant qu'elle est faite de bonnes choses et que c'est sur ces petits moments qu'il faut s'appuyer quand ça ne va pas.

La semaine dernière, je l'ai emmené sur une colline pas très loin de chez moi pour que l'on puisse voir le soleil se coucher, le spectacle était magnifique et Tom a eu l'air d'apprécier. J'essaye de lui faire redécouvrir les petites choses qui transforment un rien en un tout

Je prépare aussi quelque chose de beaucoup plus important mais je ne sais pas encore si cela va marcher et je préfère être sur du succès avant de lui en parler, pour éviter qu'il ait une fausse joie.

Je range mes derniers papiers pendant que les élèves sortent du cours de dessin. Seul Tom reste dans la classe et m'aide à tout remettre en place et à nettoyer les tables.

« T'es libre ce soir ? » Je lui demande lorsque nous sortons de la salle de classe
« Bien sûr ! On va où ? » Me répond Tom, visiblement intéressé
« Je t'emmène au cinoche »
« Génial ! On va voir quoi ? »
« Tu verras » Dis-je en accompagnant ma réplique d'un clin d'½il

J'ai vu qu'il faisait un cycle Frank Capra au cinéma de quartier du coin. C'est un vieux réalisateur des années 30/40 que j'adore et ils passent un film parfait pour Tom : La Vie est belle. Le film date de 1946 et raconte l'histoire d'un businessman qui aide énormément les gens mais, complètement désespéré, il décide de se suicider. Un ange va alors apparaître et lui montrer comment serait la vie des gens de sa ville, de sa famille et de ses amis s'il n'avait jamais existé.

Nous sortons de l'établissement et nous dirigeons vers le parking pour aller au cinéma qui n'est qu'à quelques minutes en voiture. Arrivé devant le guichet je me tourne vers Tom

« Je peux te l'offrir ? » Je demande, un grand sourire aux lèvres
« T'es sur ? »
« Certain !
« Merci... »

Je le regarde quelques secondes encore et paye nos deux tickets. Nous entrons dans la salle et nous asseyons sur les sièges du fond. Nous sommes gênés tous les deux, n'osant pas parler ou nous regarder, comme des amoureux allant dans une salle obscur pour la première fois sans qu'aucune déclaration n'ait été faite. Je souris en pensant à cela, j'ai l'impression d'être une adolescente de quinze ans.

La lumière s'éteint et le film commence, le bras de Tom est collé au mien sur l'accoudoir. Il est très réactif au film et semble beaucoup l'apprécier. Au bout de plusieurs minutes, le petit doigt de Tom frôle le mien. Mon ventre se tord délicieusement à ce contact et un sourire prend naturellement place sur mes lèvres.

Pendant la séance, nos doigts s'effleurent de nombreuses fois, sans qu'aucun autre geste ne soit tenté. La lumière se rallume et sans un mot, Tom et moi nous levons et sortons dans la nuit noire. Nous nous arrêtons à l'entrée du cinéma, la gêne entre nous est palpable et je me décide à briser le silence.

« Tu... Tu veux que je te ramène ? »

Tom lève la tête vers moi, en mordillant son piercing. J'adore quand il fait ça.... Je rentre mes mains dans mes poches arrières et me balance d'un pied à l'autre.

« Oui... Merci... Ca me ferait plaisir... » Me dit-il en rougissant violemment

Nous pénétrons dans la voiture, et je mets le contact, Tom m'indiquant la direction de chez sa tante. Une fois de plus l'embarras prend place entre nous et je décide à nouveau de lui poser une question.

« Alors t'as aimé le film ? »

Tom sursaute un peu mais souris, apparemment soulagé de ne plus avoir à supporter d'atmosphère pesante dans l'habitacle.

« Oui ! J'ai adoré ! C'est vraiment un très beau film... Merci de me l'avoir fait découvrir, j'y serais pas allé sans toi »
« Ne me remercie pas... A quoi peuvent servir les choses que nous aimons, si ce n'est pour les partager ? »

Tom me sourit et malheureusement, nous arrivons à destination. J'aurais souhaité que ce trajet ne s'arrête pas, j'aurais voulu continuer cette magnifique soirée... A en juger par l'expression de Tom, il semble penser la même chose...

« Bonne soirée alors »
« Bonne soirée Tom »

Tom s'apprête à ouvrir la portière mais se ravise au dernier moment et se tourne vers moi, plongeant son regard dans le mien.

« Merci pour ce que tu fais pour moi Bill... Je crois que je commence à comprendre ce que tu veux dire quand tu parles de s'accrocher aux petits moments de bonheur... »

Avant que je ne puisse répondre, il se penche vers moi, me dépose un baiser à la commissure des lèvres et sors de la voiture, s'enfonçant dans la nuit.

***

Je rentre chez moi, après mon cours de dessin et après avoir raccompagné Tom chez lui. Je passe de plus en plus de temps avec lui et ça me rend heureux. Redonner goût à sa vie m'apporte un bonheur indescriptible. Quand je suis près de lui, je rayonne et des milliers de papillons ont élu domicile dans mon bas-ventre.

Depuis le cinéma, j'ai l'impression que notre relation a évolué... Mes sentiments envers lui ont, en tous cas, changés... Depuis le début je tiens à lui, mais plus le temps passe plus sentiment s'intensifie... Il m'attire beaucoup... Si je me laissais aller, j'aurais déjà fais le premier pas, je crois que mon attirance envers lui est réciproque, mais je suis un adulte responsable de lui et une relation entre nous est malheureusement interdite.

Je soupire et monte les escaliers pour rentrer chez moi. Je m'affale sur mon canapé et regarde mon courrier. Une des enveloppes attire mon attention... Elle est estampillée Académie des arts de Berlin... Mon c½ur commence à s'emballer... J'ai envoyé un dossier de candidature pour Tom... C'est la surprise que je voulais lui faire... La lettre est grande et épaisse... On dit que c'est plutôt bon signe...

Les mains tremblantes, j'ouvre précautionneusement l'enveloppe et en sors la lettre qu'elle contient.


_

Monsieur Trümper,

Nous avons bien reçu la demande d'inscription pour votre élève en dessin Monsieur Tom Kaulitz. Après une étude rigoureuse de son dossier, nous avons le plaisir de vous annoncer que Monsieur Tom Kaulitz est accepté à l'Académie des Arts de Berlin en section Arts Plastique. En raison de son grand talent, nous acceptons de l'accueillir dès cette année et ce malgré les deux mois de retard qu'il aura à rattraper. C'est pourquoi, vous trouverez ci-joint un billet pour Berlin, dans le train du 18 novembre à 11h04. Vous trouverez également le dossier d'inscription définitive ainsi que diverses informations complémentaires.
Nous attendons Monsieur Tom Kaulitz avec une grande impatience

Veuillez agréer, Monsieur Trümper, nos salutations distinguées.

Monsieur Fritz Lang, Directeur
Monsieur Otto Preminger, Directeur Adjoint


_

Mes mains tremblent à la lecture de la lettre... Le 18 novembre... Dans dix jours...Je suis partagé entre grande excitation et profonde tristesse... Je suis très heureux pour Tom parce que le dessin c'est sa passion et il a un véritable don... Mais... Je crois, ou plutôt je suis sûr, que je suis en train de tomber amoureux de lui... Et le voir partir serait un véritable déchirement... Mais quand on aime... On fait passer le bonheur de l'autre avant le sien non ?

***

Tom a été absolument ravi d'apprendre qu'il partait à Berlin. Ca m'a rendu heureux de le voir si radieux. Il part dans huit jours, je crois qu'il va mieux... Je pense qu'il commence à savoir profiter de la vie et même si ça me fait mal de l'admettre, je sais que très bientôt il n'aura plus besoin de moi...

Il a neige depuis trois jours et cet après midi, j'ai emmené Tom sur le terrain de basket qui se trouve au pied de mon immeuble. Cela fait des heures que nous nous comportons comme si nous avions dix ans de moins, faisant toutes les choses possibles et imaginables avec de la neige.

Tom me cours après, nous rions comme des enfants, oubliant tout et profitant simplement de l'instant et du plaisir d'être ensemble. Après quelques minutes de course effrénée, Tom m'attrape l'épaule, ce qui me fait trébucher et tomber tous les deux. Je me retourne, Tom est à califourchon sur moi, nous rions aux éclats tous les deux.

Nos yeux ne se lâchent plus, et notre fou rire se calme peu à peu. Mon c½ur bat à la chamade et fait un bond dans ma poitrine lorsque Tom se penche doucement sur moi. Son regard passe successivement de ma bouche à mes yeux. Je passe ma langue sur mes lèvres pour les humidifier et comble les derniers centimètres qui me séparent de Tom

J'emprisonne ses lèvres des miennes et aspire doucement son piercing. Le bout de sa langue vient caresser ma bouche et je l'entrouvre pour approfondir notre baiser. Je me délecte de ce moment, et appuie sur sa nuque pour nous rapprocher davantage. Je mordille affectueusement la langue de Tom, juste avant qu'il ne se détache de moi. Il m'embrasse chastement, et nous frottons nos nez l'un contre l'autre pour un délicieux bisou esquimau.

« Tu m'as appris à vivre... Maintenant, apprends-moi l'amour... » Murmure-t-il au creux de mon oreille.

Il se relève et me tend une main que je m'empresse de saisir. Des milliers d'étoiles brillent dans ses yeux, je l'embrasse sur le bout du nez.

« Viens »

Je le tire légèrement par le bras et l'emmène vers mon appartement. Tom me tient par la taille pendant que je monte les escaliers et lorsque j'arrive devant ma porte, il ôte délicatement quelques mèches de cheveux pour pouvoir embrasser ma nuque. Je frissonne à ce contact et nous pénétrons dans l'appartement. Nous enlevons nos vestes et j'emmène Tom dans le salon. Je ne veux pas aller dans ma chambre et risquer qu'il pense que je n'attends qu'une seule chose de lui.

Je m'assieds sur le canapé et l'attire vers moi avant d'emprisonner à nouveau ses lèvres. Nos baisers son doux, agréable et remplis... D'amour... Tom passe ses mains sous mon tee-shirt et commence à caresser ma peau laiteuse de ses doigts longs et fins. De nouveaux frissons parcourent mon corps et une multitude de papillon volettent à nouveau dans mon bas ventre.

Nous restons de longues minutes à nous embrasser, nous caresser, nous câliner, nos jambes enlacées et nos lèvres accrochées l'une à l'autre lorsque je réalise ce qui est en train de se passer... Je me détache brutalement de Tom, comme si je venais de me brûler.

« Arrête... Je... Je peux pas faire ça... »

Tom se lève brusquement du canapé, blessé. Je m'en veux de l'avoir repoussé, surtout que je n'en avais aucune envie, mais je n'avais pas le choix. Tout serait tellement compliqué si je me laissais aller... C'est moi l'adulte dans l'histoire, c'est à moi d'être responsable...

« Tom... C'est pas contre toi... Au contraire mais je... » Je commence, rapidement interrompu par la sonnette de l'entrée. Je soupire et ajoute « Attends deux minutes »

Je sors du salon pour me diriger vers l'entrée et ouvre la porte... Je tombe nez à nez avec Alexis, mon ex...

« Qu'est-ce que tu fais là ? » Je lui demande d'une voix dure
« Je... Je voulais juste qu'on parle » Bégaye-t-il
« Ecoute Alexis... On en a déjà parlé un million de fois... C'est terminé entre nous ! »
« Tu peux pas dire ça ! »

Sans que je ne puisse faire le moindre geste, Alexis fait un pas vers moi et plaque violemment ses lèvres sur les miennes. Je m'agrippe à ses épaules et le repousse juste au moment où je vois Tom disparaître dans la cage d'escalier à toute allure.

« TOM !!! » Je crie, essayant désespérément de l'arrêter, en vain.

Alexis me tient toujours fermement, ses yeux lancent des éclairs. Il s'humidifie les lèvres rageusement et je vois ses mâchoires se contracter

« C'est lui ? C'est à cause de ce gosse que tu m'as largué comme une merde ? » Me demande-t-il, la voix tremblante de colère.
« Ca n'a rien à voir avec lui ! Et de toutes façons ça ne te regarde pas ! Alors maintenant tu me fous la paix ! Et tu dégages ou j'appelle la police ! »
« Je n'abandonnerai pas ! »

Il tourne les talons descends rapidement les escaliers. Je reprends mes esprits et enfile rapidement une veste et mes chaussures. J'attrape mes clefs et sors à mon tour de mon appartement. Je me retrouve assez rapidement dehors, sous la pluie.

« Tom ?! »

Je regarde de tous côtés mais j'ai du mal à distinguer quoi que soit à causes des trombes d'eau qui tombent sur les trottoirs et dégoulinent sur ma peau. Je cours un peu partout et parviens enfin à le repérer au détour d'une ruelle. Sans attendre, je me précipite vers lui et pose ma main sur son épaule. Il se retourne vivement vers moi, ruisselant d'eau ?

« Qu'est-ce que tu veux ? » hurle-t-il
« Tom... Qu'est-ce qui se passe ? »
« C'est à cause de lui c'est ça ? »
« Quoi ? » Je ne comprends vraiment pas ce qu'il a...
« C'est à cause de lui que tu veux pas être avec moi... Tu l'aimes encore... »

Il hurle à s'en briser les cordes vocales. Sa voix est empreinte de désespoir... Tu l'aimes encore... Sa phrase n'était pas une question... C'est une affirmation...

« Pas du tout ! Alexis et moi c'est terminé depuis des mois ! »
« Alors tu veux partir avec moi ? Venir t'installer à Berlin avec moi ? »
« Pardon ? » Je lui demande, incrédule
« T'as très bien compris... »

Il lève les yeux et plonge son regard dans le mien... Le même regard que lorsque nous nous sommes vus pour la première fois... Un regard vide, sans étincelle et rempli de tristesse...

« Tom... C'est compliqué tu sais... » Je tente vainement de lui expliquer
« Non... J'ai très bien compris... »

Il fait demi-tour et s'enfonce dans la nuit. Je n'essaye pas de le rattraper... Je ne sais même pas si cela servirait à quelque chose... Et puis surtout je suis beaucoup trop lâche pour le faire... Partir à Berlin avec lui ? Bien sûr que j'en ai envie... Je l'aime profondément... Mais ça poserait beaucoup trop de problème... C'est tellement plus facile de rester dans ma petite vie bien rangée plutôt que de faire ce dont j'ai envie, mais qui bouleverserait mes habitudes...

***

Ca fait déjà cinq jours que je n'ai pas de nouvelles de Tom... Je n'ai pas cherché à l'appeler et il n'a pas essayé de le joindre... Depuis ce matin, je suis assis à mon bar, un verre de jus d'orange à la main, les yeux rivés sur la montre de la cuisine... Tom part dans 34 minutes très exactement.... Dans 34 minutes il prendra ce train qui l'éloignera de moi à jamais...

La sonnerie de mon téléphone me fait sortir de mes pensées. Je le saisis précipitamment, le coeur battant, espérant voir le nom de Tom s'afficher. Mes espoirs s'effacent lorsque je vois celui d'Alexis à la place... J'observe quelques secondes l'écran et me lève précipitamment... Cette fois, ma décision est prise, peu importe les conséquences...

***

Je paye le taxi et sors rapidement, récupérant au passage ma valise dans le coffre. Je m'engouffre le plus vite possible dans la gare et me précipite en courant vers le guichet. Je reprends mon souffle le temps que la personne devant moi termine et m'avance vers la jeune femme installée derrière la vitre.

« Bonjour monsieur, vous désirez ? » me demande-t-elle d'une voix monotone
« Un billet pour le train en direction de Berlin... Celui qui part à 11h04 », parviens-je à articuler malgré mon essoufflement.
« Mais... Il part dans cinq minutes » Répond-elle, incrédule
« Je sais... S'il vous plaît... Je dois le prendre... » Je la supplie
« Très bien »

Je vois dans son regard qu'elle a compris l'importance que cela avait pour moi de prendre ce train. Elle pianote rapidement sur son ordinateur et me sors le billet quelques secondes plus tard. Je paye hâtivement et commence à partir à toute allure vers les écrans d'information lorsque j'entends la voix de la guichetière derrière moi.

« C'est quai 3 ! Bonne chance ! »
« Merci beaucoup ! », je m'écris en lui faisant un petit signe de la main.

Je me mets à courir le plus vite possible à travers le hall, ma valise derrière moi. Il ne me faut que quelques secondes pour arriver à destination, au quai numéro 3. J'entends le sifflet retentir, signe d'un départ imminent, et accélère encore l'allure pour arriver devant la première porte du train. Je pose ma valise sur le rebord du wagon et monte à mon tour, juste au moment où le train démarre.

Je reprends mon souffle, épuisé mais heureux d'avoir réussi à monter dans ce train... Le train qui emmène Tom à Berlin... Après avoir essuyé mon visage transpirant, je me saisis à nouveau de ma valise et commence à parcourir les différents wagons, essayant de retrouver Tom...

J'entre dans le seizième et avant dernier wagon, l'inquiétude commence à me gagner... Je parcours le compartiment des yeux et mon coeur fait un bond... Il est dos à moi, vers le milieu de l'allée, sa casquette dépassant du haut du siège. Je dépose ma valise sur le porte-bagages et m'avance doucement vers lui, m'arrêtant à sa hauteur... Il ne m'a pas vu, sa tête repose sur sa main et il regarde le paysage défiler derrière la fenêtre.

« La place est libre ? » Je demande d'une voix douce

Il sursaute et se retourne, les yeux écarquillés, me détaillant de haut en bas comme pour s'assurer que j'étais bien là et qu'il ne rêvait pas...

« Bill ? » me questionne-t-il, incrédule
« Tu ne m'a pas répondu. La place est libre ? » J'insiste en souriant
« Je... Oui... »

Je m'assieds à côté de lui, mes prunelles plongées dans les siennes, en souriant toujours. Tom n'a pas l'air d'y croire

« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je me suis juste rendu compte que c'était beaucoup trop dur de laisser partir l'homme que j'aime » Je réponds en sentant mes joues rougir
« Mais... »
« Chut »

Je le dissuade de continuer en emprisonnant ses lèvres des miennes. Je me délecte de sa bouche quelques minutes avant de caresser délicatement sa langue de la mienne. Sa main se pose sur ma nuque, approfondissant davantage notre baiser. Tom se détache de moi, posant son front sur le mien, plongeant ses prunelles chocolat dans mes yeux noisette.

« Je t'aime Bill... »

Sa voix n'est qu'un murmure mais l'entente de ces mots me fait violemment frissonner. Je lui dépose un doux baiser sur le nez

« Moi aussi je t'aime »

Tom comble les quelques centimètres qui nous séparaient, et nous nous embrassons à nouveau pendant que le train roule à vive allure, s'éloignant de Magdebourg, nous emportant avec lui loin de nos problèmes, nous permettant de démarrer une nouvelle vie, juste nous et notre amour...

 

Wird alles gut. ~ Ecrit par Yuliie 26/08/2012

Sur une idée de Abey :
Les jumeaux sont amoureux... mais quelque chose creuse un vrai fossé dans leur relations. Très vite, Tom avoue a son frère Bill pourquoi il est intouchable et renfermé...



__________

TWINCEST
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Je rentre dans la pièce, m'arrête sur le pas de la porte et le regarde. Il est encore assis dans ce grand fauteuil, ses jambes repliées contre lui, son regard perdu dans le vague comme bien souvent en ce moment. Je reste là, à l'observer, il ne semble pas m'avoir remarqué, ses yeux ne quittent pas l'horizon, le ciel bleu et les toits de Berlin semblent avoir toute son attention.

Aujourd'hui, c'est une journée libre pour nous, véritable oasis dans notre emploi du temps surchargé. C'est vraiment agréable de ne pas avoir à se lever à une heure imposée, de ne pas devoir s'apprêter, bref de ne rien faire... Et c'est tellement rare, qu'on apprécie d'autant plus ces instants.

Mes pensées reviennent vers lui, son visage est éclairé par le soleil clair de ce début d'après-midi hivernal, je détaille son visage impassible, seulement troublé par les contractions irrégulières de sa mâchoire et le clignement ponctuel de ses paupières. Il est beau ainsi, ses lourdes mèches décolorées par le soleil qui tombent librement sur ses épaules, sans être retenues par aucun morceau de tissu. C'est rare de le voir ainsi mais c'est comme ça que je le préfère. Il n'y a que moi qui peut le voir comme ça, ou presque...

L'appartement est plongé dans le silence, nous ne sommes que tous les deux. Gustav et Georg sont partis pour la journée, ils ont décidé d'aller voir leurs familles respectives, après tout il n'y a que trois heures de route jusqu'à Hambourg, alors autant en profiter. Tom ne m'a toujours pas remarqué. Il doit être perdu dans ses pensées. Pensées dont je n'ai pas la moindre idée. Je le sens tellement loin depuis un moment, aussi loin que là ou porte actuellement son regard. Loin de moi, loin de nous deux, loin des lieux où l'on se trouve, loin du groupe, renfermé en lui même. Et je ne sais pas pourquoi. Je n'arrive pas à savoir. Il ne me laisse aucun indice, ne me laisse pas lire en lui, ne me laisse pas comprendre. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais rien ne transparaît.

Il a l'air plongé dans quelque chose que je ne peux pas atteindre, un monde dans lequel il ne me laisse pas rentrer. Avant j'avais la clé de cet univers, il me laissait y pénétrer quand je voulais, il m'incitait à y venir. Mais maintenant la porte est close. Il y est seul et semble vouloir le rester. Je ne sais pas quoi faire. En dix-neuf ans, c'est la première fois que ça arrive, la première fois qu'il s'est embarqué dans quelque chose en me laissant sur le bord du chemin. Et là, je ne sais plus quoi faire. J'essaye de comprendre, j'essaye de savoir, mais malgré mes efforts, rien. C'est frustrant, je ne sais pas quoi faire pour l'aider, j'ignore quoi faire pour lui rendre ce sourire qu'il a perdu pour je ne sais quelle raison. C'est aussi blessant, j'ai l'impression qu'il ne me fait pas assez confiance pour me parler de ce qui lui arrive. C'est la première fois qu'il ne me dit pas ce qu'il se passe.

Je décide de m'avancer vers lui. A pas feutrés, je le rejoins doucement. Il ne bouge pas, il doit être tellement en lui-même qu'il ne m'entend pas. Je m'arrête à quelques centimètres du fauteuil où il se tient et avance ma main vers son épaule. Délicatement, j'effleure le tissu de son tee-shirt du bout des doigts, je ne veux pas lui faire peur. Soudain, je le voir tressaillir et se reculer violemment comme si il avait reçu une décharge électrique. Il se tourne vers moi, et là je ne comprends pas, il me regarde comme s'il ne m'avait jamais vu, il me regarde comme si il avait...peur de moi.

***

Je sursaute en sentant quelque chose toucher mon épaule. Sur le moment je panique, mon cerveau s'emballe et mon c½ur se met à battre furieusement. La seule chose que mon corps trouve à faire en ressentant ce contact que je n'ai pas désiré est de s'en éloigner le plus possible. En quelques dixièmes de seconde, mes réflexes supplantent ma réflexion et je me réfugie à l'autre bout du fauteuil, faisant cesser l'impudente proximité. Je me retourne vivement vers l'origine de tout ça et le vois. C'est Bill, ce n'est que Bill, mon Bill. Ses sourcils sont froncés et je vois les émotions se succéder sur son visage, d'abord l'étonnement, la surprise, puis la contrariété et l'incompréhension. Il a l'air blessé. Je sais pourquoi, je ne voudrais pas que les choses soient ainsi. Je ne voudrais pas qu'on en soit là aujourd'hui. Ah ça oui, si ça ne tenait qu'à moi on n'en serait pas là...

***

« Hé, ce n'est que moi » dis-je doucement.

Je ne bouge plus, je ne me rapproche pas de lui, je ne m'éloigne pas non plus mais je ne le touche plus. Ce n'est pas la première fois qu'il a ce genre de réaction quand je m'approche de lui.

Il m'adresse un pâle sourire. Il sonne faux. Seules ses lèvres s'étirent, ses yeux restent tristes, si tant est que ce soit de la tristesse, je n'arrive pas à mettre de mots sur ce regard, je ne sais pas quoi en penser. Et cette incertitude, elle est insupportable. Comment réagir quand la personne que vous aimez le plus au monde, quand la personne avec qui vous partagez votre vie, votre coeur, avec qui vous allez passer votre vie entière, quand la personne que vous connaissez le plus, devient une énigme pour vous ? Que faire quand vous partagez tout, absolument tout et que du jour au lendemain un fossé gigantesque se creuse entre vous sans qu'il n'y ai aucune explication ? Que dire ? Que faire ? Il ne me laisse pas comprendre, ne me laisse pas l'écouter, il ne dit rien. Et ça, ça me tue. Je me sens impuissant, terriblement impuissant, et tout ça, commence à prendre la forme d'une sourde colère. Je ne veux pas être en colère. Mais ne pas savoir me met en colère contre moi-même, je me sens inutile, incapable de l'aider, je ne remplie pas mon rôle et je suis en colère contre lui de me laisser à l'écart de ce qui le touche autant.

Je m'avance vers le fauteuil qui lui fait face et m'y installe, repliant mes jambes sous moi. Je le regarde, je n'arrive pas à voir autre chose que les rides qui barrent son front et son regard fuyant.
Je suis perdu dans mes émotions, je ne sais pas ce que je dois ressentir, je ne sais pas comment je dois ressentir les choses. Vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de lui. J'ai perdu le mode d'emploi.
Il était mon frère, mon jumeau, mon amour, mon amant, mon meilleur ami. Et maintenant, il n'est plus rien de tout ça, il ne subsiste plus que Tom, l'enveloppe charnelle de Tom, son esprit est ailleurs, et je ne sais pas où, hors de ma portée.

Nous restons ainsi durant quelques minutes. Il ne me regarde pas une seule fois dans les yeux, son regard reste obstinément tourné vers la fenêtre, vers les toits luisants de la ville, vers ce soleil pâle.

« Tom, je crois qu'il faut qu'on parle »

***

Une vague d'adrénaline me traverse en entendant ces mots qu'il prononce doucement mais fermement. Trop fermement. J'ai l'impression qu'un vague d'acide bouillant déferle à l'intérieur de moi. Mon c½ur s'emballe. Il est déterminé, Bill ne lâchera pas le morceau, je le sens, je le sais, je le connais mieux que quiconque, je pourrais prédire chacune des phrases qu'il va dire, je pourrais décrypter chacune de ses pensées, chacun de ses gestes, même les plus imperceptibles.

Cinq semaines, j'aurai tenu cinq semaines, bientôt trente-cinq jours, trente-cinq putain de longues journées, et surtout trente-cinq nuits ignobles à me taire, à détourner les yeux sous son regard, à dévier les conversations quand il essayait de m'emmener là où je ne voulais pas aller, où je ne pouvais pas aller, à essayer de vivre un petit peu, de survivre surtout. Mais là je sens que c'est terminé, les fêlures deviennent fissures, je me brise et il faut que quelqu'un ramasse les morceaux, il faut qu'il me répare, j'ai besoin qu'il me répare.

Je ne sais pas ce que je ressens. Je me sens vide. Je ne suis plus moi. Je ne suis plus Tom. Je ne suis qu'une coquille vide. J'ai mal, je suis triste, je suis en colère, j'ai honte, je suis souillé, je suis brisé, je suis fatigué, je suis seul et incapable de ne plus l'être. Je suis perdu dans un flot de sentiments confus, contradictoires, insensés. Je voudrais tellement que tout redevienne comme avant. Je voudrais que ça ne ce soit jamais passé. Je veux effacer tout ça.

Je me tourne vers Bill et ose enfin affronter son regard. Une peine immense s'y lit. Je suis responsable de ça. Je suis responsable de tout ça. J'en viens à me demander ce qui est le pire, ce que je ressens moi, où ce qu'il ressent lui, à cause de moi.

« Je crois oui »

***

Sa voix ne tremble pas, mais elle n'est pas vraiment ferme non plus. Comme s'il hésitait. Il hésite. Je ne sais pas ce qu'il se passe, ce qu'il s'est passé, mais il est dans un sale état. Tom n'est pas la personne forte qu'il laisse entrevoir dans les interviews. Tom est Tom, avec ses faiblesses que je suis le seul à connaître, à pouvoir voir. Sauf en cet instant, sauf depuis ces dernières semaines. Et là, il est dans un état de faiblesse apparente assez alarmant.

« Tu vas mal, Tom » je commence, doucement, aussi doucement que possible, je ne veux pas l'effrayer, il m'a semblé s'ouvrir un petit peu, je ne veux pas le brusquer, ou peut-être que si, il doit se soulager, m'expliquer pour que je puisse l'aider mais je ne veux pas qu'il se referme en lui-même. Je veux entrer dans son univers, panser ce que je peux soigner, réparer ce que je peux réparer. Je veux y arriver. Je n'ai pas réussi avant, j'y arriverai aujourd'hui.

Il baisse les yeux, ses mains sont accrochées aux tissus de son pantalon, le maltraitant. Il mord sa lèvre inférieure.

Il ne dit rien.

« Tu vas très mal Tom. Je ne t'ai pas vu sourire, parler plus que le strict nécessaire depuis des semaines. Tu ne m'approches plus, on dort dans le même lit mais tu t'éloignes le plus possible de moi, tu ne m'embrasses plus, ne me touches, ne me regardes plus et tu refuses tout geste de ma part »

Ce dernier point est particulièrement douloureux.

« Nous ne sommes plus un couple Tom. Et encore, si ce n'était que « ça ». »

Il dessine des guillemets imaginaires en l'air.

« Et je mets d'énormes guillemets à ce que je viens de dire...Mais non, tu n'es même plus mon frère. On ne parle plus, on ne rit plus. Tu n'es plus toi, Tom »

Je parle toujours très doucement, très calmement. Parfois une boule se forme dans ma gorge. C'est dur pour moi aussi. Je crois, je crois vraiment que ses sentiments pour moi ne sont plus...plus comme avant, je crois que tout part en fumée, je crois que les choses se terminent. Et c'est ignoble. Insupportable. Mais je dois être fort pour lui. Car c'est avant tout mon frère. Et pour le moment c'est tout ce qui compte. Lui avant tout.

Il ne me regarde pas. Ses mains martyrisent toujours son pantalon.

Puis, doucement il relève la tête. Mon c½ur se serre. Ses yeux sont remplis de larmes, son visage traduit une souffrance que je ne l'ai jamais vu ressentir auparavant.

Je ne peux pas m'en empêcher, c'est plus fort que moi, je descends de mon fauteuil et m'agenouille devant le sien. Je veux le prendre dans mes bras, prendre un peu de sa souffrance, le soulager un petit peu. Faire en sorte qu'il me donne un peu de sa douleur, que je supporte ça avec lui. Je dois l'aider. Je dois l'aimer. Le plus fort que je peux.

J'enlace sa taille mais le sens aussitôt se raidir entre mes bras, puis il se met à trembler comme à chaque fois que je le touche, comme à chaque fois que je m'approche maintenant.

Ca fait mal.
Il ne veut pas de moi.
Ca fait très mal.
Je le dégoûte.

« Tom, il faut que tu m'expliques là »

***

Je n'ai pas pu m'en empêcher. Je n'ai pas pu...C'est plus fort que moi. Je ne supporte plus le moindre contact, même venant de lui. Si il me touche c'est comme si...Non, mon corps refuse. Il se protège, il protège mon esprit, ils ne veulent plus avoir si mal.

« Oui... » ce n'est qu'un souffle qui sort de ma bouche crispée.

Je tremble avant même d'avoir commencé à parler. Comment lui dire ? Comment lui expliquer ? Comment lui faire comprendre tout ça ? Comment supporter son rejet ? Puisque oui, il me repoussera fatalement, il ne voudra plus de moi, c'est certain, comment pourrait-il m'aimer après tout ça ?

« Tu ne m'aimes plus Tom ?» sa voix est toujours posée et douce.

Mon estomac se contracte et un goût de bile me vient en bouche.
Je le regarde paniqué, son visage est triste, tellement triste.

« Mon dieu, comment peux-tu penser une chose pareille ? »

Une larme s'échappe, roule sur ma joue et descend dans mon cou. Larme solitaire, oh oui, je t'en prie, reste seule. N'ordonne pas aux autres de te rejoindre, car ce sera sans fin. Il y en a trop, trop qui n'ont pas coulé, trop qui contiennent tellement de douleur et blessent mon c½ur comme autant d'aiguilles brûlantes plantées en moi. Je n'ai pas pleuré une seule fois depuis ce jour, pas une seule fois, tout est en moi. Tout. Trop. C'est trop. Je n'en peux plus. Je ne supporte plus.

« Ne dis plus jamais ça, Bill, plus jamais »

Et cette traîtresse de larme appelle les autres, elle hurle son appel, mes yeux débordent, je ne peux absolument rien faire pour arrêter tout ça. Je pleure ma haine et mon dégoût, je pleure ma tristesse et ma frustration, je pleure ce que je ne suis plus et ce que je suis devenue. Sans fin, je déverse ce flot brûlant et néfaste. Enfin, une partie. Ce ne sont pas de gros sanglots, non, simplement des sillons salés qui n'ont pas de fin.

Je voudrais le prendre dans mes bras, le rassurer, lui dire que je l'aime. Mais à cet instant ça me semble impossible, insurmontable, je n'y arriverai pas, je n'y arriverai pas.

***

Je ne bouge pas, je reste immobile face à lui. Je ne peux pas le toucher, j'ai compris le message.

C'est la première fois que je le vois pleurer ainsi, je l'ai déjà vu pleurer oui, de rage ou de douleur quand nous étions enfant, mais ainsi, jamais.
C'est douloureux.
Il a mal.
Vraiment mal.
J'ai mal.
Tellement mal.

« Je le dis parce que ton attitude me laisse penser que tu ne veux plus de moi. »

« Ce n'est pas vrai » sa voix est si faible, en comparaison de la mienne, claire et posée. J'essaye de rester le plus calme possible, un peu en retrait. Je dois lui paraître froid mais il ne faut pas que je me laisse aller à ce que je ressens, sinon c'est la fin, je m'effondre, je dois le préserver.

« Alors, il faut que tu m'expliques Tom, il faut que tu me dises, je dois comprendre...Laisse moi t'aider, s'il te plaît, laisse moi t'aider... »

***

« Je ne sais pas comment... » je reprends ma respiration « Je ne sais pas comment te dire »

« Essaye, Tom »

« C'est tellement difficile » la fin de ma phrase se meurt dans un souffle.

« Je peux tout entendre, quoi que ce soit Tom. Je t'aime plus tout au monde, et quoi que tu ais à me dire, je suis prêt à l'entendre et je ferais tout ce que je peux pour t'aider »

« Si seulement... » Je voudrais tellement le croire. Mais je sais, au fond de moi, que quand il aura entendu tout ça, il ne m'aimera plus.

« Fais moi confiance Tom, s'il te plaît. »

« Je te fais confiance... » Et c'est vrai. Mais ce n'est pas suffisant.

« Alors, dis moi. Je veux t'aider. Je veux que tu ailles mieux. Mais il faut que je sache. Il faut que je comprenne »

Si je me confie, il ne voudra plus de moi. Si je me tais...je ne supporterai pas de porter ce fardeau seul encore longtemps.

« Tu te rappelles cette soirée après notre concert en Allemagne ? Celle où tu n'es pas venu ? »

« Oui, je m'en rappelle, tu y es allé avec Andreas, j'étais trop fatigué »

« C'est ça. Et bien c'est là que tout a commencé. »

***

J'essaye de me rappeler. J'essaye de me souvenir d'un quelconque détail. Mais les images qui me reviennent sont floues. Ce ne sont que des bribes emmêlées et embrumées. Je ne me souviens pas de quelque chose de particulier, rien de marquant ne me vient à l'esprit.

Je le regarde et ne dit rien. Je n'interviens plus, ne l'interromps pas, je ne veux pas risquer de briser cette étincelle de volonté et de courage qui émane de lui à cet instant.

J'inspire et me prépare à écouter.

***

J'inspire et me prépare à raconter.

Je lui dois bien ça, tout garder pour moi serait le trahir encore, encore un peu plus. Et de toute manière, c'est au dessus de mes forces, de supporter ça tout seul, un jour de plus, une minute de plus. Je me sens incapable, à cet instant, de me taire, de laisser ça enfermé en moi. C'est comme si un millier de fourmis me courraient sur le corps, c'est insoutenable et on veut s'en débarrasser au plus vite, faire cesser l'inconfort et le dégoût. Je veux que ça cesse.
Mais pour ça...je dois raconter.

« Avant tout je tiens à te dire que je suis désolé Bill...tellement désolé »

Il ne dit rien, me regarde juste. Dans son regard se lisent l'attente, l'appréhension et...l'amour ?

Je souffle un bon coup. Mon ventre n'est qu'une masse en fusion tournant à tout vitesse et se cognant partout. Mon c½ur bat tellement fort que je le sens dans mon cou, dans mes tempes. Je ne sais même pas de quoi j'ai le plus peur. De revivre cette nuit là ou de sa réaction ?

« Tu te rappelles que nous venions de jouer notre unique concert en Allemagne, nous étions de retour, Andy était venu nous voir »

Il hoche doucement la tête pour me signifier que oui, il s'en souvient.

« Tu te rappelles qu'une fois rentrés à l'hôtel, nous avons décidé de sortir un peu, mais que toi tu ne voulais pas et que Georg et Gus' n'en avaient pas très envie non plus ? »

Il acquiesce de nouveau.

« Tu te souviens que je ne t'ai jamais raconté cette soirée ? »

« Oui et je n'y ai pas accordé d'importance, si tu ne me disais rien c'est qu'il ne s'était rien passé de notable. Du moins c'est ce que je pensais à ce moment là. »

« Nous sommes donc sortis, tous les deux. On est allé dans une boîte, c'est Andy qui a choisi, et tu le connais, il a choisi un de ces endroits où les filles dansent sur les tables. J'étais pas vraiment chaud mais il a tellement insisté que j'ai cédé »

Je me demande comment je vais pouvoir annoncer la suite.

« On s'est installés à une table libre, Andy a commandé à boire, une bouteille, de la vodka. »

Je regarde par la fenêtre, essayant de trouver les bons mots, si tant est qu'on puisse appeler ça des « bons mots ».

« Il a payé une fille pour qu'elle danse, tu sais, c'est une de ces tables avec une barre qui la traverse, je ne sais plus comment ça s'appelle »

Je n'attends pas qu'il me réponde et continue.

« Elle dansait, nous aguichait et nous on buvait. On buvait beaucoup. Malgré le cul de cette nana vers moi, j'me sentais bien, on avait fait un bon concert, j'étais avec mon meilleur pote et les effets de l'alcool commençaient à se faire ressentir. Et puis... »

Je m'arrête un instant. Les mots sont coincés dans ma gorge, ils ne veulent plus sortir. Ils vont faire trop mal.

« Et puis... ? » m'encourage doucement Bill.

« Et puis, trois gars sont arrivés. Ils nous ont demandé si ils pouvaient s'asseoir à notre table, pour partager la fille avec nous. Andy a accepté tout de suite, il m'a même dit « plus on est de fous, plus on rit », ils se sont installés, ont commandé à boire. C'était des potes, des habitués de la boite, style classique, ils avaient l'air tout à fait normaux. Rien de spécial. Andy leur parlait beaucoup, ils plaisantaient ensemble, jouaient avec la fille, et moi je ne disais pas grand-chose, je ne me sentais pas super à l'aise au milieu de ces conversations, avec eux, dans cet endroit. Mais Andy avait l'air de bien s'amuser...alors...Alors j'ai laissé passer le temps, j'ai beaucoup bu. »

Je m'arrête quelques secondes, pour reprendre mon souffle, je crois que j'ai oublié de respirer en parlant. J'appréhende tellement.

« Puis la danseuse est partie et Andy a repéré une fille dans la boite, tu le connais, il est allé la voir. Je me suis retrouvé seul avec les trois mecs. Au début, ils ne me parlaient pas, ils discutaient entre eux. Puis l'un d'eux, Nathan, oui il s'appelait comme ça, s'est tourné vers moi. Il m'a dit quelques banalités, genre que mes dreads était marrantes, oui, il a dit « marrantes » et il m'a dit que je n'avais pas eu l'air très intéressé par le spectacle donné par la fille. Je lui ai dit que non, en effet, voir une fille à moitié nue se trémousser devant moi n'était pas mon plus grand trip. Et je crois que ça a été ma première erreur. »

Nathan, Nathan, Nathan, ce prénom que j'ai en horreur. Je te hais, si tu savais.

« Ils ont rigolé et ils m'ont demandé si j'étais pédé, ils ont utilisé ce mot là, tu sais à quel point je déteste ce mot. J'ai répondu que oui par provocation ou par honnêteté, je ne sais pas. Puis ils ont encore rigolé et ont parlé entre eux. Ils me regardaient bizarrement. J'aurais du savoir qu'un truc n'allait pas, j'aurai du comprendre...Je suis habitué à ce genre de réaction, mais là, c'était bizarre, quelque chose clochait »

Ma voix se bloque une nouvelle fois. Mon esprit refuse de laisser sortir les mots qui le blessent tant, refuse de se laisser davantage égratigner.
Bill ne dit rien, il m'écoute simplement.

« Ils m'ont parlé de tout et de rien, n'insistant pas sur le sujet qu'on avait évoqué plus tôt, sauf de temps en temps, lorsque l'un deux sortait une blague vaseuse. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé, tout ce dont je me rappelle avec certitude c'est que j'ai bu, beaucoup, beaucoup trop et que je les écoutais plus que je ne parlais. Puis Andy est revenu, il m'a dit qu'il allait rentrer avec cette fille, si ça ne me dérangeait pas de rentrer seul, que l'hôtel n'était pas loin, que j'avais qu'à prendre un taxi...et cætera, et cætera. Je lui ai dit que je m'en fichais, lui ai souhaité une bonne nuit, puis il est parti, et moi aussi. Je suis allé chercher ma veste au vestiaire et je suis sorti. Il faisait froid. J'avais pas les idées très claires. J'ai allumé une clope, je pensais que ça allait me remettre un peu les pieds sur terre. J'ai décidé de ne pas prendre de taxi pour rentrer, l'hôtel n'était qu'à quelques rues de là. J'avais envie de marcher, dans le froid de cette putain de nuit. Ca a été ma deuxième erreur. »

Je ferme les yeux et serre mes jambes contre moi. Le plus dur arrive. C'est maintenant. Je suis allé trop loin pour reculer. De toute façon, même si je le voulais, je ne le pourrais pas, plus maintenant, c'est trop tard.

« Je venais juste de terminer ma clope, je m'en rappelle, je l'ai jeté par terre et elle a roulé jusqu'à tomber du trottoir. Je ne sais pas pourquoi je me souviens de ça, mais je revois le mégot rouge rouler et tomber... Je commençais à avoir vraiment froid. J'étais fatigué. Je regrettais de ne pas avoir pris de taxi. Puis j'ai entendu des voix se rapprocher de moi, des voix que j'avais entendues un peu plus tôt. Surtout une, une voix dure et rocailleuse, celle de Nathan. Sur le coup, je me suis dit que eux aussi rentraient chez eux. Ils se sont rapprochés, et on commencé à me parler, enfin plutôt à se foutre de moi, tu vois les blagues habituelles...bien homophobes, tout ce que tu veux quoi. L'un des deux dont je ne connais pas le prénom a pris ma casquette en rigolant, ils avaient l'air pas mal imbibés. J'ai râlé, tu sais je n'aime pas qu'on touche à ça...je n'aime pas...Je lui ai demandé de me la rendre, mais il ne voulait pas, ils commençaient à rigoler entre eux. Comme des idiots. Ils commençaient à être méchants, ils m'appelaient « la tapette », ils disaient des choses comme « alors la tapette, on veut sa casquette ? Viens la chercher ». Tu vois des trucs idiots. »

Je tremble, j'ai la nausée et je me dis que dans quelques instants ce sera pire, cent fois pire.
Bill ne parle toujours pas.
Il attend.
Patiemment.

Je ferme et les yeux et poursuis, c'est maintenant...

« J'ai commencé à m'énerver, ils ne voulaient pas me rendre ma casquette, ils se la passaient entre eux, en rigolant. Si j'avais su, j'me serais barré, casquette ou non, mais sur le moment ça me semblait tellement important de la récupérer... En essayant pour la énième fois de la reprendre, j'ai bousculé Nathan, sans faire exprès, mes réflexes n'étaient pas au top...Et là, il m'a poussé en arrière et j'ai atterri sur un autre. Ils ont commencé à s'échauffer, à me pousser de plus en plus fort. Puis je suis tombé. L'un d'eux je ne sais pas lequel m'a mis un coup d'abord dans le dos, puis un autre m'a frappé dans le ventre. J'ai eu l'impression d'étouffer, je ne pouvais plus respirer. J'ai fermé les yeux, j'ai attendu qu'ils me tabassent. J'attendais qu'ils frappent puis qu'ils partent, qu'ils me laissent tranquille. Je ne pouvais pas me défendre...je n'ai pas pu me défendre...je n'ai pas su... »

Des larmes commencent à couler sur mes joues. Impossible de faire autrement, je ne contrôle pas. Elles accompagnent mes mots, sortent avec eux.
Elles s'insinuent entre mes paupières closes. Il faut que je termine.

« Ils n'ont pas refrappé, ils m'ont juste a moitié traîné, à moitié tiré, vers une sorte de ruelle où il n'y avait pas de lumières, il faisait tellement noir, il devait y avoir des poubelles, ça sentait mauvais, oui, je m'en rappelle ça sentait mauvais... Ils m'ont jeté par terre, sur le ventre. L'un des deux me tenait les poignets, pendant que Nathan me disait « tu vas voir ce qu'on leur fait nous aux tarlouzes dans ton genre, tu aimes te prendre des bites, hein, bein tu vas avoir ce que tu veux ». Oui, il m'a dit exactement ça, mot pour mot. Et moi...moi je n'ai rien fait, je n'ai rien dit... »

Je m'arrête un moment, mes paupières sont toujours fermées, les larmes n'ont pas cessé de couler...Mes yeux me brûlent. J'ai envie de vomir. Envie de mourir.

« Je ne pouvais pas, je n'y arrivais pas...tu comprends ? Je ne pouvais pas bouger, j'étais comme paralysé. Je n'ai même pas essayé de me défendre...Tu te rends compte ? Je n'ai pas essayé. »

Je plonge un instant ma tête entre mes bras qui entourent mes genoux, j'essaye de reprendre mon souffle.
Je me redresse, mais n'ouvre toujours pas les yeux, je ne veux pas voir son visage, pas voir son regard.

« Il a relevé mon tee-shirt, et a tiré sur mon pantalon...tu sais c'est large, alors c'est descendu. Il la baissé jusqu'à mes genoux. Je sentais le béton sous moi, et les graviers, oui il y avait des graviers. Puis j'ai entendu le bruit d'une ceinture qu'on défait et leurs rires. J'ai fermé les yeux et j'ai attendu...Je crois qu'à cet instant, quand il a descendu encore mon pantalon et a...et qu'il a...écarté mes jambes, j'ai vraiment compris ce qu'il se passait...et je suis resté inerte, impossible de bouger, impossible. »

Je ne peux pas ouvrir les yeux.

« Puis je l'ai senti contre moi...J'ai senti sa...contre moi. Il bandait. Il était excité. Contre moi. Et moi j'ai fermé les yeux encore plus fort. Puis je l'ai senti...là...tu sais...là. Ca a fait tellement mal. Il l'a fait encore et encore et encore et encore...Et moi je ne bougeais pas, et ça faisait mal, j'avais l'impression qu'il me tuait, j'avais l'impression de mourir. Et les graviers, je sentais les graviers. Et il me disait des choses...des choses horribles. Et les autres rigolaient. Je le sentais respirer fort, et tout...tu sais quand...et j'ai senti...en moi. Et ils ont rigolé, encore et encore, ils disaient des choses, encore et encore et ils sont partis, et moi je ne pouvais toujours pas bouger. J'ai attendu, j'avais peur qu'il revienne où je ne sais pas...Je me suis relevé et je suis rentré, je ne me rappelle pas comment, la seule chose dont je me souviens, c'est ce qu'il y avait sur mes jambes quand je me suis déshabillé pour me doucher, il fallait que je me lave, tu sais, il fallait que j'enlève tout ça, le sang et son...Et j'ai frotté, j'ai frotté, mais ça ne partait pas...ça ne partait pas... »

Je m'arrête.
Je ne peux plus parler.
Je pleure à gros sanglots, je suis incapable de m'arrêter.
Il sait maintenant...il sait que tout est de ma faute, que j'ai été lâche, que je ne me suis pas défendu, que je les ai laissé faire, que je suis sale.

***

Je reste immobile, mes joues sont mouillées des larmes que j'ai versé en écoutant Tom.
Violé.
Il a été violé.

Je me redresse, me rapproche de lui.
Je ne sais pas quoi faire, pas quoi dire.

« Je suis désolé, je suis désolé... » me répète-t-il sans cesse.

« Tu es désolé de quoi mon ange ? » il faut que je reste calme, il ne fait pas qu'il voit à quel point tout cela me bouleverse. Il faut que je sois fort, pour nous deux.

Je ne peux pas rester comme ça, loin de lui. Je me lève et m'assoie sur l'accoudoir de son fauteuil et doucement le prend dans mes bras. Il ne tremble pas cette fois-ci. Il se laisse aller contre moi et s'accroche à mon tee-shirt. Je le serre fort, lui chuchotant des mots incohérents mais que j'espère apaisants. Ca dure une minute, peut-être dix, peut-être des heures... Ses pleurs diminuent, il se calme, sa respiration est moins irrégulière.

« C'est de ma faute. »

« Pourquoi dis-tu ça ? »

« Je les ai provoqué, je leur ai dit que j'étais homo et je ne me suis pas défendu...je n'ai rien fait »

« Chut...ne dis pas ça, ne dis jamais ça. Ils n'avaient aucun droit de faire ça, aucun, que tu sois homo ou pas ne change rien, ce n'est pas de ta faute, tu n'as rien fait pour mériter ça. Et tu as eu peur c'est tout, tu n'es pas lâche Tom. Tu es fort, mais tu étais effrayé... »

« Je suis sale...tu ne vas plus m'aimer »

« Non, Tom, je t'aime, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe je t'aime. »

« Tu vas me laisser... »

« Jamais »

« Je suis tellement dégoûtant...sale... »

« Jamais de la vie. Tu es Tom, mon Tom, ils t'ont cassé mais je vais te réparer... »

J'ai envie de vomir, envie de pleurer, envie de hurler, une colère sourde prend naissance au creux de mon ventre, de mon c½ur, comment...ont-ils pu lui faire ça à mon Tom ? Ce que je viens d'entendre est pire que tout ce que je pouvais imaginer...Le voir pleurer, raconter ça, ils lui ont fait ça...je vais les tuer, je vais leur faire mal comme ils lui ont fait mal...Je suis totalement perdu. Je ne sais plus quoi penser, entre douleur et tristesse, violence et pleurs. Je n'imagine même pas ce qu'il doit ressentir...Je ne sais tellement pas quoi faire...

Je le tiens étroitement contre moi, caressant ses dreads...

« Je suis fatigué, tellement fatigué... »

Je me lève et prend sa main, je l'aide à se mettre debout et le conduit dans notre chambre. Je le lâche un instant pour soulever la grosse couette qui recouvre le lit et doucement, je l'aide à s'allonger puis le couvre. Il doit dormir...vraiment. Il faudra en reparler, il y aura des choses à faire...mais pour le moment, il doit dormir...Je m'assoie près de lui et le prend dans mes bras.

Je lui murmure :

« Tout ira bien maintenant mon ange, tout va s'arranger, tout ira bien... »

Sa respiration se fait plus lente et plus profonde. Il s'est endormi. Je ne bouge pas. Je dois être là pour lui. Maintenant, plus que jamais.

Tout ira bien.
Wird alles gut.

J'espère.

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